De Lapanouse du Colombier Joseph

Joseph de Lapanouse du Colombier, fils de Messire Louis de Lapanouse, seigneur du Colombier et de Marie-Louise de Soulhols, naquit le 20 octobre 1723, paroisse de Saint-Spérie, diocèse de Cahors (1).

Il résigne, en 1763, un canonicat du Chapitre Cathédral de Condom qu’il possédait depuis peu, et le 6 février 1765, l’évêque de Condom lui accorde l’institution pour la cure de Layrac à laquelle il avait été présenté la veille (2), par Dom Catteral, prieur de Layrac. Mgr d’Anterroches accorde un second titre le 7, jure devoluto et jus juri addendo ; mais l’abbé Lapanouse n’avait pas les grades nécessaires. Il obtint celui de bachelier en droit canon le 2 avril suivant et il prit possession de la cure, par procureur, le 24 de ce mois. Le 15 juillet de la même année, il obtenait la licence en droit canon. Il avait eu le grade de Maître ès-arts après deux années de philosophie au Collège Royal de Navarre, depuis le 10 novembre 1764 (3).

L’abbé de Lapanouse eût à soutenir un assez long procès au sujet de cette cure de Layrac avec le sieur Jean Milieu qui avait obtenu des provisions en Cour de Rome le 12 des calendes de mars 1765 ; mais il finit par triompher, des prétentions de son adversaire (4).

Nommé prévôt du Chapitre de Condom, le 18 mars 1780, après le décès du titulaire Jean de Castillon, il prend possession de cette dignité, la première après celle de l’évêque, le 5 avril suivant, et il résigne, le 4 janvier 1781, la cure de Layrac, en faveur de Messire Antoine de Castillon, (5), les deux bénéfices étant incompatibles. La même année, M. de Lapanouse est vicaire général (6), et à partir du 9 décembre de cette année 1781, nous le voyons toujours présider les délibérations du « bureau » de l’hôpital général de Condom jusqu’au 3 avril 1791 (7). Le 9 novembre 1785, il prend possession d’un canonicat vacant par la démission qu’en avait faite le 5, Messire Eugène Lambert de Mélignan (8).

Nous le trouvons depuis, prieur de Saint-Laurent de Buset, diocèse de Condom,titulaire du prieuré simple de Saint-Sanctin, diocèse de Rodez, et chapelain de la chapelle domestique du Colombier, même diocèse de Rodéz (9).

En 1788, il résigna le prieuré de Saint-Sanctin (10). Joseph de Lapanouse n’accepta pas la Constitution civile du clergé ; aussi voyons nous le Directoire du département du Lot-et-Garonne le déférer au tribunal de Tonneins, dans les premiers jours de janvier 1791, pour avoir, au mépris des décrets, nommé un ecclésiastique au vicariat de Bruch, district de Tonneins, et pour avoir, dans les lettres de collation, revêtu « le ci-devant évêque de qualités et de titres supprimés par la loi » (11). Nous ignorons ce qu’il en advint ; mais dès le 9 mars 1792, il s’était retiré à Saint-Céré (12), où nous le trouvons, encore au mois de juin 1793 (13).

Mais il ne tarda pas à être soumis à la loi des prêtres insermentés, et il fut obligé de se rendre probablement à la maison de réclusion de Cahors ; car, l’agent national près le district de cette ville écrit, le 20 germinal An III, à l’agent national près le district de Condom, que le citoyen Lapanouse, mis tout, récemment en liberté, probablement en vertu de l’arrêté du Comité de sûreté générale du 15 de ce mois (14), lui avait déclaré vouloir fixer son domicile dans la commune de Condom ; et cela, pour que ledit Agent de Condom put se conformer aux dispositions de la circulaire du Comité de sûreté générale du 4 de ce mois. (15).

Les meubles de Lapanouse n’en avaient pas moins été confisqués et vendus aux enchères à la fin de l’An II ou commencement de l’An III ou destinés aux hôpitaux (16).

A son arrivée à Condom, il voulut rentrer en leur possession et il demanda, mais en vain, au district, dans les premiers jours de thermidor, d’être radié de la liste des émigrés sur laquelle il avait été porté pour n’avoir pas prêté lé serment du 14 août 1792, en sa qualité de prêtre déporté, assimilé aux émigrés par la loi du 17 septembre 1793. Sa demande était prématurée : le district déclara, en effet, qu’il n’y avait pas lieu de statuer, attendu que les effets civils de la déportation étaient applicables aux termes des décrets aux prêtres insermentés dont le grand âge, ou les infirmités n’avaient pas permis la déportation de fait, et qu’ils n’étaient pas moins déportés de droit ; que si par des sentiments d’humanité, le Comité de sûreté générale ou les Représentants du peuple en mission dans les départements avaient mis en liberté les prêtres insermentés qui se trouvaient en réclusion en exécution des décrets, leurs biens n’en restaient pas moins sous la main de la nation ; que la législature relative aux prêtres déportés n’avait encore subi aucun changement ; pour ces raisons, il déclara n’y avoir pas lieu de statuer (17). Le 4 de ce mois de thermidor An III, Lapanouse fait devant la municipalité sa déclaration d’exercice du culte en vertu de la loi, dû 2 prairial (18) ; il l’exerce, à cette époque, dans la chapelle de l’ancien séminaire.

Les chanoines du Chapitre de Condom, réfugiés en Espagne, l’avaient nommé, paraît-il, vicaire général sede-vacante, et le curé constitutionnel de Moncrabeau écrivant le 20 août 1795 (3 fructidor, An III) à Grégoire, membre du Comité de l’Instruction publique à la Convention, le représente comme s’appliquant, avec l’abbé de Mélignan, que le Pape avait nommé vicaire apostolique, à faire rétracter les.serments qu’avaient prêtés un grand nombre d’ecclésiastiques du. diocèse, à dénoncer aux populations la nullité de l’institution, des évêques constitutionnels, et à envoyer des prêtres insermentés ou ayant rétracté leurs serments aux paroisses qui en demandeaint (19).

Le 1er brumaire An IV, il signe la déclaration contenue dans l’article 6 de la loi du 7 vendémiaire ; mais il est arrêté en vertu de la loi du 3 brumaire et conduit à Auch, à la maison de réclusion (20),et nous le voyons sur la Liste des prêtres reclus dressée en l’An IV : il y figure comme âgé de 74 ans, hydropique et sans autres ressources que les secours d’un beau-frère (21).

Sur sa demande, le 9 nivose An V, l’administration centrale du département, sur le vu de l’arrêté du Comité de sûreté générale dû 15 germinal An III, ordonna sa mise en liberté immédiate, conformément à la loi du 14 frimaire An. V qui rapportait les dispositions de la loi du 3 brumaire relatives à la déportation et à la réclusion et à l’arrêté départemental du 3 nivose pris en conformité de cette loi (22).

Lapanouse obtenait le 15 nivose suivant un nouvel arrêté qui lui accordait la main-levée du sequestre mis sur ses biens (avec restitution des fruits depuis le 14 floréal An III, conformément à l’article 18 de la section 2 de la loi du 21 prairial An III) et remboursement du prix de vente, conformément aux lois du 22 fructidor An III, 19 et 26 fructidor An IV, qui avaient rapporté la disposition des lois portant confiscation des biens des prêtres déportés ou reclus (23).

L’abbé de Lapanouse put donc rentrer à Condom ; mais il y exerça le culte en secret, dans des maisons non déclarées, contrairement à la loi, Une Instruction se fit contre lui devant le tribunal de police correctionnelle au mois de messidor de la même année, au sujet d’une cérémonie qu’on avait pu constater et qu’il présidait ; mais nous ne savons quelle suite il fut donnée à cette contravention (24).

M. de Lapanouse dut se cacher ou fuir. Quoiqu’il en soit, il fut rayé définitivement de la liste des émigrés par arrêté des Consuls de la République le 16 prairial An VIII (25). Il était inscrit sur la liste des prêtres de la commune de Condom sujets à la déportation, envoyée par les administrateurs de la commune aux admmistrateurs du département, le 4 pluviose précédent (26).

Nous ne pensons pas qu’il soit rentré à Condom. Son âge et ses infirmités l’empêchaient d’exercer activement son ministère. Il y serait pourtant revenu si l’on avait fait appel à son concours d’après les renseignements que l’on eut à cette époque à l’évêché d’Agen (27). On ne dut pas faire appel à son concours. Il dut se fixer auprès de sa famille, à Saint-Céré, où il mourut le 19 janvier 1810 à l’âge de 86 ans et trois mois (28).

Par son testament olographe du 4 mai 1887 (enregistré le 18 avril 1810), l’abbé Lapanouse léguait à M. Lapoujade de Ladevèze, grand vicaire de Cahors, la somme de 1.000 livres pour l’établissement d’un « petit cheminaire (sic) diocésain » à Cahors. Il léguait en outre 300 livres à la fabrique de l’église paroissiale de Mondalayrac (Aveyron), pour une chapelle qu’on se proposait d’ajouter à l’église ou autres réparations ; 300 livres, à l’hôpital de Saint-Céré, et 300 livres au bureau de bienfaisance (29).

(1) Etat civil de Saint-Céré (Lot) : registres paroissiaux de Sainte-Spérie.
(2) Mémoire imprimé pour l’abbé de la Panouse. (Archives de M. le comte de la Panouse). — Acte du 5 février 1765, minutes de Joseph Lacapère, étude Pélisson, à Condom.
(3) Archives de M. le comte de la Panouse.
(4) Actes du 10 mai 1766, minutes Lacapère, étude Pélisson. — Mémoire imprimé sur le procès entre l’abbé de la Panouse et, le sieur Milieu. (Archives de M. le comte de la Panouse).
(5) Minutés Lacapère, étude Pélisson.
(6) Acte du 2 mai 1781. Minutes Lacapère. — En même temPs que curé de Layrac, l’abbé de la Panouse était archiprêtre du Bruilhois. (Acte ci-dessus du 2 mai): — Le 6 juillet suivant M. de la Panouse vendait au nouveau curé, de Layrac une maison qu’il possédait dans la ville. (Minutes Lacapère).
(7) Archives hospitalières de Condom : Hôpital Général, E. 2. 3 et 4.
(8) Minutes ; Lacapère, étude Pélisson, à Condom.
(9) Actes du 14 avril 1786, 4 juin et 10 septembre 1788. (Minutes Lacapère, étude Pélisson). — Voir la déclaration du receveur de ces divers bénéfices faite le 24 novembre 1790. (Archives départementales du Gers, L. 504).
(10) Actes du 4 juin et 10 septembre 1788 : Minutes Lacapère.
(11) Journal patriotique du Lot-et-Garonne du 11 janvier 1791, pp. 68 et 69. Guillaume Jaubert, secrétaire de Mgr était compris dans la même accusation.
(12) Registre de pétitions du canton de Condom, n° 216. (Archives de la sous-préfecture de Condom). — Il avait quitté Condom pour le Quercy dans le courant de février 1792. (Archives départementales du Gers, L. 417. Lettres de Madame d’Anterroches),
(13) A cette époque, il vend une maison qu’il possédait rue de Gèle, à Condom. (Acte du 2 juin 1793, minutes d’Escalup, étude Pélisson). — Il l’avait achetée, le 27 septembre 1786 (minutes Lacapère, étude Pélisson) à dame Marie Boyrie de Gaumale, veuve de Jean Tartanac, écuyer, sieur de Genrac.
Cette maison n’est autre que la Loge actuelle des Francs-maçons de Condom qui l’ont acquise de la famille Launet.
(14) Cet arrêté est mentionné dans la pétition ci-dessous, n° 215, de l’An V.
(15) Lettre de l’agent du district de Cahors. (Archives de la sous-préfecture de Condom).
(16) Registre de pétitions du canton de Condom. (Archives de la sous-préfecture) n°s 1461, 1465 et 1514. — ibid. n° 1269, pétition de Jeanne Banel, ci-devant en qualité, de soeur chez Lapanouse dont les meubles avaient été vendus demande 60 livres pour une partie de ses gages. — Registre de recettes de biens d’émigrés. (Archives départementales du Gers. Q. 273). La vente de ses meubles produisit 5.476. — Son revenu avait été fixé à 4.276 livres 6 sous 2 deniers. (Registre de pétitions du district, n° 268. (Archives de la sous-préfecture) et Archives départementales du Gers. L. 214, n° 851).
(17) Registre de pétitions du district, n° 1545. (Archives de la sous-préfecture).
(18) Registre des délibérations municipales de Condom. (4 et 5 thermidor An III).
(19) Revue de l’Agenais, année 1879, pp. 234-235.
(20) Registre de délibérations municipales de Condom. — Lettre des administrateurs municipaux de Condom aux administreteurs du département du 19 nivose An IV. (Archives municipales de Condom).
(21) Archives départementales du Gers, L. 422.
(22) Registre de pétitions du canton de Condom, n° 215. (Archives de la sous-préfecture).
(23) Id. n° 216. (Archives de la sous-préfecture. — Il avait déjà présenté une première pétition au mois de frimaire, n° 201. (Id.).
(24) Tableau relatif à l’exécution dès lois du 7 vendémiaire et 22 germinal An IV sur l’exercice des cultes envoyé à l’administration départementale par la municipalité de Condom, le 4 thermidor An V. — Délibération municipale du 25 germinal An V. (Archives municipales.)
(25) Archives municipales.
(26) Archives départementales du Gers, L. 422.
(27) Archives de l’évêché d’Agen.
(28) Etat civil, de Saint-Céré.
(29) Minutes de Me Bex, notaire à Antoire près Saint-Céré. (Archives privées à Saint-Céré). Archives du bureau de l’enregistrement de Saint-Céré.

Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie du Gers, Auch, 1929.