L'Agenais de 52 BC à 507 AD


Les Nitiobriges ou Agenais étaient un peuple celte dont le territoire, situé aux confins de la Celtique et de la Gaule Narbonnaise, est aujourd'hui difficile à déterminer exactement. Ce territoire traversait la Garonne vers le confluent du Tarn et au-dessous de Marmande.
Le territoire des Nitiobriges comprenait donc, en départements modernes :
1° le Lot-et-Garonne presque tout entier; 2° une portion de la Gironde et du Gers, et 3° les cantons de Valence, Bourg-de-Visa, Montaigut, et les communes d'Auvillars, Bardignes, Saint-Loup, Sistels, Dunes et Donzac, de Tarn-et- Garonne.
Du côté de la Novempopulanie, ses limites étaient probablement celles de l'ancien Armagnac, où se trouvaient les Solicites, les Elusates, les Garites, les Auscii et les Ladorates.
Condom et le Condomois, qui en faisaient partie, n'en furent distraits qu'en 1317. (Condom et le Condomois faisaient partie de l'ancien Agenais. Ils dépendirent même du diocèse d'Agen jusqu'en 1317, époque de la création par le pape Jean XXII de l'évêché de Condom, supprimé en 1790. Pendant le moyen âge, ils comptaient dans la sénéchaussée d'Agen. Après avoir touché aux Vasates (Bazadais), il devait atteindre au moins vers la hauteur de Squirs ou La Réole, confrontant ainsi en aval au Bordelais, comme en amont il confrontait au Quercy). La capitale des Nitiobriges était Aginnum (Agen), placée vers le centre du petit royaume. Vingt-sept ans avant l'ère chrétienne, Auguste porta les limites de l'Aquitaine jusqu'à la Loire, et au IVe siècle, Valentinien la subdivisa en deux grandes provinces ayant pour capitales respectives Bourges et Bordeaux. L'Agenais fut compris dans la IIe Aquitaine.
Les fables inventées sur l'origine d'Aginnum n'ont absolument ni valeur, ni intérêt; mais il doit être constaté que cette ville était en importance la seconde de la IIe Aquitaine. Dans l'ordre des préséances, les évêques d'Agen venaient, en effet, immédiatement après le métropolitain.
Aginnum put n'être d'abord qu'un simple hameau entouré de murailles. Il était déjà rebâti dès le IIe siècle, et se trouvait tout à fait au sud de la ville moderne, entre les portes Saint-Louis et du Pin et l'Hôpital Saint-Jacques. Détruit par les Normands vers le millieu du IXe siècle, il fut reconstruit en aval, entre l'ancien emplacement et le coteau. La nouvelle cité existait dès le Xe siècle; elle était alors circonscrite entre les portes Sainte-Anguille (près de la Place du Marché), démolie en 1773, de la Grande-Horloge de la Petite-Boucherie, de l'ancien Hôpital (rue des Martyrs) et du moulin de Saint-Caprais. Mais l'accroissement de la population rendit bientôt cette délimitation insuffisante, et des faubourgs à l'est, à l'ouest et au sud vinrent assez prompte-ment s'y adjoindre.
En 1229, après le traité de Meaux restituant l'Agenais à Raymond VII, comte de Toulouse, les anciens murs furent démolis, les fossés comblés, les faubourgs réunis à la ville, et une enceinte nouvelle fut construite, munie de cinq portes et flanquée de douze tours.
Du reste, Agen ne fut jamais bien fortifié et capable d'une défense sérieuse. Son rôle militaire ne fut, dès lors, que peu actif. Longtemps il fut défendu par le enceinte et ruiné par les Anglais au XIIe siècle. Au commencement du XIIIe, il avait des murs qui, rasés, ai-je dit, en 1229, n'étaient pas reconstruits en 1250, et présentaient encore cent ans plus tard une lacune de 5.465 brasses. Le château de Monrevel, situé sur l'emplacement de l'Hôtel de Ville actuel, était hors de l'ancienne enceinte, et isolé à ce point que les Anglais purent s'en emparer en 1345 sans être aperçus des habitants. Ce qu'on nomme Quartier du Château devait être sans doute plus ou moins fortifié.
On peut mentionner encore le Castrum Sancti Stephani (Ce Castrum Sancti Stephani, Castrum Cathedralis Aginni, dont il est parlé dans les anciens documents, se trouvait-il, comme on l'a supposé, sur l'emplacement de la Cathédrale Saint-Etienne?), qui protégeait peut-être la cathédrale et ses cloîtres, l'évêché et un cimetière, et enfin le Temple, fondé au XIIe siècle et placé vers l'extrémité de l'ancienne rue Saint-Gilis.
Cet ensemble étrange et aussi défectueux que possible ne s'inspirait évidemment d'aucun plan méthodique et raisonné.
Revenons aux Nitiobriges.
Leur histoire est complètement ignorée jusqu'à l'époque de la conquête romaine. La première mention qui soit faite de ce peuple se trouve dans les Commentaires de César, l'an 700 de Rome, 52 ans avant l'ère chrétienne. Les Agenais ou Nitiobriges avaient alors pour roi Teutomar, fils d'Ollovicon. Ils avaient obtenu du Sénat de Rome, on ne sait pour quelle cause, la qualification quelque peu compromettante d'Amis des Romains. Néanmoins, ils répondirent au patriotique appel de Vercingétorix, et Teutomar rallia l'armée du héros gaulois avec une cavalerie nombreuse « levée dans son pays et dans l'Aquitaine ». Au siège de Gergovie , Teutomar manqua d'être surpris par les Romains. Il s'était endormi dans sa tente; son quartier général fut enlevé, et lui-même eût à peine le temps de s'échapper sur son cheval et à demi-nu.
On sait quelle fut l'issue de cette lutte suprême. L'indépendance gauloise périt bientôt tout entière sous les murs d'Alesia, et les Romains vainqueurs ne rencontrèrent plus aucune résistance. L'obscurité la plus complète environne l'histoire d'Agen entre cette lointaine époque et le milieu du IIIe siècle de l'ère chrétienne. Aucun document quelconque se rapportant à cette période d'environ 300 ans n'a survécu aux événements de toute sorte survenus en Agenais.
La Gaule Aquitanique devint province romaine. Les vainqueurs surent s'assimiler si parfaitement les vaincus que ceux-ci semblèrent perdre jusqu'au souvenir de leur origine. Religion, langue, mœurs se transformèrent, et l'histoire même de tous ces peuples si longtemps indomptables parut ne plus dater que de la venue de César.
La civilisation latine apportait aux Gaulois le goût des arts et des sciences. L'agriculture fit chez eux de rapides progrès. De toute part s'élevèrent des palais, des thermes, des cirques, des amphithéâtres et des temples.
Après Actium, Octave, surnommé Auguste, demeura seul maître du monde romain comprenant tout l'Occident; mais les destinées de Rome étaient accomplies: le monde antique allait donner bientôt des signes de décrépitude et de décomposition sociale.
Le Christianisme, né sous le douzième consulat d'Auguste, se propagea rapidement. Quelques-uns ont supposé que saint Sernin, évêque de Toulouse, fut le premier initiateur de la Gascogne, vers la fin du Ier siècle de l'ère nouvelle; toutefois, ce n'est qu'au IIIe siècle, sous le consulat de Decius et de Gratus, qu'on place la mission si controversée des sept évêques, dont l'un, saint Martial, fixé à Limoges, aurait évangélisé notre région. Ce serait lui qui aurait placé la première cathédrale d'Agen sous l'invocation de saint Etienne.
C'est aux environs de l'an 257 qu'on fixe à Vellanum le martyre de saint Vincent, diacre, dont l'inhumation eut lieu à Pompejacum, placé par les uns à Agen, par d'autres à Pompiey, en Condomois, et par d'autres encore, avec plus de vraisemblance, au Mas-d'Agenais.
Un peu plus tard, vers 286, saint Firmin, envoyé par Honorat, évêque de Toulouse, catéchisa l'Agenais. On suppose qu'il dut baptiser à Agen la jeune Foi, Caprais, Prime, Félicien, etc., qui, peu après, vers 290 ou 300, furent martyrisés dans cette ville par ordre de Dacien, gouverneur de l'Aquitaine. On a prétendu que saint Caprais fut le premier évêque d'Agen ; mais cette opinion, très controversée et qui a donné lieu à des discussions interminables, ne s'appuie sur rien de probant. Le premier évêque d'Agen réellement connu est saint Phébade, vers 358. Ce prélat, supposé d'origine grecque, écrivit un ouvrage contre les Ariens, assista à plusieurs conciles, dont il présida même quelques-uns, et acquit dans l'Eglise d'Occident une grande réputation de savoir et de sagesse.
En 395, saint Dulcide lui succéda. On a peu de détails sur cet épiscopat, après lequel se produit dans la liste des évêques d'Agen une lacune considérable.
En dehors des persécutions religieuses et de l'invasion des Huns, Agen, comme toute l'Aquitaine, avait été assez tranquille sous les Empereurs, depuis la conquête jusqu'à Honorius, qui, en 395, succéda à son père Théodose dans l'empire d'Occident.
Ce fut sous son règne que les Alains et les Vandales ravagèrent l'Aquitaine, de 408 à 411. Les villes furent saccagées et détruites, les populations décimées. Agen, riche et peu fortifié, devait être naturellement une proie facile pour ces barbares, qui ne se retirèrent devant les Wisigoths qu'après avoir entièrement ruiné le pays.
Le roi des Wisigoths, Atolphe, à qui Honorius avait abandonné l'Aquitaine, ne fit pas moins de ravages que les Vandales, et Agen eut surtout à souffrir de son passage.
Un moment chassés de la province, les Wisigoths furent rappelés par Constantin, qui, en 419, donna à leur roi Vuallia la seconde Aquitaine, de Toulouse àl'Océan. Vuallia s'établit à Toulouse. Théodoric lui succéda en 440 ; puis vinrent Tursumundus, Théodoric II (457-470), Eovix (470-484), et enfin Alaric (484-507).
L'an 507 fut celui de la délivrance. Clovis, roi des Francs, vainquit les Wisigoths à Vouillé, près de Poitiers, et tua leur roi Alaric de sa propre main. Les villes de l'Aquitaine s'empressèrent d'ouvrir leurs portes au vainqueur, qui soumit tout le pays compris entre la Loire et la Garonne.


Source: Histoire de l'Agenais par Jules Andrieu, 1893