L'Agenais au XIVe siècle


Philippe le Bel et Edouard Ier conclurent un traité de paix le 20 mai 1303. Philippe rendit la Guyenne et l'Agenais au roi d'Angleterre sous simple réserve d'hommage.
Deux ans plus tard, l'archevêque de Bordeaux Bertrand II de Goth fut nommé pape sous le nom de Clément V. Bertrand de Goth, qui avait visité en mai et juin 1304 divers prieurés de l'Agenais (Marmande, Virazeil, Gontaud, Lévignac, Casseneuil, etc.), passa par Agen en 1306, en allant à Lyon recevoir la tiare, et y repassa encore en 1308, en se rendant à Toulouse. On sait que ce fut le premier pape siégeant à Avignon. Il était, ai-je dit, le neveu de l'évèque d'Agen Bertrand de Goth, dont l'épiscopat ne prit fin qu'en 1313, et à qui le sénéchal d'Agenais pour le roi d'Angleterre, Guillaume de Deen, adressa en août 1308 une lettre définissant ses droits de justice. Clément V était né près de Villandraut, en Bazadais. C'est donc gratuitement qu'un de nos annalistes lui attribue une origine agenaise. En 1306, Raymond de Galard, abbé de Condom, fit cession de la seigneurie de Nérac à Amanieu VII d'Albret, second fils d'Amanieu VI. Le roi d'Angleterre, co-seigneur de Condom, voulut s'opposer à cette vente et chargea son sénéchal d'Agenais, Jean de Ferrières, de se saisir de la ville de Nérac.
Ce sénéchal dévasta les domaines du sire d'Albret avec un corps de 4,000 hommes; mais Philippe le Bel, intervenant comme suzerain des deux parties, condamna Edouard à une indemnité de 20.000 livres tournois et bannit les seigneurs gascons qui avaient participé à l'expédition.
C'est en 1311 qu'eut lieu le célèbre concile de Vienne qui, sur une information inique, abolit l'ordre des Templiers dont la puissance portait ombrage et dont les immenses richesses étaient vivement convoitées. On sait que le grand maitre, Jacques de Molay, et le commandeur d'Aquitaine, Gui d'Auvergne, frère de Robert IV, dauphin d'Auvergne, furent brûlés vifs à Paris le 18 mars 1314. Cinquante exécutions pareilles avaient déjà eu lieu. Dans notre région, les Commanderies de cet ordre étaient assez nombreuses. Il en existait, notamment, à Agen, Auvillars, Argentens, Casteljaloux, Cours, Cuzorn, Dominipech, Golfech, Le Temple de Brulhes (aujourd'hui Le Temple-sur-Lot), Mérens, Nomdieu, Port-Sainte-Marie, Sauvagnas, etc., etc. Le petit chàteau du Bédat, au nord d'Agen, peut aussi être cité.
Les usurpations toujours croissantes des seigneurs voisins conduisirent en 1315 les habitants d'Agen à adresser des doléances au roi d'Angleterre, qui désigna comme bailli Bernard Lespinasse, homme énergique et dévoué, et lui donna des instructions spéciales.
Lespinasse obtint la restitution de divers territoires; mais il fut bientôt destitué par le sénéchal de Guyenne, Amalric de Créon, et le trésorier d'Agen, comme le constate une seconde plainte du 19 juillet 1317, visant sans doute les audacieuses entreprises d'Amanieu II du Fossat, continuées par son fils Amanieu III, sires de Madaillan.
L'année 1316 fut aussi marquée par des contestations entre les consuls d'Agen et les forains de la juridiction, auxquels on voulait imposer des contributions exagérées, et encore par des règlements nouveaux et précis sur la monnaie Arnaldèse.
Des transactions eurent lieu. Les forains ne furent imposés comme les citadins que pour les biens possédés sur le territoire de la ville, le reste étant exonéré de moitié. Quant à la monnaie Arnaldèse, elle devait être blanche et du poids de 20 sous 10 deniers. Sa fabrication n'était pas, du reste, absolument à l'abri du contrôle consulaire. Jean XXII, successeur de Clément V, érigea l'évêché de Condom en 1317, par un démembrement del'évêché d'Agen, auquel fut enlevé le territoire situé sur la rive gauche de la Garonne , notamment le Bruilhois. La bulle pontificale est du 13 août. L'abbé de Condom, Raymond de Galard, fut le premier évêque du nouveau diocèse, pour les revenus duquel assignation fut faite sur celui d'Agen.
Pendant cette première période du XIVe siècle, le trouble, la confusion, l'anarchie religieuse et civile régnaient un peu partout. La force primait tous les droits; la tyrannie des puissants était sans bornes. L'évêque ne disposait plus d'aucune autorité sérieuse; il ne pouvait même pourvoir une paroisse de pasteur sans l'agrément du seigneur, qui ne reculait, au besoin, devant aucun procédé d'intimidation, pas même devant la violence. En 1319, l'évèque Amanieu de Fargis, qui avait succédé à Bertrand de Goth en 1313, se plaignit vivement au roi de France, alors Philippe V, le Long.
Celui-ci donna des instructions sévères à son sénéchal Robert pour la répression de ces abus. Mais, sans parler des désordres dus aux Pastoureaux de ce temps, de plus graves événements se préparaient. Le 7 avril 1306, Edouard I er avait fait cession de l'Agenais à son fils Edouard II, qui devait régner de 1307 à 1327. Le traité de 1303 n'avait fait qu'assoupir, pour ainsi dire, les querelles royales anglo-françaises, procédant de causes trop multiples et trop complexes. La vassalité n'était supportée qu'impatiemment parle roi d'Angleterre dans ses domaines de Guyenne, où les limites de chacun manquaient d'ailleurs de précision. Les plaintes étaient incessantes de part et d'autre; les griefs réciproques s'accroissaient chaque jour. Charles IV le Bel succéda à Philippe le Long en 1322. En septembre 1323, il réclama l'hommage que lui devait Edouard II comme duc de Guyenne, et somma son vassal de se présenter à cet effet à Amiens, entre la Chandeleur et Pâques. Par une lettre du 17 octobre suivant, Edouard avisa le roi de France que, n'étant pas alors à portée d'assembler son Conseil pour en délibérer, il remettait sa réponse à une époque prochaine. Le 16 novembre, il envoya, en effet, auprès de Charles trois ambassadeurs pour lui exposer que la situation ne lui permettait pas encore de s'éloigner d'Angleterre, et en même temps le prier de réprimer les entreprises faites à son préjudice, notamment en Agenais, et spécialement à Saint-Sardos, où se construisait, au mépris de ses droits, une bastide ou forteresse.
Saint-Sardos, à 18 kil. d'Agen, enclave dans les possessions anglaises, dépendait du monastère de Sarlat. Cette dépendance avait été confirmée encore par le pape Eugène III en 1153. Or, l'abbé de Sarlat et ses religieux ayant donné en 1289 le temporel en paréage au roi de France, celui-ci était, dès lors, co-seigneur du territoire de Saint-Sardos, et avait ainsi le droit d'y établir une bastide.
Cependant, un arrêt fut d'abord bénévolement rendu en faveur du roi d'Angleterre; mais quatre autres arrêts ayant consacré les droits irrécusables du roi de France, ce dernier prit possession officielle, et les travaux, un moment suspendus, furent aussitôt repris.
Sur de nouvelles réclamations d'Edouard II, Charles le Bel fit encore arrêter les ouvrages le 5 mai 1324, en espérant que la difficulté soulevée s'applanirait promptement ; mais, peu de jours après, les Anglais envahissaient et détruisaient la bastide, et faisaient pendre le procureur du roi de France près du poteau supportant les armes royales. Le butin enlevé était transporté au château de Montpezat, dont le seigneur avait participé à l'expédition. Cette nouvelle provoqua à la cour de France une profonde et bien légitime indignation. Charles le Bel fit citer les coupables devant le Parlement de Toulouse. Un grand nombre de seigneurs se soumirent ; les autres s'étant enfermés par bravade dans leurs châteaux furent condamnés et bannis de Guyenne, et leurs biens furent confisqués. Pierre de Galard, seigneur de Limeuil et grand maître des Arbalétriers, reçut l'ordre d'occuper le château de Montpezat.
Pierre de Galard , opérant avec peu de forces, fut arrêté par le sénéchal d'Angleterre en Agenais et dut fournir caution pour recouvrer sa liberté.
Il semblait bien que tous ces faits regrettables se fussent accomplis à l'insu d'Edouard II, qui, le 7 décembre, adressait une lettre d'excuses à Charles le Bel; mais autant celui-ci mettait de correction et de bonne foi dans ses procédés , autant le roi d'Angleterre autorisait des soupçons de perfidie. Charles, qui était alors en route pour Toulouse, avait encore répondu de Limoges, le 29 décembre, à la lettre d'Edouard avec la plus parfaite modération.
Aussi mal conseillé que possible, Edouard II prit le plus mauvais parti. Il prétendit couvrir son sénéchal Raoul Basset de Drayton, l'insulteur du roi de France. Charles résolut alors de recourir aux armes. Il prescrivit à son sénéchal de Périgord et de Quercy d'assembler des troupes à Lauzerte pour le 17 mars suivant, et de commencer les opérations militaires par l'attaque du château de Montpezat. Edouard, inquiet, songea surtout à gagner du temps. Il sacrifia son sénéchal et envoya plusieurs ambassades chargées de louvoyer, d'ergoter sur des points de droit tendant à établir que Montpezat était de sa mouvance et tenue seulement en commission par Raymond-Bernard; il rappela les traités de paix et les projets de croisade, etc. La principale ambassade fut reçue à Vincennes le 30 avril 1325. Charles répondit avec fermeté, réclamant résolument les satisfactions qui lui étaient dues.
Les ambassadeurs sollicitèrent alors un sursis de vingt jours pour consulter leur maître; quatre jours seulement leur furent accordés, et finalement ils durent admettre leur intervention pour l'abandon du château de Montpezat, la remise des seigneurs condamnés et la poursuite des autres coupables.
Alarmé de ces nouvelles, Edouard en référa au pape le 18 mai suivant; mais, malgré tous ses efforts, une soumission tardive et une dernière ambassade chargée de pleins pouvoirs pour traiter au gré de Charles, ce dernier refusa de prolonger un tel débat et donna l'ordre à ses troupes d'ouvrir la campagne.
Edouard nomma son frère, le comte de Kent, lieutenant général en Guyenne, et s'organisa aussitôt. Charles le Bel avait déjà chargé son oncle, le comte Charles de Valois, de saisir cette province et le Ponthieu. L'armée française, entrée en Agenais le 3 août 1324, prit Lafox et somma la ville d'Agen de se rendre. Les nabitants déclarèrent, le 10 et le 15 de ce mois, qu'ils attendaient une réponse du comte de Kent et demandèrent que leur fut accordé le temps utile; mais ils durent capituler.
Le frère d'Edouard, en effet, n'était guère en situation de secourir Agen, puisque, loin de pouvoir faire face au comte de Valois, il avait été obligé de s'enfermer dans La Réole. Celui-ci l'y assiégea pendant que ses lieutenants opéraient contre les autres places de la Guyenne.
Le château de Montpezat fut rasé, et plusieurs villes se soumirent en août. Puymirol, défendu par Amanieu III du Fossat, Penne et quelques autres places résistèrent; mais Port-Sainte-Marie, Tonneins, Marmande, Sainte-Foy, Sainte-Bazeille , etc., ouvrirent leurs portes.
Le comte de Valois prit La Réole le 22 septembre et conclut une trêve avec son adversaire jusqu'au 14 avril 1325, sauf adhésion d'Edouard.
Cependant les renforts attendus impatiemment des Anglais n'arrivaient pas; les embarras d'Edouard allaient toujours en augmentant et de nouvelles négociations s'ouvrirent. La reine d'Angleterre elle-même, Isabelle de France, sœur de Charles le Bel, y fut mêlée. Enfin, un traité très laborieusement préparé fut signé le 31 mai 1325 pour une suspension d'armes de deux mois.
Pendant ce temps, une horde de vagabonds se désignant sous le nom de Bâtards du Pays exerçaient mille dépradations en Agenais, où ils s'emparaient du château de Lafox.
Henry de Sully nommé sénéchal de Guyenne par Charles le Bel, fut aussi agréé par Edouard. Mais ce dernier fit naître bientôt des difficultés de toutes sortes, et au commencement de juillet 1326 les hostilités recommencèrent. Des représailles furent exercées par chacun des deux rois.
Le comte de Valois étant mort en décembre 1325, Alphonse d'Espagne fut désigné pour le remplacer. On a peu de renseignements sur la campagne conduite par Alphonse. En juin 4326, il reprit Lafox; en août, il s'empara de Tonneins, et en septembre de Puyguilhem. Marmande, en pleine révolte, lui ouvrit ses portes, et pendant ce temps, les seigneurs de Pins molestaient le Condomois et le Mézinais.
On sait ce qu'il advint d'Edouard II La reine d'Angleterre, ayant avec elle son jeune fils Edouard et accompagnée du comte de Kent et de son favori Mortimer, débarqua en Angleterre avec des troupes à la fin de septembre 1326. L'impopularité du roi la servit puissamment; on l'accueillit comme une libératrice. Forcé de fuir, Edouard fut arrêté le 20 novembre, déposé en janvier suivant, et enfermé au château de Berkley où il fut assassiné peu après. L'avènement d'Edouard III mit fin provisoirement aux différends anglo-français. Le nouveau roi ratifia le dernier traité intervenu. Le 13 janvier 1327, des plénipotentiaires furent désignés, et l'accord définitif se signa à Paris le 31 mars 1327.
La Guyenne fut rendue au roi d'Angleterre, qui s'engagea à payer au roi de France 50.000 marcs sterlings de dédommagement. Une amnistie générale fut même accordée, sauf pour les seigneurs gascons condamnés, parmi lesquels figurait Amanieu III de Madaillan. La vie leur fut laissée sous condition d'obéir à leur ban et de voir raser leurs châteaux à la diligence du roi d'Angleterre.
Le maréchal de France Robert-Bertrand de Briquebec fut envoyé en mai pour presser la démolition du château de Madaillan; mais Amanieu négociait dans les deux camps et obtenait l'appui des deux reines de France et d'Angleterre. Edouard III devait naturellement soutenir ses partisans: il trouvait, d'ailleurs, plus avantageux, la confiscation étant en sa faveur, de rendre leurs possessions aux intéressés.
Au surplus, Charles le Bel étant mort le 1 er février 1328, son successeur, Philippe VI de Valois, se laissa convaincre, rapporta l'ordre de démolition en 1331, et accorda même le rappel des bannis.
Le seigneur de Madaillan conserva ainsi son château et put reprendre la série des empiétements audacieux qui devaient être pour Agen une source d'ennuis pendant plusieurs siècles. Les Agenais protestèrent si vivement que les deux rois convoquèrent des assises à Langon en 1334. Ce tribunal reconnut la légitimité des réclamations relatives aux paroisses indûment occupées, qu'il rétablit dans la juridiction d'Agen. La sentence frappant du Fossat atteignait aussi Rainfroid de Durfort, seigneur de Bajamont; mais le sénéchal d' Agenais ne put la faire exécuter.
La prochaine guerre devait, du reste, servir au mieux la résistance des deux barons. La querelle de Charles le Bel et d'Edouard II, quelle qu'en eût été la gravité, allait paraître de peu d'importance, comparée à celle qui agita les règnes de Philippe VI et d'Edouard III.
En 1329, Edouard, invité à rendre hommage au roi de France, répondit d'une manière arrogante. Philippe saisit aussitôt ses revenus et réunit une armée à Bergerac. Alors Edouard se ravisa et rendit son hommage à Amiens, le 6 juin de la même année. Néanmoins, ce jeune prince, qui se trouvait humilié disait-il , de la vassalité d'un fils de roi envers un fils de comte, affectait toujours des prétentions à la couronne de France, bien que ces prétentions eussent été catégoriquement écartées en 1328. Dès 1336, la situation s'assombrit, et la guerre devint bientôt inévitable. Philippe VI commit Pierre de Galard, grand maître des Arbalétriers, et Pierre-Raymond de Rabasteins, sénéchal d'Agenais, pour contenir les Anglais en Guyenne et s'assurer du concours de Gaston II, comte de Foix. Ce fut le prélude de la guerre de Cent ans.
Sans déclaration officielle, les hostilités commencèrent.
En mai 1337, des commissaires furent chargés de saisir la Gascogne, et le 20 de ce mois, le comte de Foix fut convoqué pour la fin de juin à Marmande.
Le connétable Raoul de Brienne, mis à la tête d'une armée, s'empara de Villeneuve-d'Agen le 10 juillet 1337, et le 20 du même mois, il invita le comte de Foix à le rejoindre à Aiguillon le lendemain pour se concerter sur la marche des opérations. Aiguillon leur ouvrit ses portes.
La campagne, du reste, n'eut pas une grande importance. Le connétable, qui, le 30 juillet, se trouvait devant Saint- Macaire , se disposant à marcher sur Bordeaux, dut se replier de Podensac vers La Réole, et fut remplacé par le sire d'Erquery et le maître des Arbalétriers Etienne de La Baume, qualifiés de "capitaines généraux en Agenois, Gascogne et autres parties par delà".En janvier 1338, ceux-ci, rejoints par Gaston de Foix avec 150 hommes d'armes et 1.500 fantassins, mirent le siège devant Madaillan, qui capitula le 16 mars; puis ils se portèrent devant Penne dont l'investissement se transforma en blocus et traîna en longueur.
Le sire d'Erquery fut tué, et le roi nomma à sa place les comtes de Foix et d'Armagnac. Edouard s'était assuré à beaux deniers le concours du sire d'Albret.
Cependant, Philippe VI visait obstinément la place de Penne, dont l'importance devait être réelle. Craignant d'abord une descente sérieuse des Anglais en Flandre, il avait appelé Gaston auprès de lui; puis, le danger s'éloignant, il l'avait renvoyé en Gascogne pour un mois, avec de pleins pouvoirs pour s'emparer de Penne. Plus encore: très peu après, il nommait Jean, roi de Bohême, son lieutenant en Languedoc, avec une mission semblable pour la même place. Penne se rendit en janvier 1339 à Gaston, qui bientôt quitta la Guyenne avec La Baume et fut remplacé par Pierre de La Palu, sénéchal de Toulouse. — Jean de Bohême, établi en observation à Marmande, surveillait les mouvements de l'armée anglaise. Guillaume de Flavacourt, archevêque d'Auch, fut chargé de ramener l'ordre en Agenais et s'établit à Agen en 1340.
Dans cette grande lutte des deux puissances, je n'ai à retenir ici que les faits relevant de l'Histoire de l'Agenais.
Pierre de La Palu, parti de Marmande avec son armée, assiège Puyguilhem en 1339. En même temps, Philippe VI nomme Jean de Marigny, évêque de Beauvais, son lieutenant en Gascogne et en Languedoc. Ce prélat se rend à Marmande, convoque le comte de Foix à La Réole, et, ralliant l'armée, prend part aux réductions des villes du Bordelais, Blaye, Bourg, etc. Dans cette dernière place, le sire d'Albret et le seigneur de Caumont furent faits prisonniers. En juin 1340, le roi d'Angleterre écrivit aux consuls d'Agen et aux villes et barons de l'Agenais pour les rallier à sa cause ; puis ses troupes prirent Vianne et Mézin, et en août suivant assiégèrent Condom. Elles durent échouer devant cette dernière place, puisqu'au mois d'octobre Philippe VI accordait de nombreux privilèges à ses habitants, en récompense de leur belle défense. Vianne fut repris par les Français en 1342. Quelques autres faits d'armes se produisirent encore en divers lieux de Guyenne, à Langon, notamment, et peut-être aussi à Sainte-Bazeille.
Une trêve entre les deux rois fut signée le 25 septembre. A son expiration, en 1343, Jean de Marigny partit de Marmande au mois d'août et marcha sur Damazan, qu'il prit en quelques jours; puis, le 23, il assiégea Sainte-Bazeille qui se rendit le 14 octobre.
Les opérations militaires étaient dirigées par Robert de Marigny, frère de l'évêque de Beauvais et maréchal du roi en Languedoc et en Saintonge.
Survint alors une nouvelle trêve, rompue en 1345. La guerre en Guyenne allait prendre désormais une allure plus vive. En juin 1345, les Anglais s'emparèrent du château de Monrevel, aux portes d'Agen, presque à l'insu habitants de cette ville. Ce fut le début des hostilités.
Henri de Lancastre, comte de Derby, débarqua à Bayonne en juillet avec de nouveaux renforts et se rendit à Bordeaux, où il fut reçu en grande pompe. En août, il soumit Bergerac, prit ensuite divers châteaux et villes du Périgord et de la Haute-Gascogne: Beaumont-de-Lomagne, l'Isle-Jourdain, etc.; puis Villeréal, Castelmoron, Saint-Barthélémy, Bonneval, Pellegrue, Auberoche et Libourne, et rentra à Bordeaux. Saint-Maurin avait été pillé au passage par ses soldats; mais Cancon avait résisté, ainsi que Castillonnès et Villeneuve, défendus par les comtes d'Armagnac et de l'Isle. En même temps, les Anglais ou leurs partisans faisaient des courses fréquentes aux environs d'Agen. Ils étaient servis par de nombreuses intelligences, surtout au Passage, où, comme représailles, les consuls firent raser la plupart, des maisons. Le comte de l'Isle, qui, sous les ordres de Jean, duc de Normandie, commandait pour le roi de France en Limousin, Périgord et Saintonge , était resté dans La Réole. Il fit sur Auberoche une manifestation malheureuse. Derby accourut le 23 octobre, mit les Français en déroute, faisant prisonniers le comte et plus de 200 chevaliers, et prit ensuite ses quartiers d'hiver à Bordeaux.
Au printemps de 1346, l'armée anglaise passa par Bergerac, vint à Sainte-Bazeille qui se soumit, prit le château de Laroche-Millon (Meilhan), assiégea vainement Monségur, et vers le 10 avril se porta sur Aiguillon, dont le gouverneur, traître à son pays, lui ouvrit les portes le 20 août. Le nom de ce lâche mandataire du roi de France n'est pas connu. On sait seulement qu'il fut pendu haut et court à Toulouse la même année. Alexandre de Caumont, seigneur de Sainte-Bazeille, fut fait prisonnier.
En juin 1346, le sénéchal d'Agenais Robert de Houdetot, successeur de Pierre-Raymond de Rabasteins (1341), très préoccupé de l'hostilité des places voisines d'Agen, assiégea Bajamont, qui fit une résistance des plus énergiques. Les consuls d'Agen, désireux d'en finir, amenèrent eux-mêmes des renforts; mais ils furent battus le 28 juillet et firent de grandes pertes.
Le sénéchal et deux d'entre eux restèrent aux mains de l'ennemi, qui n'exigea pas moins de 10.000 écus d'or de rançon, payés par les Agenais.
Avant le siège d'Aiguillon, les Anglais avaient pris d'assaut Castelsagrat, dont la garnison n'obtint aucun merci , et s'étaient emparés de nombreuses places: Beauville, Montagnac, Moncaut, etc. Ils se présentèrent ensuite devant La Réole.
Défendue par Agout des Baux, sénéchal de Toulouse, cette ville fit une vaillante résistance. Malgré la vigueur du siège et la sévérité du blocus, les opérations durèrent plus de deux mois. Quant les Anglais eurent fait aux remparts une brèche praticable, les habitants voulurent capituler; mais Agout des Baux s'y refusa énergïquement et s'enferma dans le château dont le siège, plus difficile encore, exigeait la mine. Ce ne fut qu'à la dernière extrémité que l'héroïque gouverneur se rendit enfin, obtenant de sortir sauf et en armes, lui et les siens.
Après le siège de La Réole, Derby prit Montpezat par escalade, surprit Castelmoron par une feinte, enleva d'assaut Villefranche-d'Agenais, eut raison de Miramont, près Lagarrigue , après quatre jours de siège, et s'empara de Monheurt, de Damazan et de Tonneins.
L'armée française était alors en Languedoc, ayant à sa tête le duc de Normandie, qui avait visité Agen l'année précédente et devait y revenir le 4 avril 1346. Pierre de Bourbon, lieutenant général en Languedoc et Gascogne, commandait cette armée purement défensive et faisait d'Agen sa résidence presque constante. Le sénéchal d'Agenais Robert de Houdetot, placé sous ses ordres, avait demandé des renforts de toute sorte en juin 1345 au comte de Foix et aux sénéchaux de Toulouse et de Carcassonne. Hommes et machines de guerre affluèrent de tous côtés, si bien qu'en février 1346, à son départ de Toulouse, l'armée du duc de Normandie comptait plus de cent mille combattants, marchant sous deux maréchaux, Montmorency et Saint-Venant. Miramont et Villefranche furent emportés d'assaut. Cette dernière place fut brûlée et sa garnison massacrée; mais le château, qu'on abandonna, fut réoccupé presque aussitôt par ordre de Derby. On mit ensuite le siège devant Angoulême que les Anglais occupaient depuis peu, et un corps détaché s'empara de Saint-Jean-d'Angély. Le duc de Normandie se laissa naïvement jouer par le gouverneur d'Angoulême, qui put avec ses hommes aller renforcer la garnison d'Aiguillon.


Source: Histoire de l'Agenais par Jules Andrieu, 1893