II



Châteaux-forts.



Il est peu de pays où les archéologues n'aient à se plaindre de la pénurie des documents relatifs à la construction des édifices du moyen âge.
Un bien petit nombre d'églises romanes sont datées. Il s'en faut qu'on ait toutes les précisions désirables sur l'édification de la plupart des églises gothiques, sans en excepter les plus remarquables.
Il en est de même pour les châteaux. Aussi les meilleures études d'ensemble sur l’architecture militaire en France, telles que celles de Viollet-Le-Duc, laissent-elles beaucoup à désirer, car les points de départ et la date des innovations, la succession chronologique des types ne sont pas toujours exactement déterminés. A plus forte raison, les erreurs fourmillent dans les monographies historiques dont les auteurs ne sont pas généralement rompus à la connaissance des styles ou des détails des constructions qui caractérisent chaque époque.
A défaut de textes spéciaux sur les fondations, c'est encore une bonne fortune rare que d'avoir des mentions à une date ancienne d'un grand nombre de châteaux de l’Agenais. Parmi les 62 qui sont désignés dans les hommages de 1259 quelques-uns ont certainement été fondés dés le haut moyen âge et depuis lors conservés ou restaurés dans une mesure qu'il est impossible d'apprécier de nos jours.
La majeure partie peuvent être attribués à la première moitié du XIIIe siècle. .Nous aurions donc un admirable sujet d’études si ces ouvrages subsistaient encore. Malheureusement l’Agenais. qui est un des pays de France où, sous le régne de saint Louis, existaient le plus de châteaux forts, fut aussi un de ceux qui devaient être les plus éprouvés par les guerres. Les vengeances de Richelieu achevèrent l'œuvre de destruction déjà grande par suite des assauts de la guerre de Cent ans et des luttes fratricides du XVIe siècle. Il ne nous reste plus guère que des ruines souvent informes. Trop dispersées sur notre territoire pour être bien connues, elles méritent qu’on en dresse l'inventaire, en constatant leur état actuel. La liste qui va suivre des forts cités dans les hommages de 1259 sera donc accompagnée de notes archéologiques.
Quelques mots d’abord sur les caractères des châteaux forts les plus anciens.
Le type du château primitif, celui des époques mérovingienne et carolingienne, est ainsi décrit par Viollet-Le-Duc : « Le château — quand il était établi en plaine — consistait en une enceinte de palissade entourée de fossés, quelquefois d’une escarpe en terre, de forme ovale ou rectangulaire. Au milieu de l’enceinte, le chef franc faisait amasser des terres prises aux dépens d'un large fossé, et sur ce tertre factice ou motte se dressait la défense principale qui plus tard devint le donjon. On retrouve encore dans le centre de la France, et surtout dans l’ouest, les traces de ces châteaux primitifs... Si le château franc était posté sur une colline, sur un escarpement, on profitait alors des dispositions du terrain, et c’était l'assielte supérieure du plateau qui donnait la configuration de l'enceinte (1). »
Nous reconnaîtrons un certain nombre de châteaux de ce genre parmi ceux qui sont énumérés dans les hommages de 1259.
Passons aux châteaux du XIIe siècle.
On a pu remarquer combien était parfaite la construction des églises romanes et particulièrement de leurs absides. Les pierres de moyen appareil plutôt grand, sont de choix; le mortier, qui apparaît à peine dans les joints très réduits, composé de bonne chaux et de sable de rivière, est très résistant. Aussi la conservation des sanctuaires romans est-elle parfaite après huit ou neuf siècles. La construction des églises gothiques est moins soignée; la décadence s'accentue jusqu’à la fin du XVIe siècle. Ceci a été remarqué dans toute la France, mais partout aussi on peut signaler des exceptions.
Il n’en est pas autrement pour l’architecture, militaire que pour l'architecture religieuse. On a pu faire grand, renchérir sur l’épaisseur des murs â partir du XIVe siècle mais les parements sont moins soignés, les joints moins nets et moins réduits; le blocage intérieur des murs, plus grossier, a moins de cohésion et se désagrège plus facilement. Au point de vue de la construction, notre plus beau château, celui de Bonaguil, est visiblement inférieur à n'importe quel château du XIIIe siècle. Le château de Castillou, près d'Agen, fut pris et complètement rasé par Richard-Cœur-de-Lion. Il reste cependant un petit fragment d’assises appliquées à des parois de rocher pour nous faire apprécier la perfection de cet ouvrage du XIIe siècle. Le château vieux de Lafox, qui se réduisait à une simple tour carrée érigée sur une butte entourée d'eau, à l’ancien confluent de la Séoune, est intact et l’on a peine à deviner son grand âge.
On peut remarquer les petits contreforts qui emboitent en les renforçant les quatre angles de la tour de Lafox. C’est une marque d’ancienneté.
A Agen, nous avons vu détruire, pour la percée du grand boulevard, le clocher de Saint-Etienne, qui consistait en une tour pareille à celle de Lafox, avec des contreforts du même genre. Sa destination était double: c’était, en même temps qu’un clocher, un ouvrage de défense du castrum sancti Stephani. Des détails de style permettent de rapporter au commencement du XIIIe siècle, sinon au XIIe, le château de Nomdieu, qui appartenait aux chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem et celui de Blanquefort. Dans l'un et l’autre il existe des baies géminées divisées par une colonnette de style roman.
Dans les bâtiments de l'ancienne commanderie de Nomdieu, sur la façade est, on voit deux de ces ouvertures. Il serait difficile de reconstituer le plan de cet édifice fort ruiné qui se reliait à l'enceinte fortifiée du village. Du château de Blanquefort il subsiste deux tours, l'une circulaire, l'autre sur plan quadrangulaire, reliées par des courtines en partie rasées ou refaites pour supporter une maison moderne et une terrasse. La porte s’ouvrait dans la tour barlongue et la fenêtre géminée donnait sur une cour intérieure. La tour circulaire a été découronnée et ses meurtrières remaniées pour servir aux armes à feu.
Nous venons d’appliquer des données archéologiques à la recherche des plus anciens châteaux. Les documents historiques commencent à fournir des précisions pour quelques places fortes et quelques châteaux à partir de la guerre des Albigeois, qui éprouva si fort l’Agenais (1209-1229).
Parmi les places fortes on peut citer celles d’Agen, de Port-Sainte-Marie, de Casseneuil, de Pujols, de Layrac, dont les fortifications durent être rasées d’après le traité de 1229.

Sainte-Bazeille, Marmande, Tournon et peut-être aussi Tonneins, Mézin, Gontaud étaient alors munis d'enceintes fortifiées.
Les châteaux mentionnés dans les actes de l’époque sont ceux d’Anthé, de Lestelle, de Galapian, dont nous aurons à parler, celui de Saint-Amans (Tarn-et-Garonne) et ceux de Hauterive, de Montpezat, de Clermont-dessous et de Dolmayrac, qui méritent chacun une mention spéciale (2).

Hauterive. — Ce château répondait au type carolingien. Il occupait le vaste promontoire dit le Bois de Hauterive. On reconnaît encore sa motte féodale, qui n’a plus que trois mètres de hauteur, et deux lignes d'escarpes en levées de terre (3).

Montpezat. — Deux ou peut-être même trois châteaux se sont succédé, durant le moyen âge, sur le plateau de Montpezat, qui domine la vallée du Lot. Les derniers restes en sont méconnaissables.
Clermont-Dessous- — Le village de Clermont-Dessous est étagé de la façon la plus pittoresque sur une éminence qui forme un vrai boulevard en amont de Port-Sainte-Marie. La ceinture de ses remparts se rapproche de la forme circulaire, imposée par la configuration du coteau. Au centre, s’élève son église romane fortifiée, qui pouvait jouer le rôle de dernier refuge ou de donjon. Cet ensemble constitue le castrum. La porte, au nord-est, devait être autrefois protégée par une tour, qui a été remplacée, à la fin du moyen âge, par un petit édifice auquel on donne encore aujourd’hui le nom de château.

Dolmayrac. — Ce château, situé sur un plateau défendu par des pentes naturelles, occupait une grande superficie. Ses deux tours carrées sont distantes l'une de l’autre de plus de trois cents mètres. Elles étaient unies par des courtines continues dont on reconnaît encore les soubassements du côté méridional. Celle qui est située au nord-ouest, à l'extrémité du promontoire, est en partie détruite. Celle du sud-est, à la gorge, est bien conservée; la salle du rez-de-chaussée, voûtée en berceau brisé, sert de mairie. Cette tour, qui a une porte à herse et une échauguette, est isolée du prolongement du plateau par un fossé.
Tels sont les châteaux agenais les plus anciens. Il importait de les citer car trois d’entre eux seulement sont mentionnés dans les actes auxquels nous empruntons la liste suivante.

CHATEAUX AGENAIS CITÉS DANS LES HOMMAGES DE 1259.



Les châteaux seront simplement nommés lorsqu'il n'en subsiste plus rien ou que je n'ai pas eu l’occasion de retrouver ou d’explorer leurs ruines. Quand ils portent le nom d’une commune, aucune mention complémentaire n’est donnée pour déterminer leur site. On a appliqué aux villeneuves le nom de castrum quand leurs enceintes de murailles et de fossés en avaient fait des places fortes ; mais la plupart des villeneuves n’avaient pas de château, ce qui les distingue des villages groupés autour des logis de leur seigneur.
Les villeneuves dites castrum seront désignées sous la mention de bastide. Il reste entendu que, dans ce cas, le castrum c'est la ville elle-même.

Aiguillon. — Le texte ne spécifie pas de quel château il s’agit. Le castrum gallo-romain de Lunat a servi de forteresse au moyen âge. C’est vraisemblablement au XIIIe siècle que fut édifié, à l’est, le château du Fossat et dès lors Aiguillon fut divisé en deux seigneuries qui restèrent assez longtemps distinctes. Le château du Fossat ne fut détruit que dans le premier quart de notre siècle. Une vue en a été publiée d’après un ancien dessin (4).

Ambrus. — Ce château, qui appartenait à des co-seigneurs, ne devait consister au XIIIe siècle, qu’en une seule tour carrée et une petite enceinte de courtines. Cette tour subsiste, englobée dans des constructions des XVe et XVIe siècles.

Andiran. — Un petit château près de l’église occupe peut-être l’emplacement du fort du XIIIe siècle. Quelques portions des murs d’enceinte se voient encore autour du village. Ils sont percés d’archères en croix pattée, c'est-à-dire de rainures accostées d ailerons (5).

Anthé. — Cité dans des actes de 1212. Il s’agit sans doute du château de Biron, proche du village d'Anthé, qui est ainsi décrit par M. O. Davmard: « Ces ruines occupent une surface rectangulaire de 35 mètres de long sur 26 de large. Les murs extérieurs, percés d’étroites meurtrières, ne présentent aucune trace de croisées; les appartements prenaient jour sur la cour intérieure. L'entrée du château, située à l'est, seul côté accessible, était protégée par un fossé et deux meurtrières largement évasées pouvant croiser leurs feux et en défendre facilement l'approche (6). »

Astaffort. — D’après M. Baradat de Lacaze, la ville d'Astaffort « était dominée et protégée par deux châteaux forts placés, l’un à la Craste, à côté de l’église Sainte Geneviève, qui a dû primitivement en être la chapelle et l’autre au Mous, côté de l’église Saint-Félix. Une enceinte continue de murailles entourait la ville et reliait les deux châteaux; quelques parties des remparts et du château de la Craste existent encore (7). » Si ces divers ouvrages étaient terminés dès le règne de saint Louis et si le terme castrum employé dans les hommages se rapporte à cet ensemble, Astaffort aurait été pendant quelque temps une des premières places fortes de l'Agenais; elle n'aurait perdu son rang que lorsque les bastides se multiplièrent. De nombreux co-seigneurs avaient des droits sur le château d’Astaffort.

Béraut — (Gers).

Birac. — Il s’agit peut-être du château fort de Minort, à Birac même, dont l'enceinte assez vaste est sur un plan carré. Il a été remanié au XIIIe siècle. Les tours ont été en partie rasées et le principal corps de logis, qui était au sud, a été démoli. Il ne subsiste plus en somme qu’un petit corps de logis du XVIe siècle, au nord, et les courtines. Deux tours carrées s’élevaient sur les angles nord-est et nord ouest. La porte, ouverte au nord, était entourée d’ouvragés de défense. Au centre de la courtine est, on voit encore une tourelle, la seule qui ait été respectée parce qu’elle était inoffensive. Elle sert de colombier. La plupart des meurtrières ont été remaniées ou refaites pour l’usage des armes à feu. Les ruines du château de Birac, envahies par le lierre, sont fort pittoresques. Il est difficile de discerner si quelques portions datant du XIIIe siècle sont englobées dans cet ensemble.
Le château cité dans les actes de 1259 pourrait être aussi celui dont on voit les terrassements à peu de distance, au lieu dit Lamotte, et qui offre tous les caractères de ceux de la période franque (8).

Buzet. — Il ne subsiste du château primitif qu’une tour circulaire qui s'élève sur le plateau, au sud et à une faible distance du château actuel.

Calviac. — A identifier. Ce château est cité après des possessions à Moncrabeau. Il n'a sans doute rien de commun avec Calviac, paroisse proche de Monflanquin.

Cancon. — Cité sous la forme ancienne Cancor, dont il y a de nombreux exemples (9). La position de Cancon est très forte. Ce qui reste du château a été fort bien décrit dans celte revue par M. Massip.

Casseneuil. — Cette place forte, assiégée, prise et détruite à la suite de la guerre des Albigeois (1229), s’était donc relevée de ses ruines. Ici, comme pour les bastides, le mot castrum s’applique sans doute à l’ensemble des remparts dont il subsiste encore de beaux restes.

Castelculier. — Il y a eu pour la formation de ce nom une soudure du mot château avec la désignation du lieu Culher. L'effort déployé pour démanteler celte forteresse, en 1632, atteste, non moins que le site, l'étendue et la force des constructions, l'importance qu’elledût avoir autrefois (10). Il serait difficile aujourd’hui d'en reconstituer le plan; toutefois l'enceinte était exactement délimitée. Elle était en forme de trapèze et suivait les lignes d’un promontoire inaccessible de trois côtés. Un fossé, resté inachevé, se voit à la gorge; un second fossé existe plus en arrière. On en a tiré une pierre excellente et leur creusement, en carrière, a contribué doublement à la défense. Les courtines, d'un mètre quarante centimètres d'épaisseur, ont encore quatre à huit mètres de hauteur sur tout le côté sud, où se trouvait la porte défendue par une tour. Ces constructions sont fort belle ; par l'excellence du mortier et la perfection des joints, elles rappellent celles de l’époque romane.

Castelmoron. — Bastide. La dénomination de castrum, qui lui est appliquée, semble indiquer que son enceinte murée était achevée au milieu du XIIIe siècle. Il en subsiste quelques portions.

Caumont. — En 1259, une motte féodale existait seule; elle était sans doute située au sommet du coteau sur lequel devait être édifié plus tard un des plus grands châteaux forts de l'Agenais.

Causenx. — A identifier. Est-ce Caussens, commune de Montagnac-sur-Auvignon? J’ignore si l'on y voit quelque ruine de château.

Cours. — Encore un curtis. La seigneurie de Cours parait être d'origine fort ancienne. Elle avait au XIIIe siècle une importance relative qu'elle perdit avant la fin du moyen âge. La position n’est pas forte et son château dût tomber eu ruines sans être agrandi ou remplacé. Son souvenir est conservé dans le nom d'une métairie dite Le Château.

Escassefort. — Détruit.

Espiens.— Il subsiste de ce château une grosse tour carrée aux murs très épais et dont l'intérieur a toujours été dépourvu de voûtes. Elle est actuellement isolée, les murs d'enceinte ayant été détruits, sauf une portion de courtine à l'ouest, faisant face au village. C’était la partie la plus accessible du château, protégé partout ailleurs par des pentes naturelles.

Estussan. — Commune de Lavardac, château détruit.

Fauguerolles. — Commune de La Croix-Blanche. Le château de Fauguerolles, consistant en une tour carrée de trois étages non voûtés a subi des remaniements. Deux de ses angles ont été renforcés par des contreforts.

Feugarolles. — Château détruit.

Fieux. — A étudier.

Francescas. — Bastide.

Fréchou. — Ce château est situé dans le village. Il en subsiste deux tours rondes reliées par une courtine, au nord. Le corps de logis a été refait à diverses époques depuis le XVIe siècle.

Fumel. — Les fondations de l’ancien château ont dû disparaître sous les vastes constructions édifiées depuis la fin du XVIe siècle.

Galapian. — Château détruit.

Galard. — Cité sous le nom d'hospitium. Il s'agit d'un très ancien fief situé au Nomdieu. C'était probablement le type du refuge ou de l’auberge établie sur les routes dans des conditions de solidité suffisantes pour la mettre à l'abri du brigandage. Les constructions de ce genre, dont le rôle a été si utile durant tout le moyen-âge, ont souffert plus encore que les châteaux de la main des hommes. Dans le Dictionnaire d’architecture de Viollet-Le-Duc, il n’y a pas un seul exemple de ces hôtelleries fortifiées qui existaient cependant en si grand nombre sur notre territoire et qui marquaient les étapes des marchands colporteurs et des pèlerins.

Grateloup. — Ce château, probablement des plus anciens, devait rappeler le type carolingien, dont la principale défense consistait en une tour de bois érigée sur une butte factice. L'état actuel des lieux peut fournir quelques données pour la reconstruction de cette curieuse forteresse, mais pour en relever le plan il faudrait exécuter des fouilles.
La motte féodale de Vidouze, sur un point culminant d’où la vue s’étend au loin, domine le bourg de Grateloup. Elle est en forme de cône tronqué, d'une hauteur d'environ 12 mètres et d'un diamètre de 66 mètres à la base et de 20 mètres au sommet; elle n’offre aucun vestige de construction, mais elle parait avoir été protégée par une première ligne ceinte de murailles bâties en briques.

Gouts. — Commune d'Aiguillon. Comme le précédent, ce château était édifié sur une butte factice d’une origine très ancienne. L'historien d'Aiguillon, M. l'abbé Alis, y a récemment exécuté des fouilles qui lui ont fait découvrir des objets des trois époques préhistorique, gallo-romaine et du moyen-âge (11).

Grézets. — Il n’y a pas trace de constructions militaires autour de l’église de ce nom, qui est située dans un bas fond; mais à mille mètre de là, dominant la vallée de l'Avance et les horizons les plus lointains, s’élève le promontoire de Lanau couronné d'une butte factice. N’est-ce point le castrum cité dans les hommages sous le nom de la paroisse (12)? Ilse trouvait dans les mêmes conditions que ceux que nous venons de signaler.

Labarthe. — Identification incertaine, en raison du grand nombre de localités qui portent ce nom.
Nous proposons, sous réserve, le fort de Labarthe situé dans la plaine de Damazan, proche de cette ville. C'est une épaisse construction en briques, sur plan quadrangulaire, érigée sur une butte factice. Elle parait fort ancienne, mais elle a été profondément remaniée: de gros contreforts ont été ajoutés sur deux de ses angles; des fenêtres ont été ouvertes en brèche au XVIe siècle.

Laperche. — A étudier.

Lauzun. — Ce château appartient à diverses époques; des merveilles de la Renaissance, un fronton extérieur et deux cheminées ont été appliquées sur les grosses œuvres du XIVe et du XVe siècle. Il y aurait toute une dissection à faire de cet ensemble important de constructions qui mériterait une longue et minutieuse étude.
Si l'on pouvait attribuer à la première moitié du XIIIe siècle l’aile qui abrite la salle dite des Gardes, cette partie seule constituerait un des plus vastes châteaux qui existât à cette époque dans l'Agenais.
Il est vrai que, sur ce point, les parements extérieurs offrent des marques de tâcherons ou signes d'appareil, exemple unique peut-être dans nos constructions militaires et commun dans nos églises romanes; mais est-ce assez de ce détail pour faire admettre que le château est contemporain de ces églises? Non sans doute; il a bien plutôt la physionomie des constructions du XIVe siècle.
D'ailleurs le château cité dans les actes de 1259 était peut-être édifié sur la motte féodale située à peu de distance, près de la route d'Eymet. C’est une des buttes factices les plus considérables qui se voient en Agenais. Elle est en forme de cône tronqué comme celle de Grateloup. (210 mètres de circonférence à la base; hauteur 8 à 10 mètres; la plateforme supérieure de forme ovale a 40 mètres de longueur et 20 de largeur.)

Lestelle (commune de Bourlens, château cité en 1212). — Les points culminants en regard les uns des autres d’où l’on échangeait des signaux au moyen de feux allumés la nuit ont parfois gardé des noms significatifs notamment celui de stella (13).
Le Pech de Lestelle, isolé et fort élevé, a bien pu avoir cette destination. La position est naturellement très forte et c’était aussi un refuge peu accessible.
Sur le plateau supérieur on ne trouve aucune trace de construction. S'il y avait eu une tour et des courtines en pierre la destruction de ces ouvrages n’aurait pas été complète et l'on rencontrerait des moellons amoncelés sur place ou dispersés dans les pentes. Le Pech de Lestelle n'était donc qu'un refuge défendu par des palissades où l'on pouvait camper en sécurité en temps de guerre. Toutefois il pouvait y avoir dans les environs un logis, qui était encore qualifié de château dans les actes du commencement du XVIe siècle.

Lisse. — Des constructions modernes empêchent de discerner les limites de l’aire de l’ancien château, qui devait être intéressant. Sa petite enceinte englobait une église romane, dont le mur de clôture au nord était sur le prolongement d’une courtine. Un angle de courtine était défendu par une tour ronde.

Miramont (commune de Laguarrigue). — Ce château, qui a appartenu à de grandes familles féodales et devait être important, a été détruit de fond en comble pendant la guerre de Cent ans.



(1) Diction. rais. d'archit., t. 111, p. 63, 65.

(2) Pour les épisodes historiques se rapportant à ces places fortes et à ces Châteaux, on peut s’en référer à la dernière histoire de l’Agenais qui ait été publiée, celle de M. Andrieu. Notre intention est de donner ici un état descriptif et non une histoire des châteaux agenais au XIIIe siècle.

(3) Voir Notes sur lés stations, les oppidums, etc., pg 20.

(4) Histoires d’Aiguillon de M. Mélet el de M. l'abbé Alis.

(5) Viollet-Le-Duc (Diction. d'Archit., V1, 395) attribue aux Anglais et date du milieu du XIVe siècle cette modification appliquée aux archéres primitives qui consistaient en une simple rainure verticale. Celte forme est beaucoup plus ancienne et d’origine française sinon gasconne. Les fortifications de Larresingle (Gers), qui étaient construites en 1285 en offrent des exemples. Il faut remonter même beaucoup plus haut. Un réduit fortifié de l'église romane de Saint-Pierre-de-Buzet est muni d’archère en croix pattée.

(6) Monographie d’Anthé, Villeneuve-sur-Lot, impr, Chabrié, 1890, broch, ln-8°, p. 24.

(7) Astaffort en Agenais, Paris-Agen, 1886, in 8*, p. 7.

(8) Décrit dans Notes sur les stations, les oppidum, p. 25.

(9) Cette finale cor dérive de curtis, nom donné à des châteaux ou grands établissements de l'époque carolingienne. Pour arriver à la forme actuelle il faut supposer une prononciation forte de la diphtongue ou atténuant le r final qui est tombé: Cancoûr, Cancoû, Cancoun.
Sur le château voir Revue, t. xv, p. 527 et suiv.

(10) On employa pour raser le chàteau de Castelculier des centaines de pionniers qui, pendant plusieurs semaines, firent jouer la mine. Voir les jurades d’Agen, BB, 51, 52, 53.

(11) Histoire de la ville d’Aiguillon, p. 13.

(12) Sur la butte de Lanau voir Notes sur les stations, les oppidum p. 29 et Revue, 1896, p. 479.
Les piles en briques que l’on voit encore sur les flancs de la butte faisaient sans doute partie du castrum cité en 1259.
Ce fait de l’existence de substructions en briques ou de briques éparses dans une motte féodale ici comme à Grateloup mérite de fixer l’attention. Les tours des châteaux carolingiens étaient généralement en bois, mais nous savons par l’exempte de tant de maisons à pans de bois édifiées dans les villes jusques au milieu du XVIe siècle et dans les campagnes jusques à nos jours que ces constructions comportent des remplissages en terre, appliqués aux œuvres les plus grossières, ou en briques, appliqués aux œuvres les plus soignées.
II semblerait que dans nos châteaux en bois du haut moyen âge la brique fût appliquée non seulement à des remplissages mais aussi à des fondations, à des portions de clôture, à des piles de consolidation et que dans ce dernier cas on la préférât à la pierre.

(13) César rapporte que les Gaulois usaient de ce système primitif de télégraphie optique pour se transmettre les nouvelles avec une grande rapidité.
On perdit cette tradition au moyen âge et l'idée ne fut reprise qu’à une époque bien rapprochée de nous.
Des amas de cendres, des portions de rocher vitrifiées peuvent, mieux encore que les noms, attester l’emplacement des anciens postes à signaux. Dans nos pays, les buttes de Lanau, de Grateloup, qui ont des horizons rayonnants de 3 à 6 lieues, ont pu être primitivement des postes de ce genre.
Il ne serait peut-être pas impossible, au prix de nombreuses fouilles et explorations archéologiques, de dresser une carte des stations télégraphiques gauloises. On ferait une épreuve en allumant simultanément des feux sur les points reconnus et en constatant leur portée et leur relation.



Source: Georges Tholin, Notes sur la féodalité en Agenais, au milieu du XIIIe siècle, Revue de l'Agenais 1896/1899



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