COMMENT SE SONT CRÉÉES LES BASTIDES DU SUD-OUEST DE LA FRANCE .


I

Au XIIIe et au XIVe siècle de nombreux textes nous apprennent la fondation dans le Sud-Ouest de la France de villes neuves appelées « bastides » 1. « Bastida seu villa nova », «bastida seu populatio», les deux expressions reviennent sans cesse. Bastide, en languedocien, désigne proprement une construction, sans plus, et a pris, par extension, le sens de ville en construction, d’où ville neuve; il a servi aussi à nommer — le cas n’est pas rare — le nouveau quartier ajouté à une ville ancienne. On le rencontre sous la forme «bastit» en Rouergue, « bâtie » en Dauphiné, mais il n’entre qu’exceptionnellement dans la composition des noms des bastides qui rappellent plutôt un personnage important, une ville célèbre, ou une situation favorisée.
Centres de population rurale, les bastides ont été fondées en vue du défrichement et de l’exploitation du sol par un, ou deux, rarement trois fondateurs qui leur donnaient un territoire dont ils réglaient la répartition entre les futurs habitants (non sans réserver les droits de fief) et les dotaient de privilèges juridiques et commerciaux. Ces fondations, toutes imitées les unes des autres, recouvrent un vaste territoire de l’Océan Atlantique aux Pyrénées, à la Méditerranée et au Rhône, moins nettement délimité au Nord où les bastides ne dépassent guère le bassin de la Dordogne et ne touchent que les contreforts Sud et Est du Massif Central (actuellement Cantal, Lozère et Ardèche).
Au vrai, c’est seulement dans le Sud-Ouest que, par leur nombre, ces fondations marquent une étape importante du peuplement. Précisons que, dans les départements actuels de l'Ariège, de la Haute-Garonne, du Tarn, de l’Aveyron, du Lot, de la Dordogne et de la Gironde, puis des départements des Landes, du Lot-et-Garonne, du Tarn-et-Garonne, du Gers, des Hautes et Basses-Pyrénées, quatre à cinq cents bastides furent fondées en cent vingt ans. Qu'on ne s’étonne pas si ce foisonnement de fondations a constitué alors l’événement majeur de 1-histoire du Sud-Ouest (1).
En fait, la période des fondations fut courte. Cordes-en-Albigeois, la plus ancienne, date de 1222, et de 1370 la plus récente, La Bastide d'Anjou. Dates extrêmes : mais c’est entre 123o et 135o que se situe le gros des fondations. Ces dates rapprochées sont justement celles de la longue période de paix allant de la fin de la guerre des Albigeois au début de la guerre de Cent Ans.
Alors, pour deux siècles et demi, par les deux traités de Paris de 1229 et 1259, a été fixé le destin politique du Sud-Ouest, et consacré du coup sa division en deux zones rivales : le Midi aquitain, d’une part, sous influence anglaise et, de l’autre, le Midi languedocien sous influence française, entre quoi la Gascogne indépendante devait servir de marche sans cesse disputée. Alors dans cette paix créatrice se constituent les cadres administratifs appelés à durer pendant tout l’Ancien Régime ; alors surtout se produit un magnifique essor économique. Les bastides, qui doivent le jour à ces conjonctures politiques et économiques, sont une manifestation évidente de cette situation nouvelle dans le Sud-Ouest. Pourquoi leurs fondations se sont-elles produites plus tard que dans les autres parties de la France, et dans cette Europe de l’Ouest où, en général, l’expansion urbaine date de la seconde moitié du XIe et du XIIe siècle? Marc Bloch, qui a noté le fait, a proposé une explication : «[Le contraste] le plus remarquable oppose, à l’ensemble de la France, le Sud-Ouest. Là, visiblement, le mouvement a commencé plus tard et s’est prolongé plus longtemps que, par exemple, dans les pays de la Seine et de la Loire. Pourquoi ? Selon toute vraisemblance, c’est au-delà des Pyrénées qu’il faut chercher le mot de l’énigme» (2).
La population de l’Europe s'accrut, en effet, au XIe siècle. Il n’existe aucune raison a priori de penser que ce phénomène n’eut pas lieu dans le Sud-Ouest, mais nous savons aussi qu’à cette époque les populations méridionales furent vivement sollicitées du dehors. Le XIe siècle est une grande époque de la reconquista espagnole. L’Eglise fit alors prêcher pour la délivrance de l’Espagne. Cette prédication éveilla des échos par toute la France, et principalement, comme il était naturel, dans les régions méridionales. Chevaliers, clercs, aventuriers, pèlerins partaient à l’aventure et, l’aventure finie, s’installaient bien souvent dans les villes à demi dévastées ou épuisées par la guerre. Tarragone, Pampelune reçurent ainsi de nombreux habitants, principalement de Gascogne et du Quercy.
Autre exode à la fin du siècle, la première croisade emmena, loin du Midi, sous la bannière de Raimond IV, comte de Toulouse, une foule de croisés languedociens et gascons. Malgré ces départs répétés se formaient, cependant, au XIIe siècle d’assez nombreux villages sur les terres d’Eglise: les Sauvetés. Evêques, abbayes bénédictines, Chevaliers de Malte surtout cherchèrent à mettre en valeur leurs terres en y fixant une population rurale qui semble bien avoir été à demi-errante. Mais ces fondations gardèrent toujours un caractère local. En fait, il y a de nombreux traits communs entre sauvetés et bastides: leurs liens historiques et surtout économiques sont' incontestables. Mais les sauvetés sont restées de petits villages faute de trouver dans la population du pays les éléments qui auraient pu en faire des villes.
Dans la dernière partie du XIIe siècle et au début du XIIIe, la guerre des Albigeois désola le Languedoc, le Quercy et la vallée de la Garonne. Affaiblissant l’autorité de l’Eglise, suscitant les convoitises des laïcs, semant haine et terreur, non seulement elle arrêta net toute expansion, mais elle aboutit à la croisade de Simon de Montfort qui laissa ces pays ruinés, accablés et sans défense. Cette guerre et les croisades antérieures retardèrent dans le Sud-Ouest la grande éclosion urbaine. Vers 1220, au contraire, les conditions se sont améliorées. La guerre est pratiquement finie faute de combattants; en 1226 Louis VI parcourt le Languedoc et le traité de 1229 consacre l’annexion de cette province au Royaume de France. Les expéditions étrangères paraissent également terminées; depuis la quatrième Croisade de 1204, déroutée vers Constantinople, le zèle des Croisés s'est ralenti, et la victoire de Las Navas de Tolosa en 1212 a relégué les Maures en Andalousie. La population du Sud-Ouest n’est plus décimée au dedans, ni sollicitée du dehors; elle va donc s’accroître et se stabiliser. Une fois de plus la paix fait son œuvre. De vastes étendues de forêts et de landes sont alors inexploitées dans les énormes domaines des monastères cisterciens qui se sont tellement accrus au cours du XIIe siècle, et ne leur sont encore d’aucune utilité. Le besoin de stabilité des populations coïncide alors avec le désir qu’ont les moines d’utiliser leurs richesses. Coïncidence décisive qui s’est souvent produite ailleurs. Ainsi l’essor démographique a créé, à notre avis, les conditions de base du développement urbain du Sud-Ouest. Mais elles ne se produisirent qu’au XIIIe siècle parce qu’alors seulement cette région bénéficia de la paix, sans quoi rien n’eût été possible.
Outre ces conditions, d’autres causes allaient agir, et notamment l’action des pouvoirs féodaux.
Les premières bastides furent, en effet, l'œuvre de Raimond VII, comte de Toulouse qui, avec son successeur Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, a joué un rôle décisif dans leur histoire. L’un en fut le promoteur, l'autre en devint le correcteur et donna à ces fondations les formes qui devaient servir de modèles dans la suite à tous les fondateurs : rois de France ou d’Angleterre, grands seigneurs laïcs, ou d’Eglise.
Raimond VII fonda une quarantaine de bastides pour des motifs politiques et financiers. Le traité de Paris de 1229 lui avait enlevé les trois quarts du Languedoc, mais il lui restait autour de Toulouse une vaste seigneurie, appelée désormais comté de Toulouse, correspondant à l’actuel département de la Haute-Garonne augmenté de fragments de l’Ariège, du Gers, du Tarn-et-Garonne et surtout de toute la partie du Tarn située au Nord de cette rivière. C’est dans cette dernière région voisinant, au Sud, avec la sénéchaussée royale de Carcassonne, au Nord avec celle de Quercy, que Raimond VII fit élever ses bastides tout au long du Tarn. On pensera à première vue qu’il voulut ainsi établir une ligne de fortifications, mais rien dans les textes, ni dans les vestiges archéologiques, ne le confirme. Au vrai, le but de sa politique fut de reconstituer, sur cette ligne frontière, son domaine appauvri par les libéralités de ses aïeux en groupant des terres par achats, ou par échanges, et en y fixant une population qui risquait autrement d’émigrer vers les seigneuries voisines. Remarquons, en effet, qu’une fois constitués des domaines à peu près homogènes, il y créait, chaque lois, un centre de population, une bastide, avec les privilèges propres à y attirer et fixer des hommes dévoués. Ainsi s’affermissait son. pouvoir et, du même coup, s’accroissaient ses ressources: redevances, en argent et en nature, provenant de la culture des terres, profits de justice et droits de banalité. Opération doublement avantageuse; la population de son côté y gagnait des terres souvent en friches, mais qu’elle avait un délai pour mettre en culture; elle y trouvait des matériaux, du bois, des carrières, pour d’éventuelles constructions ; elle y rencontrait enfin la sécurité et les avantages de la protection d’un puissant seigneur.
Si Raimond put prendre l’initiative de telles fondations, c’est que, même après 1229, il était encore le plus grand propriétaire du Midi. Pour fonder une bastide il fallait, en effet, tout à la fois posséder en quantité suffisante des terres cultivables et des bois pour les besoins présents et futurs d’une agglomération, posséder en outre sur ces terres une juridiction complète pour doter la communauté nouvelle de privilèges et l’administrer. Peu de seigneurs réalisaient ces conditions-là.
Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse en 1249, poursuivit l’action de son prédécesseur, mais avec des méthodes nouvelles. Aussi vastes qu’aient été les domaines comtaux, la politique de Raimond VII n’aurait pu être employée indéfiniment. A la poursuivre celui-ci, du reste, avait usé de tous les moyens possibles, réguliers ou non: confiscations sur les personnes soupçonnées d’hérésie, frustrations de mineurs, tout lui avait été bon en sorte qu’Alphonse de Poitiers dut faire droit à beaucoup de réclamations et opérer bon nombre de restitutions, soit de terres, soit de droits de justice. Lui-même ne fonda pas de bastides sans enquêtes préalables sur le bien-fondé de ses droits. C’est par des enquêtes également qu’il répondit aux nombreuses demandes d’associations qui lui vinrent de seigneurs languedociens et gascons, que ces demandes soient venues des seigneurs, ou que le comte de Poitiers les leur ait suggérées. Chaque fois le comte fait porter son enquête sur les mêmes points: à qui appartiennent les terres et depuis quand? — qui exerce la juridiction? — quels avantages et quels inconvénients pourront 'résulter de ces fondations ? Ces enquêtes, fondées sur le principe de commodo et incommodo, ne furent pas inutiles. Des projets de bastides furent abandonnés parce que leurs fondations allaient contre les droits de certains seigneurs ou de communautés plus anciennes; d’autres furent remis jusqu’à l’époque où les droits de chacun des associés seraient mieux précisés.
Quand Alphonse de Poitiers estime pouvoir donner suite aux demandes d'association, il le fait en appliquant aux fondations de bastides une forme d'association déjà ancienne: le contrat de pariage. C’est cette sorte de contrat qui est à l’origine de la plupart des bastides.
Par le pariage, deux ou plusieurs personnes mettent en commun leurs biens et leurs droits dans une ville ou sur un territoire donné moyennant un égal partage des profits et des charges: véritable «société pour l'exploitation en commun» (3). Dans ces contrats, Alphonse de Poitiers, maître d’un immense domaine de la Loire aux Pyrénées, apportait avec la garantie de son autorité, la sécurité et de puissants moyens financiers; ses associés, monastères cisterciens, évêques, seigneurs locaux, apportaient la terre et, le plus souvent, les droits de juridiction. A leurs yeux ce n'était point payer trop cher l’association; à une époque où la terre était la principale source de richesse, Alphonse de Poitiers augmentait ainsi et à peu de frais son domaine utile et ses revenus : un mémoire de 1272 énumère trente-huit bastides fondées par le comte en Toulousain, Agenais, Quercy et Rouergue; il en ressort que la partie gasconne de ses domaines qui ne valait pas trois cents livres tournois à son avènement en rapportait plus de mille à sa mort.
Sollicité de toutes parts, Alphonse de Poitiers ne dispersa pas ses forces. Poursuivant l’action de Raimond VII le long du Tarn, il étendit la sienne dans la vallée de la Garonne, du Comminges à l’Agenais, en Quercy et en Rouergue. Sur les limites du comté de Foix, il fonda neuf bastides dans un territoire relativement restreint. Non pas dans un but stratégique: la plus importante, Carbonne (4), n’était entourée que d’une palissade cent ans après sa fondation. Le comte cherchait ainsi à asseoir son autorité sur des régions frontières en attirant à lui les hommes des seigneuries voisines, s’enrichissant dans la mesure même où il les appauvrissait. La preuve en est dans les nombreux démêlés de ses représentants dans les bastides avec les officiers des comtes de Foix et de Comminges. Motifs politiques et financiers, désir d’étendre leur autorité, d’accroître leurs revenus, ces raisons d’agir furent les mêmes chez les deux derniers comtes de Toulouse et chez les Rois de France, leurs successeurs, après la réunion du comté à la couronne en 1271. Mais, à l'époque royale, le contrat de pariage fut, sauf de rares exceptions, le seul procédé de fondation en usage. Les rois s’en remirent, pour rédiger et conclure ces contrats à leurs officiers: juges, lieutenants, commissaires et surtout sénéchaux qui accélérèrent par ce moyen le rythme des fondations. Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Toulouse (1272-1294), en fit le principal moyen de l’expansion du pouvoir royal. Obéissant à la fois à des nécessités politiques et à des ordres supérieurs, lui et ses successeurs dirigèrent les fondations dans deux directions: vers le Sud-Ouest, dans la région de l’actuel arrondissement de Tarbes (5) et jusque dans les Landes, vers le Nord-Ouest jusqu’en Agenais. France et Angleterre avaient dans ces régions une frontière commune, et mal délimitée par le traité de 1259. Les deux pays y poursuivent une sorte de course à l’influence, quelques-unes des bastides françaises servant de forteresses avancées, telles Saint-Luc (6) et Rabastiens-en-Bigorre (7), fortifiées dès l’origine. Ce nouveau trait est beaucoup plus accusé encore dans les bastides anglaises que les documents et l’archéologie nous montre comme une succession de places fortes dessinant un large arc de cercle des Pyrénées à la Dordogne, en bordure des frontières françaises.
Ainsi en venons-nous à parler des bastides fondées en dehors du comté de Toulouse, au Nord et à l’Ouest, c’est-à-dire en Quercy, Agenais, Guyenne et Gascogne. Les fondations y commencèrent plus tard encore qu’en Toulousain. Alphonse de Poitiers les inaugura en Agenais où il en fit une douzaine, les premières vers 1250, les autres entre 1266 et 1270, toutes à la suite de pariages, de cessions et d’échanges de terres.
Après sa mort (1271) Henri III d’Angleterre réclama au roi de France la restitution de l’Agenais en exécution du traité de 1259. Philippe III faisant traîner les choses en longueur, la restitution n’eut lieu qu’en 1279. Les rois d’Angleterre y poursuivirent alors la politique d’Alphonse de Poitiers, en l’accentuant, sans sa prudence ni sa mesure. Du reste, ils avaient inauguré cette politique dans leur duché de Guyenne où leurs premières bastides datent de 1265 et de 1268. Mais ce ne fut qu’après 1270 que leurs fondations manifestèrent une intention politique. Leur cadence s'accéléra alors très rapidement, surtout dans les régions frontières où, de part et d’autre, bastides anglaises et françaises se donnent la réplique à peu de distance. Les Anglais, souvent, édifièrent des groupes de deux à trois bastides, administrativement unies, s’épaulant les unes les autres, et constituant une vraie ligne de défense, semblable à celle de Vauban, plus tard sur nos frontières. Tout au long de ces lignes fortifiées les incidents se multiplièrent. Le plus connu est celui de Saint-Sardos, origine d’une guerre (8).
Pour choisir l’emplacement des bastides et passer les actes nécessaires, les rois d’Angleterre eurent, comme ceux de France, recours à leurs officiers: bailes, prévôts, notaires, lieutenants et sénéchaux — le sénéchal de Gascogne en particulier. Ces officiers agissaient sur délégation et rendaient compte de leurs actes au Conseil de Gascogne, à Bordeaux, spécialement chargé de l’examen des privilèges urbains. A son tour, le conseil enquêtait, notamment par gens d’église, en demandant au Pape les autorisations nécessaires. En 1329, il demanda même au Saint Siège d’autoriser les communautés religieuses à conclure des pariages.
Moyen d’expansion du pouvoir et d’accroissement territorial, ce procédé de fondation fut, en Guyenne et en Gascogne, comme en Languedoc, de beaucoup le plus employé. Le roi d’Angleterre sollicitait la plupart du temps abbés et seigneurs locaux, parfois les contraignait à s’accorder avec lui. Passés avec de petits seigneurs ces pariages portaient sur des seigneuries entières, ce qui laisse comprendre combien ils modifièrent profondément l’état des fiefs et accrurent la puissance et la richesse des rois anglais. Cependant le procédé de fondation par un seul pouvoir à la suite d’échanges et d’achats fut utilisé plus qu’en Toulousain, mais par les rois d’Angleterre seuls. En effet, les plus importants seigneurs de Gascogne: comtes d'Armagnac, de Fezensac et d'Astarac, sires d’Albret, vicomtes de Marsan et de Béarn prirent aussi l’initiative de fonder des bastides et, selon les régions, entrèrent en pariage avec les rois de France et d’Angleterre, ou avec les monastères de leurs domaines. Par-là, ils essayaient à la fois, et de maintenir l’intégrité de leurs seigneuries en face de cette marée de fondations qui menaçait de les recouvrir, et de retenir leurs hommes sur leurs terres; ils se servirent donc de l’arme même qui les menaçait. Mais l’intérêt politique des seigneurs était lié à l’intérêt économique des régions qu’ils gouvernaient. Dans cette Gascogne formée de coteaux allongés, de profondes vallées, les intérêts agricoles et commerciaux se fondirent: pas d’espace un peu aplani, pas de confluent fluvial qui n’ait bientôt sa bastide. Et elles furent nombreuses à prospérer.
Dans cet ensemble de bastides royales et seigneuriales, le rôle de l’Eglise fut partout capital, bien que fort différent de celui qu’elle avait joué au siècle précédent. Alors elle seule prenait l’initiative et seule elle dotait les sauvetés de privilèges que son autorité faisait ensuite respecter (9). Au xme siècle, par contre, l’Eglise affaiblie par la crise albigeoise ne put assurer plus longtemps le respect de ses meilleures institutions : l’asile et la paix de Dieu. Enrichie cependant de nombreuses donations, elle se tint, au début, à l’écart du mouvement. Faiblesse ou méfiance? Nous ne savons. En tout cas aucune demande d’association ne fut faite par elle à Raimond VII. Dans la seconde moitié du siècle seulement, quand le pouvoir eut passé aux mains de princes étrangers, l’Eglise osa leur demander aide. Alors les moines, Cisterciens, Prémontrés, et les ordres militaires ont recherché l’association des puissances laïques, eux surtout, bien que quelques évêques, comme ceux de Rodez, du Couserans, soient entrés aussi, mais rarement, en pariage avec le roi de France. L’Eglise pouvait-elle agir autrement? Sur ces domaines où des étendues considérables de landes et de forêts restaient complètement improductives, des malfaiteurs de tout poil perpétuèrent un état d’insécurité chronique. Pour les en chasser, l’Eglise (selon la mention expresse des textes (10)) dut mettre ces étendues sous le contrôle des pouvoirs capables d’en faire la police. Ainsi, dans leur principe comme dans leur développement, un grand nombre de bastides furent et sont restées des villages d’agriculture.
Ces fondations, provoquées et recherchées par les pouvoirs royaux, les grands feudataires et l'Eglise, bien accueillies par les populations rurales en raison des privilèges qui les accompagnaient, furent aussi utilisées, nous l’avons dit, par les grands seigneurs pour éviter le pire. Mais elles nuisirent beaucoup aux seigneurs locaux dont elles dépeuplaient les domaines et pour lesquels les pariages ne constituaient, en réalité, qu’une spoliation partielle de leurs droits. Elles provoquèrent aussi les protestations des villes plus anciennes que les bastides gênaient dans l'usage de leurs droits.
Innombrables furent les plaintes et nombreuses en sont encore les traces. Nous avons parlé des embarras causés à Alphonse de Poitiers par la succession de Raimond VII, mais dès le début de son gouvernement, en 1252, ses enquêteurs durent interdire à son sénéchal en Agenais de fonder de nouvelles bastides sans sa permission expresse et réglementaires avec soin les droits et les devoirs des habitants vis-à-vis des anciens seigneurs. Sur les domaines du roi d’Angleterre les plaintes furent très nombreuses, en raison même du grand nombre des fondations et du peu de scrupules avec lequel elles étaient faites. En 1278 les lieutenants d’Edouard Ier promirent aux barons du Bazadais et à ceux de Saint-Sever de ne plus ériger de bastides sur leurs terres sans leur consentement et de respecter à l’avenir leurs droits. Promesse confirmée en 1289 par le roi lui-même qui défendit aussi de recevoir dans ces bastides, en Agenais et en Béarn, des serfs des seigneuries voisines et de construire en son nom des bastides dans cette vicomté. Il manda encore de révoquer ou de modifier les privilèges des bastides portant atteinte aux droits des évêques, barons et nobles de l'Agenais.
Les rois de France durent également rappeler à l’ordre leurs officiers trop zélés ou trop entreprenants. En 1338 les jugeries de la sénéchaussée de Toulouse offrirent aux commissaires royaux une somme de 9.000 livres pour obtenir quelques avantages et certaines modifications aux privilèges des bastides (11). En 1344, à la requête des capitouls de Toulouse, le roi Philippe VI interdit à l’avenir toute construction entre le Rhône et le Périgord sans permission expresse. Lors de la construction de Rabastens-en-Bigorre, les habitants de Tarbes se plaignirent de ce que cette bastide limiterait leurs droits d’usage dans une forêt proche.
De tout cela que conclure? Pour que tant de plaintes de provenances si diverses se soient élevées, il faut que les mouvements temporaires et les déplacements définitifs des populations qu'ont entraînés les fondations des bastides aient été assez importants pour changer ou altérer les courants commerciaux, créer de nouveaux centres d’échanges et transformer considérablement toute la vie du Sud-Ouest. Tout cet arrière-plan d’histoire économique intéresse notre sujet, mais déborde par son amplitude, sa richesse et sa complexité, les limites de cet article. Qu’il nous suffise de l’indiquer dans ce présent travail.

II

Les pariages qui modifient le statut juridique des terres afin d’y permettre l’établissement d'un centre de peuplement précèdent l’octroi des chartes de coutumes, qui donnent un statut juridique à la nouvelle population. De longs délais interviennent souvent entre le pariage et la charte. Alphonse de Poitiers, politique plus que prudent, attendit parfois jusqu’à quinze ans pour accorder des coutumes à ses bastides: il s’assurait ainsi qu’aucune contestation ne s’élevait et que la fondation pouvait durer. Moins scrupuleux ou plus pressés, les rois de France réduisirent à un an environ le délai entre le pariage et la charte. Les actes de pariage étaient établis au nom de celui qui donnait les terres en pariage; c’était lui l'auteur de l’acte, car seul le propriétaire des terres pouvait en faire donation. Les chartes de coutumes, par contre, lurent faites au nom du pouvoir le plus fort, nanti de la superioritas (12). Que ce pouvoir apportât des terres ou des droits de juridiction, ou simplement son autorité avec la promesse de construire la bastide, c’était lui qui accordait les privilèges, car c’était lui qui assurait la sécurité de la communauté; surtout c’était la garantie de son administration qui attirait les populations. Alphonse de Poitiers l’a bien compris: il a créé quatre ou cinq types de chartes de coutumes si bien adaptés à leur but qu’ils n’ont pas cessé d’être utilisés par ses successeurs. Ici aussi le dernier comte fut un initiateur. Ses créations ont eu lieu en deux moments: en 1255 et 1256 apparurent les chartes de Villefranche-de-Rouergue et de Monclar-d’Agenais; en 1270, celles d’Angeville, de Castelsagrat et de Riom. On ne peut fixer pour ces chartes une étendue d’application. En 1274, Eustache de Beaumarchais accordant des coutumes à la bastide de Gimont, fondée en 1266 par Alphonse de Poitiers, compose cette charte des cinq premiers articles de celle de Monclar et prend les autres dans celle d’Angeville. Par la suite, les sénéchaux de Toulouse donnèrent cette charte de Gimont à toutes leurs fondations, même à celles de Gascogne, de Bigorre et de Béarn. Les rois d’Angleterre, les seigneurs l’utilisèrent aussi, mais en Agenais, en Guyenne et en Gascogne domina plutôt le type de Monclar. Tous les fondateurs durent cependant tenir compte des coutumes des villes anciennes (Agen, Dax, La Réole) et des coutumes régionales, comme les Fors de Béarn (13). Le but des actes de pariage était de régler le partage des terres et des droits. Le territoire concédé à la bastide par le donateur s’étendant sur un fief, un groupement de fiefs ou une paroisse, c’est dans ce territoire qu’une étendue de terre est mise en pariage. La division de cette terre en emplacements à bâtir, jardins, vignes, vergers et champs de grande culture, égaux entre eux dans chaque catégorie (14), est prévue dans l’acte en même temps que sont fixées les redevances en argent et en nature, assez fortes, que devra acquitter le détenteur ou feudataire de chaque lot. L’associé du donateur s’engage à faire construire la bastide, à l’administrer et à la protéger. Les profits de la bastide et du pariage seront également partagé entre les associés. Intervenait ensuite le partage des profits de juridiction: amendes, pénalités, droits casuels, qui se faisaient aussi par moitié, non plus seulement dans le pariage, mais dans tout le territoire de la bastide. Les profits venant des améliorations futures : moulins, fours, halle» couvertes, «cornières», fossés, ponts, ports, etc..., devaient aussi être partagés également à condition que ces améliorations fussent faites à frais communs. Mais le donateur se réservait le profit exclusif des améliorations qu’il avait apportées au fonds antérieurement à la conclusion du pariage: moulins, bâtiments, terres en culture. Il réservait aussi pour lui seul, et ce point est capital, la concession des terres de la bastide qu’il n 'avait pas mise en pariage, le profit de ces concessions et la connaissance des causes qui pourraient en résulter. Si, en effet, le donateur des terres aliénait ainsi partiellement son droit de propriété, c’est qu’il comptait sur la population nouvelle pour défricher et mettre en culture le reste de ses terres, les vastes étendues dont il se réservait ainsi les profits futurs. Nous n’en voulons comme preuve que le pariage de la bastide de Solomiac, que les officiers du roi de France contraignirent en quelque sorte l’abbé de Gimont à accepter. Celui-ci ne le fit qu’à contrecœur, et sur les terres qu’il dut donner en pariage, et sur celles qu’il réserva hors du pariage, il exigea des nouveaux emphytéotes un droit d’entrée élevé, car, disait-il, «ces terres sont bien cultivées». Ces chartes traitent surtout de questions de droit public; on y précise les redevances féodales, les services, les tarifs des droits de justice et les amendes; puis la réglementation des foires et marchés, la création et l’organisation du Corps consulaire, la détermination de ses devoirs et de ses prérogatives, le rôle des représentants du comte et des officiers ministériels. Par contre, peu de prescriptions de droit privé; sur ce point elles réfèrent implicitement aux coutumes des grandes villes voisines: Toulouse, Montauban, Agen... Les chartes de coutumes ont pour but, en définitive, d'assurer dans chaque communauté le maintien de l’ordre et un développement normal.
Dans ces chartes de coutumes nous retiendrons deux groupes d’articles particulièrement importants.
La charte de Gimont porte (article 27) que tout homme qui y habitera et y construira sa maison, sera libre, à condition de ne porter préjudice à quiconque. Donc l’air des bastides rend libre: les serfs en étaient formellement exclus. Les privilèges des bastides ont-ils joué un rôle dans l’émancipation des populations du Sud-Ouest? Une réponse précise est difficile et diffère selon les régions. Si, en 1298, Philippe le Bel affranchit tous les serfs de la sénéchaussée de Toulouse, consacrant ainsi un état de fait déjà ancien, en Gascogne, Béarn et Guyenne le servage se maintint beaucoup plus longtemps. Dans ces régions les deux chartes les plus répandues furent celles de Gimont et de Monclar. Leurs cinq premiers articles, identiques, prononcent l’abolition de toutes les tailles et «questes» féodales, de nature servile, la liberté de tester, de se marier, d’entrer dans les ordres, l’interdiction des prises de corps et des saisies arbitraires. Bref, ils suppriment tous les caractères de l’état de servitude. Groupés en tête de ces chartes, ils nous apparaissent comme une proclamation solennelle de l’état de liberté, bien destinée à frapper les esprits lors de leur publication.
Le maintien de l’ordre dans les bastides en formation et le respect des conventions passées entre les associés exigeaient la présence de représentants des fondateurs. Ce fut, à l’origine de toutes les bastides, le bayle, chargé de faire le lotissement des terres, de surveiller la construction des demeures privées, des bâtiments publics et des murailles, responsable de la concession régulière des divers lots de terrain et de la perception des droits revenant aux fondateurs auxquels il prêtait serment d’être fidèle dans sa charge. Au bout de trois ans, il devenait fermier des revenus de la bastide; ses fonctions se réduisaient alors à percevoir les produits de sa ferme. Ses pouvoirs passaient aux consuls.
Ceux-ci, en nombre variable (de trois à huit) étaient choisis annuellement par un représentant des fondateurs sur une liste dressée par leurs prédécesseurs et comprenant le double, le triple ou le quadruple de noms qu’il y avait de consuls à nommer. Représentants de la communauté en face des fondateurs, ils étaient à l’origine chargés de fonctions modestes, mais délicates: maintenir les nouveaux habitants dans les limites de leurs droits. Leur rôle et leurs pouvoirs s’accrurent avec le développement des bastides. D’abord simples assesseurs du bayle ou des juges seigneuriaux, après 1270 ils se forment en tribunal pour exercer cette justice et font exécuter leurs décisions en dehors de la présence des représentants des fondateurs. Chargés dès l’origine de l’entretien des chemins, de la police des mœurs, de la garde des gages et de la surveillance des récoltes, ils en vinrent vite à réprimer les délits les plus variés par le moyen d’agents subalternes (ou mességuiers), à arbitrer les contestations de bornage et de salaires, à assumer tous les travaux de voirie. Ils obtinrent alors l’autorisation de gérer une caisse commune, de l’alimenter par des tailles ou des collectes qu’ils répartissaient et levaient eux-mêmes sur tous les bien-tenants dans les bastides, même sur les nobles et les clercs souvent qualifiés de «bourgeois» de telle bastide.
Leurs pouvoirs s’accrurent encore au XIVe siècle quand ils reçurent le droit de s’assembler librement et de faire procéder à l’élection de leurs successeurs même en l’absence des agents des fondateurs. Ils en arrivèrent aussi à statuer en première instance en matière civile dans les causes de dettes, de gages et d’hypothèques. D’autre part, ils devinrent souvent fermiers des droits banaux des bastides. Ceux de Revel (15) achetèrent du sénéchal de Toulouse pour deux cents livres tournois le droit de faire construire les fours, la halle et la place du marché de cette bastide, et de les exploiter pour le compte de la communauté en les louant, ou en les affermant, moyennant le versement annuel au roi d’une redevance fixe prise sur les produits de ces opérations. Les consuls de cette bastide devinrent même fermiers des tailles royales, transigèrent avec les officiers royaux sur les sommes dont leur ville serait imposée. Transactions plus ou moins heureuses, mais le fait que les consulats de petites localités furent souvent au XIVe siècle unis à ceux des bastides voisines atteste l’autorité et la compétence de ceux-ci. Les actes de pariage accordèrent à toutes les bastides un marché hebdomadaire ainsi qu’une ou deux foires dont ils fixèrent le quantième et les jours. Mais la réglementation de la tenue des marchés ne se trouve exposée en détail que dans les chartes de coutumes, cette réglementation n’étant nécessaire que si la bastide, assez peuplée pour devenir un centre d’échanges, prospérait. Il semble qu’un espace privilégié pour le marché ait été créé dans les bastides comme dans bien d’autres villes, rien ne pouvant être vendu que sur la place du marché. Sur le marché même pour les ventes, à l’entrée et à la sortie de la bastide, des taxes étaient prévues sur toutes les catégories de marchandises, sur toutes les denrées, sur le bétail vivant, sur les produits bruts et sur les objets manufacturés.
Si l’on songe que des villes plus anciennes que les bastides et souvent plus importantes n’obtinrent jamais de marchés et de foires réguliers, on se rendra compte des avantages ainsi accordés aux fondations nouvelles.
L’importance de ce privilège d’avoir un marché en fit rapidement des centres d’échanges importants. Cette conséquence avait du reste été recherchée, sinon pour les bastides anglaises, du moins pour toutes les autres fondées en Toulousain et en Gascogne, en Béarn et Bigorre. C’est à dessein que ces bastides ont été placées le long des grandes vallées de la Garonne, du Tarn et du Lot, de l’Ariège, du Salat, de l’Adour et du Gave de Pau, comme dans la trouée du Lauragais. Ces nouveaux lieux d’échanges ont attiré les courants commerciaux en suscitant des protestations provoquées par la ruine d’établissements plus anciens. En Comminges, Saint-Plancard, important village du XIe siècle, s’est étiolé après les fondations de Montréjeau et de Boulogne-sur-Cesse: ce n’est plus aujourd’hui qu’un hameau! En Quercy, le village fortifié de Gardemont qui dominait la route de Montauban à Caussade a complètement disparu depuis que ses habitants sont allés s’installer en masse dans la bastide de Réalville fondée auprès de cette route.
Ces deux exemples illustrent un fait presque général: les bastides tirèrent leurs habitants des régions circonvoisines. Les protestations des seigneurs d'Agenais et de Gascogne, la réglementation des devoirs des nouveaux habitants envers leurs anciens seigneurs prouvent que le déplacement de population, s’il fut important, ne fut pas de grande envergure. Une enquête sur l’origine des habitants de Domme en Périgord montre qu’ils vinrent tous d’une distance inférieure à trente kilomètres de cette bastide. A ces preuves ajoutons l’interdiction portée par les pariages de recevoir dans les bastides les hommes déjà établis sur les terres des fondateurs. Le désir de ces derniers de voir leurs terres mises en valeur n’allait pas jusqu’à sacrifier leurs propres gens; c’était une population nouvelle qu’ils recherchaient. A Beaumont-de-Lomagne (16) et à Marciac (17) des seigneurs profitèrent du voisinage de ces bastides pour concéder à certains de leurs habitants leurs terres en friche contre un agrier égal à celui demandé par les fondateurs, mais en défendant qu’on y reçût leurs propres hommes. Cette défense, qu’on retrouve souvent, est le signe que ces déplacements sur de petites distances, tout à fait dans la nature paysanne, étaient de ceux que provoquaient les bastides.
Il y eut parmi les bastides de nombreuses réussites: Villeneuve-surLot et Villefranche-sur-Rouergue sont peut-être les plus éclatantes; la plupart des chefs-lieux de canton du Sud-Ouest doivent leur origine à des bastides; mais les grands noms que portent aujourd’hui d’humbles villages, le contraste entre leur exiguïté et les ruines imposantes qu’on y découvre sont les témoignages de nombreux échecs. Ces fondations n’en ont pas moins produit des effets durables: créées pour le défrichement et la mise en culture de terres immenses, peuplées d’hommes libres, attirés du voisinage par d’importants privilèges juridiques et commerciaux, elles ont assis solidement le pouvoir de leurs fondateurs et ont ainsi contribué, dans une large mesure, à former la physionomie actuelle du peuplement du Sud-Ouest.

(1) Curie-Seimbres, Essai sur les villes fondées dans le sud-ouest de la France aux XIIIe et XIVe siècles, sous le nom générique' de bastides (Toulouse, 1880).

(2) Marc Bloch, Les caractères originaux de l'histoire rurale française, p. 14.

(3) Léon Gallet, Les traités de pariage dans la France féodale (Paris, 1935).

(4) Carbonne, Haute-Garonne (arr. de Muret).

(5) A la fin du XIIIe siècle, la création de la jugerie de Rivière consacra les gains réalisés.

(6) Saint-Luc, Hautes-Pyrénées (arr. de Tarbes, canton de Trie-sur-Baïse).

(7) Rabastens-en-Bigorre, Hautes-Pyrénées (arr. de Tarbes).

(8) Charles IV le Bel en avait décidé, en i1323, la fondation, mais le sénéchal anglais de Guyenne, tout en encourageant un seigneur voisin à riposter par la fondation de la bastide de Montpezat, attaque Saint-Sardos, la met à sac, pend les officiers français aux panonceaux ornés des fleurs de lys. Charles réplique en ordonnant la confiscation de Montpezat, mais l'officier chargé d’exécuter la sentence est pris et rançonné. Une guerre de Gascogne s’ensuivit, qui dura trois ans, jusqu’à la paix qui enleva au roi d’Angleterre les régions d’Agen et de Bazas.

(9) Paul Ourliac met en lumière une vaste entreprise de défrichements conduite à partir de 1120 par les Hospitaliers de saint Jean sur leurs terres du Toulousain, de Comminges et de Gascogne.

(10) V. notamment Montlezun, Histoire de Gascogne, t. VI, p. 241 et suiv.f pariage de Marciac (1298).

(11) La renonciation aux privilèges des nouvelles bastides devient, au XIVe siècle, une clause finale de tous les actes notariés.

(12) Alphonse de Poitiers, dans toutes les chartes qu’il octroyait, réservait sa superioritas. L. Gallet a noté que cette réserve, générale depuis Philippe le Bel, consistait en fait dans la réserve des cas royaux: ressort, service d’ost, encours de l’hérésie.

(13) Un cas exceptionnel est celui de la bastide de Libourne, qui reçut en 1370 une commune dont la charte décrivait des Etablissements de Rouen.

(14) D’où l’aspect géométrique du plan de beaucoup de bastides et de leurs abords.

(15) Revel, Haute-Garonne (arr. de Castelnaudary).

(16) Beaumont-de-Lomagne, Tarn-et-Garonne (arr. de Castelsarrazin).

(17) Marciac, Gers (arrond. de Mirande).



Odon de Saint-Blanquat

Ancien élève de l’Ecole française de Rome, Conservateur des Archives municipales de Toulouse.


de Saint-Blanquat Odon. Comment se sont créées les bastides du Sud-Ouest de la France. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 4e année, N. 3, 1949. pp. 278-289.