Echos du 27 août 1910

« Je sais que je vais à la mort, mais c’est mon devoir ». Vendredi de la semaine dernière, deux soldats du 15e dragons, pendant une halte que leur détachement faisait à Layrac, eurent l’idée de se baigner dans le Gers. L’un d’eux, Darrigade, fut emporté par le courant. Son camarade, Vinet, se rapprocha de lui pour l’aider, mais fut happé par lui.

Alors le lieutenant Lemoyne, commandant le détachement, se précipita dans le Gers après avoir dit simplement cette noble parole : « Je sais que je vais à la mort, mais c’est mon devoir ! » Il disait vrai : les deux dragons s’accrochèrent désespérément à lui, inconsciemment paralysèrent ses mouvements, littéralement l’étranglèrent. Et tous trois périrent.

Les obsèques des deux soldats et du lieutenant ont eu lieu dimanche matin à Layrac. Après le service religieux, le général Thétard, commandant la brigade de cavalerie du 18e corps, et le colonel Monsenergue, du 15e dragons, ont prononcé de fortes et consolantes paroles. « Au souvenir cruel de cette mort si imprévue, a dit en terminant le général, est lié d’une façon indélébile le souvenir sublime du dévouement le plus héroïque. Lemoyne, Vinet, Darrigade, Dieu seul peut maintenant vous donner les récompenses que vous avez méritées. ». Et le colonel : « Adieu, Darrigade ! encore une fois adieu, Lemoyne ! adieu, Vinet ! Vous, leurs parents, dites à leur pauvre mère éplorée qu’elle se console. Au seuil du paradis le bon Dieu n’aura jamais eu de sourire plus miséricordieux que celui par lequel il les a accueillis ».

Bulletin religieux de l’Archidiocèse de Rouen, Rouen, 27 août 1910.