L'Agenais du XIe au XIIe siècle


On vient de voir combien de lacunes présente la liste des évêques d'Agen jusqu'à la fin du Xe siècle. De 670 à 977, par exemple, un seul nom, celui de Concordius, apparaît en 850, soit pendant une période de trois cents ans!
J'ai dit que Guillaume-Sanche, duc de Gascogne, s'était associé son frère Gombaud. Il lui donna le comté d'Agenais vers 976.
Gombaud était évêque d'Agen, de Bazas et de toute la Gascogne (Episcopus Wasconiae). Il avait été marié et avait eu plusieurs enfants. Il mourut en 982. Garcie, son second fils, lui succéda comme comte d'Agen; l'aîné, Guillaume, duc et marquis des Gascons, eut la vicomté de Gascogne et de Lomagne, et Hugues, le plus jeune, les évêchés d'Agen et de Bazas. Mais celui-ci, abbé de Condom, trop jeune encore pour l'épiscopat, attendit à l'an 1000 pour prendre possession du siège, qu'occupa durant cet intervalle Arnaud I er de Gascogne. Sur l'avis de Rome, Hugues ne conserva pas l'évêché de Bazas.
Hugues, dis-je, succéda à son père comme évêque, mais non comme comte d'Agen, et il ne put, dès lors, ainsi qu'on l'a cru longtemps, transmettre à ses successeurs une qualité qu'il n'avait pas lui-même et dont Pierre Pithou a été le premier à parler en 1583.
Traitant de cette question assez bizarre, Saint-Amans fait aussi remarquer que si, en 1259, on trouve un Guillelmus Cornes Episcopus Aginnensis, c'est qu'il s'agit tout simplement d'un prélat dont le nom patronymique était Le Comte.
C'est donc sans aucune raison connue que les évêques d'Agen se qualifièrent comte à partir de 1470 et jusqu'en 1789. Pierre Bérard arbora pour la première fois ce titre purement honorifique dans une pièce de 1470 relative à la cure de Roudoulous, près d'Agen.
Je reviendrai sur cette circonstance.
Les évêques d'Agen possédèrent pendant tout le moyen âge le droit de battre monnaie. Cette monnaie était appelée Arnaudine ou Arnaldèse. On suppose que ce privilège devait remonter à Arnaud de Beauville (ou Boville), qui occupa le siège d'Agen de 1020 à 1049 environ. On ajoute que Guillaume VII, duc d'Aquitaine, pour reconnaître des services importants rendus par Simon, évêque d'Agen (1083-1101), donna ou confirma à ce prélat le droit de battre monnaie et de rendre la justice en son nom, avec la comitalie, qui consistait en diverses redevances.
Le duc Guillaume-Sanche mourut en 984. Son fils et successeur, Bernard-Guillaume, ayant été empoisonné, c'est son second fils, Sanche-Guillaume, qui vint après lui, mourut sans enfants en 1032, et clôtura la série des ducs de Gascogne descendant de Sanche-Mitarra.
Garcie resta comte d'Agen pendant une trentaine d'années. On pense qu'il mourut vers 1013, âgé probablement de soixante ans. Comme il ne laissa pas de successeur direct, le comté revint alors aux ducs de Gascogne.
Jusqu'à ce moment, l'Histoire d'Agen et de l'Agenais a eu peu d'autonomie. Pour suivre les événements dont notre pays fut le théâtre durant cette période lointaine, j'ai dû m'attacher à l'évolution des provinces voisines, de la Gascogne surtout, qui eut alors avec l'Agenais des relations étroites et presque une vie commune.
L'heure est proche où notre part historique sera plus précise, plus abondante, et offrira un intérêt propre mieux défini.
Traversons donc encore à la hâte ce XIe siècle si obscur, qu'on fait se dégager d'une sorte de terreur universelle. L'an 1000 ayant été annoncé comme devant être le dernier du monde, dans toutes les conditions sociales, a-t-on dit, les hommes, en proie à la frayeur, n'avaient guère plus d'autre but que d'assurer leur salut. Le concours des fidèles vers les lieux saints atteignit à cette époque des proportions inimaginables, et bientôt l'Agenais, comme toutes les autres provinces, se couvrit d'églises nouvelles et de fondations pieuses.
En 1009, le temple de Jérusalem fut complètement détruit sur l'ordre du calife de Babylone, à l'instigation des Juifs qui avaient exploité auprès de ce prince l'affluence toujours croissante des pèlerins chrétiens. La nouvelle de cet événement provoqua en France une explosion de colère contre les Juifs, qui furent bannis du royaume. Agen expulsa les siens, démolit leur synagogue, et ne garda guère que le souvenir de leur séjour par le nom de la rue qu'ils avaient habitée.
A la mort de Sanche-Guillaume, en 1032, le duché de Gascogne échut au comte Bérenger, probablement fils d'Alduin II, comte d'Angoulême, et d'Alausie, fille de Sanche-Guillaume. Bérenger étant mort sans postérité en 1036, son successeur fut Eudes, comte de Poitiers et fils de Brisce, la sœur de Sanche-Guillaume. Or ce même Eudes étant devenu duc d'Aquitaine du chef de son père Guillaume III, dit le Grand, la maison de Poitiers se trouva ainsi posséder les deux provinces, qu'elle conserva jusque vers 1137. A cette époque, le duc Guillaume VIII, n'ayant pas d'enfant mâle, les attribua à sa fille Eléonore, qui devait épouser Louis le Jeune, fils de Louis le Gros, roi de France.
On était en pleine féodalité. Partout régnaient la confusion et le désordre, en dehors des maisons religieuses où pouvait se goûter encore quelque repos et qui se multipliaient sans cesse.
Gombaud avait restauré en 977, avec son frère Guillaume-Sanche, le monastère de Squirs, qui allait prendre le nom de Régula (La Réole) après la réforme de l'abbé de Fleury. Son fils Hugues releva l'abbaye de Condom qu'un incendie avait détruite. Le monastère de Moirax fut fondé en 1049 par le seigneur du lieu; puis vint le prieuré de Pommevic, et en 1060 fut érigée l'abbaye de Saint-Maurin par Otger, son premier abbé. Un vicomte de Bruilhois, Hunaud, alors abbé de Moissac, fonda en 1071 le prieuré de Layrac, dont l'église fut consacrée par le pape Urbain II en 1086.
C'est aussi vers la même époque qu'on place la fondation du monastère de Mézin, autour duquel se forma la ville elle-même. Le couvent du Paravis (d'abord Paradis) est reporté à l'année 1130, ainsi que le prieuré de Fongrave, placés l'un et l'autre sous la règle de Fontevrault et ne recevant que des religieuses de noble extraction.
La vicomté de Bruilhois était circonscrite entre la Garonne, le Gers, les petites rivières de l'Auvignon et de l'Auroue et deux modestes ruisseaux. Elle s'étendait donc de Donzac à Sérignac et Montesquieu; de Layrac au Pergain et à Beaulens, et d'Agen au Saumont. Sa capitale était Laplume, dont le bailli connaissait des appels aux XIIIe et XIVe siècles, et comme la vicomte d'Auvillars, elle relevait du Parlement de Toulouse, alors que les territoires environnants dépendaient du Parlement de Bordeaux. Elle se composait au XIVe siècle de 42 hautes justices, comprenant Aubiac, Brax, Bruch, Caudecoste, Laplume, Layrac, Moirax, Sérignac, etc. Cette vicomte mesurait 40 kilomètres de longueur et 20 dans sa plus grande largeur.
La plupart des Coutumes du Bruilhois étaient calquées sur celles de La Montjoie, appartenant au Condomois proprement dit; les autres, sur celles de Layrac et d'Aubiac.
La vicomté de Bruilhois, qui passa dans l'évêché de Condom, formait un archiprêtré dans lequel comptait la vicomte d'Auvillars, appartenant à la maison de Lomagne.
Le Bruilhois fut possédé successivement par les vicomtes de Gascogne et de Lomagne (960-1040), les vicomtes de Gavarret (1040-1134), les vicomtes de Béarn (1134-1290), les comtes d'Armagnac (1290-1451), Poton de Xaintrailles (1451-1461), Catherine de Vendôme (1461-1463), Jean de Stuer de Caussade (1463-1470), les vicomtes de Bochechouart (1470-1555) et les rois de Navarre (1555-1589). En 1589, l'avènement de Henri IV au trône de France fit passer le Bruilhois dans le domaine de la couronne.
Le duc Eudes de Poitiers fut tué le 10 mars 1040 devant Maillezais dont il faisait le siège. Bernard II , troisième comte d'Armagnac, s'étant emparé de la Gascogne, le fils du duc Guillaume V, Guy-Geoffroy, marcha contre lui, le défit en bataille rangée, et cette victoire maintint le duché de Gascogne dans la maison de Poitiers. Mais la Haute-Gascogne (Sud-Est) dépendait des comtes de Toulouse depuis la mort de Sanche-Guillaume en 1032, et dès 1079, l'Agenais et le Périgord firent aussi partie des pays soumis à l'autorité des mêmes comtes, qui alors prenaient le titre de duc d'Aquitaine donné par Louis d'Outremer aux comtes de Poitiers, après la mort de Raymond-Pons III, comte de Toulouse et duc d'Aquitaine.
C'est à propos de ce titre pris indûment que Guy-Geoffroy, devenu duc de Gascogne en 1058 sous le nom de Guillaume VI, déclara la guerre à Guillaume IV, comte de Toulouse, en 1079. Une action eut lieu aux environs de Bordeaux, et ce dernier fut vainqueur. Guillaume VI, pour se venger, s'empara de Toulouse, que d'ailleurs il restitua aussitôt.
Nous voici parvenus à l'époque de ces expéditions épiques appelées Croisades. Parmi les seigneurs du Sud-Ouest qui y prirent part, on cite Amanieu, sire d'Albret, le vicomte de Castillon, Lamothe et Gaillard de Tantalon, du Bazadais ; de Bezolles et de Beaumont, du Condomois, etc.
Les croisades nous valurent d'abord le mal des ardents ou feu de Saint-Antoine, fléau étrange précédant la peste et dont les victimes furent innombrables. Au dire de nos annalistes, ce mal fit de terribles ravages; plus de 40.000 personnes périrent en Agenais, en Périgord et en Quercy. Un ordre religieux fut institué pour combattre cette épidémie redoutable ; des hôpitaux ou refuges spéciaux furent créés. Une maison de ce genre s'établit à Agen, vers la porte Saint-Antoine.
Louis VI le Gros, qui était monté sur le trône de France en 1108, fut attaqué à la fois, en 1124, par les Anglais au Nord et par les Allemands à l'Est. Henri V d'Allemagne voyant l'armée formidable levée par Louis abandonna lâchement son allié, qui dut accepter un traité. Louis battit ensuite le duc d'Aquitaine Guillaume VIII, et le força de donner sa fille Eléonore, avec son duché pour dot, à l'héritier du trône, Louis, dont le mariage fut célébré à Bordeaux en 1135.
Par cette union, l'Agenais se trouvait réuni à la couronne de France avec le reste de l'Aquitaine. Louis VII, dit le Jeune, succéda à son père en 1136.
Ayant été excommunié et son royaume ayant été mis à l'interdit en 1141 par le pape Innocent II, Louis, qui accusait Thibaut, comte de Champagne, d'avoir excité Rome contre lui, saccagea ses terres en 1142 et fit brûler Vitry, où plus de 1.500 personnes périrent dans l'incendie de l'église. Puis, bientôt touché de repentir, il résolut d'entreprendre la seconde Croisade que prêchait alors saint Bernard (1145). Il partit, en effet, pour Constantinople en 1146, deux mois après Conrad, empereur d'Allemagne, à la tête de 400.000 hommes.
On connaît le triste résultat de cette entreprise, dans laquelle fut détruite l'armée coalisée, et qui se réduisit à un simple pèlerinage des deux monarques aux lieux saints. A peine si 10.000 hommes atteignirent la Palestine.
La reine Eléonore avait suivi Louis VII dans cette désastreuse expédition, au cours de laquelle le roi eut à se plaindre de sa conduite. Guillaume de Tyr dit qu'elle fut "légère, imprudente, négligeant la dignité royale et oubliant jusqu'à la foi due au lit conjugal". Les coalisés mirent le siège devant Damas ; mais ils furent contraints de le lever après quelques combats meurtriers, et Louis, humilié, s'embarqua pour la France (1149), fut pris en mer par les Grecs et délivré par les Normands de Sicile.
Peu après son retour, Eléonore, n'affectant plus que mépris pour son époux, sollicita un divorce qui fut prononcé en 1152, sous prétexte de parenté, par un concile assemblé à Beaugency et où siégea Elie de Castillon, évêque d'Agen. Eléonore regagna aussitôt ses Etats, et, arrivée à Poitiers, agréa les recherches de Henri Plantagenet, petit-fils de Guillaume le Conquérant et successeur récent de son père, Geoffroy Plantagenet, dans la possession de l'Anjou, du Maine et de la Touraine. Malgré l'opposition de Louis VII, ce mariage s'accomplit, et Henri, nanti de l'Aquitaine, fut dès lors un vassal redoutable, ayant en souveraineté près d'un tiers du royaume, de l'embouchure de la Somme à celle de l'Adour, sauf la Bretagne. Il devint roi d'Angleterre sous le nom de Henri II en 1155, succédant à Etienne de Blois.
Le duché d'Aquitaine comprenait le Poitou, le Limousin, le Bordelais, l'Agenais et l'ancien duché de Gascogne il donnait, en outre, à son possesseur l'autorité suzeraine sur l'Auvergne, le Périgord, la Marche, l'Angoumois, la Saintonge, etc..
La vieille hérésie des Manichéens, écho du ni e siècle, avait reparu et s'était propagée en Agenais. Le concile de Reims de 1148 l'avait condamnée encore. A cette occasion se multiplièrent dans la région les communautés religieuses, sous l'épiscopat d'Elie de Castillon, qui avait appelé des missionnaires de l'abbaye de la Grande-Sauve. Un sectaire nommé Henri avait fait chez nous de nombreux prosélytes qu'on appelait Henriciens. Vers 1158, quelques-uns de ces fanatiques s'étaient réfugiés au château de Gavaudun, poste presque inaccessible, d'où ils s'élançaient au pillage dans toute la contrée et jusqu'en Périgord.
L'évêque de Périgueux, Jean d'Assida, entreprit alors contre eux une Croisade, et parvint à prendre et à détruire leur repaire. Ces pillards se dispersèrent aussitôt.
Bientôt, Henri II, voulant faire valoir les droits d'Eléonore sur le comté de Toulouse, s'allia avec les ennemis de Raymond V; mais celui-ci, qui avait épousé une sœur de Louis VII, appela le roi de France à son aide. Louis accourut, se jeta dans Toulouse, et son vassal n'osant pas l'assiéger se dirigea sur Cahors dont il s'empara. Une trêve de quatre ans fut conclue en 1160.
Néanmoins, en 1161, Henri II reparut encore, et, malgré la trêve, pénétra en Agenais, où il prit le château de Castillou le 10 août, après sept jours de siège. Ce château, situé, ai-je dit, à deux kilomètres d'Agen et servant de citadelle à cette ville, fut alors rasé.
Dès 1164, les hostilités recommencèrent. Une armée de routiers sans foi ni loi, conduite par l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Montaut, dévasta la région jusqu'aux portes de Toulouse. L'agrandissement de ses Etats était, du reste, la préoccupation dominante de Henri II, qui parvint, malgré tous les obstacles, à s'emparer de la Bretagne et de l'Irlande; mais sa tyrannie et ses crimes le firent exécrer, surtout après le meurtre de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, en 1170. La paix entre Henri II et Raymond V fut signée en 1173. Alors la famille royale d'Angleterre était en proie à des dissensions profondes. L'ainé des fils de Henri II, Henri au Court-Mantel, s'abrita auprès du roi de France; ses deux frères, Geoffroy et Richard, réfugiés en Aquitaine, allèrent le rejoindre. Leur mère Eléonore les suivit ; mais elle fut reconnue, arrêtée et enfermée au château de Salisbury, où elle resta dix ans prisonnière. Henri II traversa la Manche, battit l'armée de Louis VII et obtint la soumission de ses fils. Une révolte générale due aux exactions de Richard que Henri II avait mis à la tête de l'Aquitaine éclata bientôt dans cette province (1183). Elle avait pour héraut indomptable le célèbre troubadour Bertrand de Born, seigneur limousin, dont les sirventes fougueux excitaient l'ardeur des champions aquitains combattant contre la domination anglaise.
Cette guerre menaçait de se prolonger. Henri au Court-Mantel, jaloux de voir son frère Richard posséder l'Aquitaine, s'unit aux barons révoltés, et avec Geoffroy, comte de Bretagne, réussit a s'emparer de Bordeaux. Henri II intervint et s'avança jusqu'à Limoges; mais le Court-Mantel mourut le 11 juin 1183 à Martel (Lot), et son parti se désagrégea presque aussitôt. Néanmoins, les hostilités continuèrent, tantôt sur un point et tantôt sur un autre. Philippe Auguste, qui avait succédé à Louis VII en 1180, s'y mêla lui-même en 1188.
Richard, dit Cœur de Lion, remplaça son père Henri II sur le trône d'Angleterre en 1189. C'est au cours de cette année, le 12 novembre, que, sur l'initiative de l'évêque Bertrand de Beceyras, Richard concéda par une charte aux habitants d'Agen le droit de bâtir un pont sur la Garonne, pont qui, toujours fait et refait, restait toujours à faire, et dont il sera question plus d'une fois par la suite. Raymond V mourut en 1194. Son fils, Raymond VI, continua la guerre, même après le traité de paix signé le 15 janvier 1195 entre les rois de France et d'Angleterre, et il finit par obtenir de Richard l'abandon de toute prétention sur le comté de Toulouse, la restitution du Quercy et la main de sa sœur Jeanne, veuve du roi de Sicile, avec l'Agenais pour dot, sous les seules réserves de l'hommage et du concours militaire. On sait que Richard Cœur de Lion fut tué en 1199 devant le château de Chalus, en Limousin, et que Jean sans Terre lui succéda. Ce dernier ne posséda bientôt plus en France que la Saintonge et la Gascogne, dont il fut même un moment dépouillé en 1205 par Alphonse de Castille, qui avait épousé une fille de Henri II et d'Eléonore.
C'est au XIIe siècle, en 1182, que fut fondée la ville de Marmande par Richard, duc d'Aquitaine, qui la dota de Coutumes et de franchises spéciales.

Avant de quitter ce siècle, je rappellerai la succession des évêques d'Agen: Après Hugues de Gascogne, le premier prélat qui ait occupé sûrement le siège d'Agen fut Sanctius (1016-1020). Puis vinrent Arnaud II de Beauville (ou Boville) qui, nommé en 1020, se démit en 1049; Bernard Ier de Beauville (1049-1060); Guillaume Ier (1063-1069); Elie Ier (1069-1079); Donald (1080); Simon (1083-1101); Géraud 1er (1101-1104); Isaard ou Isarad (1105); Gausbert (1105-1118); Aldebert (1118-1128); Raymond-Bernard du Fossat (1128-1149); Elie II de Castillon (1149-1182); Bertrand de Beceyras (1182-1209).

Il y a bien peu à dire sur la plupart de ces évêques, dont on ne connaît guère que les noms ou l'assistance à divers conciles. J'ai déjà cité Arnaud de Beauville et Simon, à propos de la monnaie Arnaldèse. J'ajoute ici une anecdote relative à Raymond du Fossat, qui concourut à la fondation du monastère du Paravis. Les évêques d'Agen et de Bazas se disputaient la possession de Casteljaloux. Cette compétition durait depuis déjà longtemps, quand l'évêque d'Agen, soutenu par Sanchez de Caumont et Bertrand de Cantiran, s'avisa tout simplement, en 1136, d'assiéger Bazas. L'assaut fut donné et la ville incendiée. L'évêque expolié, Fort Garini (Forton Guérin), ou Fort de Pellegrue, se plaignit de ces violences à Innocent II, qui désigna comme arbitres l'archevêque de Bordeaux et l'évêque de Chartres. Mais la solution s'attarda, et le successeur de Fort Garini (1150) dut en appeler à Eugène III. Casteljaloux fut déclaré dépendance de Bazas.
Agen comptait deux Chapitres : celui de la Cathédrale Saint-Etienne et celui de la Collégiale Saint-Caprais, dont l'accord n'était pas toujours parfait.
Ces Chapitres jouissaient, à côté des deux autorités principales, le corps municipal et l'évêque, d'une importance considérable, que vint augmenter encore l'ordonnance rendue à Bordeaux par Louis VII en 1137, attribuant aux Eglises d'Aquitaine la faculté de choisir leurs évêques. Les Chapitres d'Agen exercèrent ce droit pour la première fois en 1149, en élisant Elie II de Castillon.
En ce moment, d'ailleurs, l'autorité épiscopale atteignait le maximum de sa puissance, qui allait s'affaiblir peu à peu sous l'influence toujours croissante des institutions politiques. Le corps consulaire, substitué de bonne heure en Agenais au municipe, ne devait pas tarder à réaliser une sorte d'omnipotence. L'évêque Raymond-Bernard du Fossat, d'abord religieux de la Grande-Sauve, avait fondé en 1142 un prieuré de Bénédictines au sud d'Agen, dans les Champs de Renaud, vers l'Hôpital Saint-Jacques, sur l'emplacement où s'était élevée autrefois une vieille forteresse au sujet de laquelle on n'a que des données confuses. Ce prieuré ne survécut pas, du reste, à la décadence de la maison-mère. Les guerres des XIVe et XVe siècles en consommèrent la ruine.


Source: Histoire de l'Agenais par Jules Andrieu, 1893