III



Châteaux-forts.



Moncassin (commune de Leyritz-Moncassin). — A peu de distance du château de Moncassin, au sud, se voit une motte féodale, dans laquelle on a trouvé des armes, des éperons et des instruments en fer.
Il existe encore quelques portions des murs d’enceinte du moyen âge aux abords du château, qui a été récemment reconstruit avec de vastes proportions.

Monheurt. — Si le château subsistai toujours au XVIIe siècle, il a subi le sort du reste de la place qui fut complètement rasée à la suite du siège qu’elle avait soutenu, en 1621, contre l'armée royale.

Monségur. — Les actes de 1259 mentionnent deux châteaux de Monségur, le castrum vetus et le castrum novum. Un château qualifié vieux au XIIIe siècle pouvait bien dater du haut moyen âge sinon de l'époque barbare.
Le plateau de Monségur, fort élevé, assez vaste, est protégé par une bordure de rochers escarpés. C'était un refuge naturel qu’on pouvait rendre imprenable sans exécuter de grands travaux. Le nom répond exactement au site.
Dans les intervalles des rochers, formant des points plus accessibles, et aussi sur quelques crêtes, on voit des restes de constructions d'un type dont l’Agenais n’offre pas d’autre exemple. Ces murailles, en placage ou en bordure, sont à peine cimentées et parementée de pierres mal taillées, de dimensions inégales. Il existe des constructions semblables en appareil irrégulier dans certains oppidum gaulois. La seule objection pour leur attribuer une origine gauloise c’est qu'on n’a recueilli aucun objet caractéristique sur le plateau de Monségur. Cependant les résultats négatifs de ma courte enquête ne prouvent rien ; on sait que l'indifférence des populations est grande pour les pierres taillées ou polies, les vieux bronzes et encore plus les vieux fers oxydés que le hasard peut faire découvrir.
Au nord du promontoire, on remarque un gros bloc de rocher isolé du plateau par une entaille. Il est désigné sous le nom de Roc de Marie, qui aurait remplacé le nom de Roc Cabirol.
Ceci rappelle exactement de petites coupures faites à deux des angles du plateau de Trentels, situé dans les mêmes conditions que celui de Monségur.
L'extrémité du promontoire, au sud-est, a été isolée par un fossé. La tour qui s'élevait sur ce point et qui, d'après la tradition, avait une hauteur de 50 métres(?) n'existe plus.
Toute part faite à l'exagération, c’était là sans doute que s'élevait le castrum novum cité dans les hommages rendus à Alphonse de Poitiers.

Montaigut. — Aujourd’hui dans le Tarn-et-Garonne.

Monteton. — Château probablement détruit. A rechercher.

Montfabès. — A cinq kilomètres au nord de Villeneuve-sur-Lot, s'élève un coteau arrondi couronné d’un banc de rochers à pic, de forme circulaire, que l’on pourrait prendre de loin pour les restes d’une tour. C’est le Pech de Montfabès, un refuge de petites dimensions car sa plate-forme ne mesure que 21 mètres de diamètre. En l'absence de grosses substructions, des débris de tuiles prouvent qu'il y a eu sinon de forts ouvrages du moins des abris sur cette butte naturelle, où l'eau doit absolument manquer. L'occupation de ce refuge est attestée mieux encore par une couche de cendres mêlées de terre et de débris de poteries d’une épaisseur de trente centimètres.
C’est probablement tout ce qui constituait le castrum de Montfabès au XIIIe siècle.

Montgaillard. — Ce château était pour l'époque des plus considérables et ses ruines sont encore imposantes. Le donjon, sur plan carré, isolé, est bâti sur une motte. Il y a deux étages voûtés en berceau plein cintre, desservis par un escalier à vis. Les archères sont de simples rainures fort longues. Les murs, dont quelques-uns ont une épaisseur de quatre mètres, sont d’une solidité exceptionnelle. Il y a peu de temps on en voyait encore des quartiers énormes, qui, jadis ébranlés par la mine, étaient tombés tout d'une pièce sans que leurs assises fussent disjointes.
Le château se relie à une enceinte presque circulaire de la contenance d’un hectare 60 ares, dans laquelle est construit le village. Il existait, il y a vingt ans, deux portes qui étaient autrefois défendues chacune par une petite tour. Sur plusieurs points, les courtines, que ne déborde aucun ouvrage extérieur, ont encore six à huit mètres de hauteur. A l'intérieur, l'église, le presbytère et de nombreuses maisons leur sont adossés. Nous avons là un exemple ancien d’un système de défense rarement usité et qui devait être appliqué dans la seconde moitié du XIIIe siècle à la petite place forte de Larresingle (Gers), si curieuse à étudier et d’une conservation si parfaite.

Najejouls. (Canton de Tournon). — Ce château fut rasé en 1441 par le vicomte de Lomagne, qui l’avait repris sur les Anglais.

Nérac. — Le château de Nérac, tel qu'il subsistait en 1789, a été fort bien décrit par mon ami M. Lauzun (Revue, 1896, p. 1). Aucune de ses parties ne semblait dater du XIIIe siècle. Il avait donc été complètement reconstruit et probablement sur l'emplacement de l’ancien. Nous ignorons si l'enceinte de courtines, détruite après le siège de 1621, remontait au règne de saint Louis. Elle était semi-circulaire.

Penne. — Cette forteresse a subi tant d'assauts, a été si souvent démantelée et reconstruite qu’il n’est pas facile de distinguer ce qui appartient à la première moitié du XIIIe siècle des ouvrages de dates postérieures. Toutefois, on peut encore fort bien suivre la ligne des murailles qui, sur un grand périmètre, séparaient l’enceinte du château de la ville basse. Deux portes sont conservées, l’une dans le haut, l’autre dans le bas. Le château proprement dit est situé sur le point culminant. Les brèches faites par l’artillerie de Monluc dans le fameux siège de 1562, n'avaient sans doute pas mis le château hors de défense. Il y eut d’ailleurs peu de temps après des restaurations, Ce fut en l'année 1600 que la forteresse fut complètement démantelée par ordre d'Henri IV et aux frais du pays d’Agenais (1). Ces constructions en ruines ont la physionomie des œuvres du XIIIe ou XIVe siècle.

Pépinès. (Commune d’Hautefage). — Il ne subsiste de ce château fort qu'une portion de courtine formant un angle. Ces pans de murs sont flanqués de contreforts plats, ce qui est un caractère d'ancienneté. On y remarque une poterne et deux archères dont l'ébrasement est en plein cintre. On voit encore les traces de deux fossés en arrière l'un de l’autre, creusés à la gorge.
Le nom de Pépinès (Podium Pinesiï) se compose de deux substantifs qui ont également la signification de pointe, de hauteur, ce qui répond exactement au site: pointe ou extrémité du coteau. Ceux qui faisaient autrefois des étymologies pour l'œil et sans même rechercher les formes anciennes ont attribué au roi Pépin la fondation du château de Pépinès. Il est inutile de s’attacher à réfuter cette fable.
Les contreforts plats caractérisent les châteaux de l’époque romane. Celui de Pépinès, cité dans les actes de 1259, pourrait fort bien avoir été construit un siècle avant cette date.

Poudenas. — Ce château parait avoir été un des plus forts de l'Agenais. Il est malaisé de distinguer dans l’état actuel ce qui peut dater du XIIIe siècle. L'habitation, très vaste, remonte tout au plus au XVIIe siècle. Du côté du village, des murs en gradin forment plusieurs lignes de défense mais les grandes courtines et les tours n’exitent plus.

Prayssas. — Château en grande partie détruit. Il n'eu subsiste guère qu’une salle basse voûtée en berceau.

Pujols. — La place forte de Pujols dût être rasée par suite de la convention passée par Raymond VII en 1229. Le château n’était pas rebâti en 1263 (2) et cependant il est mentionné (in Castro et bariis de Pujols) par Guillaume Galtier, qui le possédait en 1259. C’est sans doute comme symbole de la seigneurie que l'on conservait aux ruines même et aux emplacements le nom de château.
Un nouveau château, très fort, devait être édifié à Pujols avant la fin du moyen âge.
L’ensemble de cette place forte mérite d'ètre décrite.
Elle occupait tout un plateau élevé dont la plus grande longueur est de 425 mètres et la plus grande largeur de 112. On distingue trois enceintes successives, ayant chacune la forme d'un trapèze. Ces enceintes étaient unies par la ligne continue des murs extérieurs et toutefois isolées les unes des autres par des murs perpendiculaires aux premiers. La plus grande enceinte, à l'ouest, dont l'aire est aujourd’hui occupée par des champs et des jardins, serait l'emplacement de l'ancien château et de ses dépendances. Cette partie porte encore le nom de Palais.
La seconde renferme le village, dont les rues sont symétriques comme dans les bastides. Dans la troisième zone, moins grande, à l’est, s'élevait le second château, relié au village par une communication avec l’église.
Le château se composait de quatre ailes ou corps de logis disposés en quadrilatère autour d'une cour intérieure. Ce quadrilatère avait 52 mètres de longueur sur 31 de largeur. Chacun des angles était flanqué d’une grosse tour ronde ayant 7 mètres de diamètre dans œuvre. L'épaisseur des murs de ces tours est de 2m 80, celle des murs de clôture du logis ou courtines, de 2m 70 (3). Tous ces ouvrages ont été rasés à quelques assises au-dessus du sol dans la première moitié de ce siècle; seule, une tour, au nord-est, a conservé la moitié de sa hauteur primitive.
En somme le plan du château de Pujols est analogue à ceux des châteaux de Duras et de Nérac et, comme ces derniers, il datait sans doute du XVe siècle (4).

Puygayraud. — C’était le château de Marmande. Etait-il hors de l'enceinte de la ville primitive fondée eu 1182? Où se trouve son emplacement? A quelle époque a-t-il été détruit? Autant de questions qui n'ont pas été résolues.

Puymiclan. — Ce château était élevé au centre du village, sur une motte qui forme aujourd’hui une terrasse. Ce n’est plus qu’une ruine.

Puysserampion. — A rechercher.

Saint-Ourens. — (Gers?)

Savignac. (Commune de Castella). — J’ai eu souvent à citer ce château qui était un des plus beaux que l'on eût construit eu Agenais durant la première moitié du XIIIe siècle (5). Sa grosse tour carrée est presque intacte; le plan de son enceinte peut être relevé. Cet édifice mériterait une description spéciale et les honneurs d'une planche dans la Revue.

Taillebourg. — Le château s’élevait sans doute sur les bords de la Garonne. Je ne crois pas qu'il en subsiste aucune trace.

Villeneuve. — Sans doute Villeneuve-de-Mézin. L'enceinte, sur plan quadrangulaire de ce village et son église fortifiée très curieuse (6) constituaient le castrum cité dans les acLes de 1259.

Virazeil. — Le château de ce nom, moderne, avec quelques parties de la fin du moyen âge, parait occuper l'emplacement de l'ancien château.

Vitrac. (Commune de Laroque-Timbaut). — Mentionné sous le nom de motte de Vitrac. On n’y voit ni apport de terre, ni constructions. Vitrac est un coteau escarpé, de forme longue, tranché à la gorge par un fossé. Comme Lestelle, comme Montfabés, c'est un refuge mais celui ci n’a pas gardé le nom de castrum.

Xaintrailles. — Viollet-Le-Duc, dans l'article Manoir de son Dictionnaire d'Architecture, donne le plan et une vue de ce château, qu'il attribue aux premières années du XVe siècle. Ces dessins lui avaient été fournis par M. Alaux, architecte à Bordeaux, et, sans doute l’auteur du Dictionnaire n’avait pas vu cet édifice. Il eut discerné les parties qui datent de la première moitié du XIIIe siècle, dont l'ensemble constitue un château analogue à un bon nombre de ceux que nous venons d’étudier et qui consistent en une tour reliée à une enceinte de courtines. Dans les hommages de 1259 la qualification de manerium n’est appliquée à aucun de ces forts.
Il faudrait réserver dans nos pays l’appellation un peu arbitraire de manoir aux maisons fortes édifiées particulièrement durant les XVe et XVIe siècles.
Notre ami M. Philippe Lauzun, a décrit minutieusement le château de Xaintrailles. Il faut ajouter cependant qu’une restauration intelligente exécutée par M. Chaux, le propriétaire actuel, a permis, depuis lors, de reconnaître quelques parties de l'œuvre du XIIIe siècle, qui étaient masquées par des additions postérieures.
II est inutile de rappeler que le souvenir du maréchal Poton, un des compagnons les plus célèbres de Jeanne d’Arc, se rattache au château de Xaintrailles, qu’il possédait, qu’il a agrandi et auquel il devait son nom. Cet état sommaire des châteaux agenais de la première moitié du XIIIe siècle peut donner lieu à des constatations intéressantes.
Dégageons de la liste seize villes ou villages fortifiés, les uns de fondation ancienne, les autres offrant le caractère des villeneuves ou bastides, il reste soixante et un ouvrages de fortifications qualifiés de castrum, appartenant aux barons et qui sont bien des châteaux.
Dans ce nombre, quatorze, qualifiés aussi quelquefois de mota, remontaient peut-être aux périodes mérovingienne et carolingienne. La motte féodale et l'absence de grosses constructions en pierre les caractérisent. Les escarpements naturels, les fossés, les levées de terre, dont les traces sont parfois encore apparentes, protégeaient les abords de la tour de bois ou mi-partie bois et briques érigée sur la butte.
Parmi ces vieux châteaux, les uns avaient peut-être été conservé jusqu'au XIIIe siècle sans grands remaniements; d’autres étaient à l’état de ruines; d’autres avaient été munis d’ouvrages analogues à ceux qui constituaient les châteaux neufs. Les transformations de ce genre offraient peu d'avantages dans un pays où abondent les emplacements de choix pour l'assiette des châteaux. Il faut observer que, pour édifier, comme à Montgaillard, à Puvmiclan, à Gouts, des tours sur des mottes factices on avait double travail; il fallait y creuser des tranchées jusque au sol vierge pour asseoir les fondations.
Les châteaux primitifs marquaient de vieux fiefs. Il importait de ne pas les délaisser — ou les mentionnait avec soin dans les actes — à moins qu’on ne fit bâtir à proximité un château neuf dans les conditions nouvelles.
Les donjons dérivent des mottes féodales. Un donjon se compose d’une tour relativement isolée des autres ouvrages et munie d’une issue extérieure apparente ou souterraine.
Sauf Espiens et Montgaillard, nos châteaux datant de la première moitié du XIIIe siècle, munis d'une tour (dix exemples) ou de deux tours (deux exemples) n'ont pas de donjon; la tour ou les deux tours se relient étroitement à une petite enceinte de courtines. Trente et un châteaux restent à déterminer ou sont dans un état de ruine qui ne permet pas d’en reconnaître le plan d'ensemble. Toutefois leurs fondations subsistent ordinairement et l’on pourrait profiter de fouilles accidentelles pour en relever les lignes principales.
De nouvelles séries de documents vont permettre de compléter la liste des châteaux forts de l’Agenais au XIIIe siècle. Prenons les dans l’ordre chronologique.

CHATEAUX CITÉS DANS LES HOMMAGES DE 1263.



Nous avons dit que dans les actes d'hommages rendus à 1'évêque d'Agen par ses vassaux, en 1263, on trouve mentionnés les seigneuries de Boville et de Madaillan, sans indication de châteaux, et les châteaux de Roquecor, de Lacour, de Clermont-dessus. Voici quelques notes sur ces forteresses.
Boville. — Au moment où s'élevaient tant de bastides, il est vraisemblable que Boville, dont la position est très forte, fut muni de remparts; ce qui reste de ses murs d'enceinte a le caractère des œuvres du XIIIe siècle. Le château, situé à la pointe du coteau, a été en grande partie rebâti à la fin du XVIe siècle (7). Son plan affecte la forme d'un T; une des ailes a été démolie; quelques parties ont conservé leur couronnement de machicoulis. Dans le principal corps de logis, du XVIe siècle, l'escalier et la cuisine ont des voûtes curieuses: on y trouve appliqués six modes différents d'appareil pour recouvrir en coupoles basses des compartiments carrés.

Clermont-Dessus. — Ce château figure parmi ceux qui ont été le plus convoités, le plus souvent pris et repris. Sa position est très forte. Il est dans un état de ruine qui ne permetLraiL guère d'en relever le plan. Il subsiste, avec quelques courtines, le rez-de-chaussée d'une petite tour carrée et le premier étage du donjon, transformé récemmenL en habitation. Dans la cour intérieure, on peut voir trois belles citernes, en forme de silo, creusées dans le roc.

Madaillan. — La construction de ce château a dû suivre de bien près l’hommage rendu par les du Fossat en 1263. Ce château a pu être daté approximativement à l’aide d'autres documents; il a été l'objet d'une étude assez complète pour qu'il soit inutile d'en reprendre la description (8).

Roquecor. — Lacour. — Ces deux localités étant aujourd’hui dans le Tarn-et-Garonne, nous nous contenterons d'une simple mention. Lacour est un curtis de l'époque franque qui a succédé à une grande villa ou peut être même à une ville de l’époque romaine. Les substruclions et les débris antiques abondent dans cette localité.

CHATEAUX CITÉS DANS LE SAISIMENTUM DE 1271.(9)



Dans le procès-verbal de la prestation du serment de fidélité au représentant du roi de France, en 1271, on eut soin d’inscrire un dénombrement des paroisses et des châteaux compris dans les limites de chaque baylie agenaise.
Pour quelques châteaux de moindre importance le terme de villa est employé dans ces actes de préférence à celui de castrum. Il s’agit bien de forts, manoirs ou maisons fortes, ainsi qu'on peut le vérifier encore puisque quelques-uns existent; de plus, le contexte même est précis: après avoir énuméré les paroisses, les castra et les villas, le rédacteur ajoute: que castra et parrochias domini eorum tenent a domino rege...
Le nom de burgus est donné, concurremment à celui de castrum, à des villages fortifiés tels que ceux de Saint-Maurin et de La-Sauvetat-de-Savères.
Les actes de 1271 fournissent les noms de vingt-cinq châteaux et de quatorze villas non mentionnés dans les actes de 1259. Est-ce à dire que ces châteaux aient été fondés dans les douze années qui s’écoulèrent entre ces deux assises solennelles, à l’occasion desquelles le pays d'Agenais eut à reconnaître ses souverains? On pourrait s’estimer heureux d'avoir cette précision. Malheureusement, comme nous l'avons dit, les hommages de 1259 ne peuvent pas passer pour absolument complets. La preuve c’est que nous avons classé parmi les châteaux antérieurs même à 1259 celui de Blanquefort non cité en 1259 et cité en 1271.
Il parait cependant fort probable que des châteaux tels que Bajamont, Castelnoubel, Gavaudun, Laroque-Timbaud, Lusignan-Grand figureraient dans la liste de 1259 s’ils avaient existé à cette date.

Bajamont — Ce château, assis sur un point culminant, était des plus vastes, à en juger par l'aire des travaux de terrassements. Il a été rasé avec un acharnement bien rare, depuis l'avènement de Henri IV, mais on ignore à quelle occasion et à quelle date. Entre quatre murs ébréchés, qui seuls restent debout sur un coin, on a établi un logement de paysan.

Bazens. Cité sous le nom de villa. — Ce château, qui devait être acquis par les évêques d'Agen à une date indéterminée, fut rebâti par eux au XVe et au XVIe siècle. Il subsiste cependant une portion de mur du château primitif, qui était soudé à l’église.

Blanquefort. — Attribué à une période antérieure, parce qu'on y voit une fenêtre géminée de style roman.

Bonaguil. (Commune de Saint-Front). — Ce château a été agrandi au XVe siècle dans de si vastes proportions que le fort du XIIIe siècle a été noyé dans les constructions nouvelles. Sa partie la plus forte et la mieux conservée constitue le donjon. Notre ami M. Lauzun va publier une troisième édition de sa belle monographie de Bonaguil dans laquelle la distinction des constructions successives sera parfaitement établie.

Bruch. — Le plan de cette ville est si régulier que nous y voyons une bastide dont l’acte de fondation ne nous est pas parvenu. Elle est antérieure à 1249. (10) Le terme de castrum désigne la place elle-même, dont une partie des remparts est conservée. On remarque notamment deux tours, l'une au nord, l'autre au sud, qui défendent les portes. Elles n'ont été achevées qu'au XIVe siècle; ce sont de beaux ouvrages qui méritent au moins une courte description. La tour au nord a conservé toute sa hauteur. Sa largeur à l’intérieur esL de 6m30 sur 6m60; ses murs ont une épaisseur de lm50. Le rez-de-chaussée est voûté en berceau brisé. Il y a deux étages voûtés en croisées d’ogives surhaussées qui ont le style du XIVe siècle. Une tourelle d’escalier, dont la base est dans œuvre, s’applique en porte-à-faux sur un angle à partir d’une certaine hauteur. De deux côtés s’ouvrent des baies géminées dont le sommet, rectangulaire, inscrit des rosaces. Le haut de la tour est couronné de mâchicoulis. Cette porte de ville est la plus belle qui existe dans le Lot-et-Garonne après les deux qui ont été conservées à Villeneuve.
La seconde tour, au sud, qui était peut-être aussi intéressante, a été rasée au-dessus du premier étage dans le but d'employer les matériaux de démolition à l’empierrement des chemins.

Cauderoue. (Commune de Nérac, sur les bords de la Gélise). — Ce château fut peut être, durant les XIIIe et XIVe siècles, aussi important que celui de Nérac (11). Il a été en grande partie reconstruit à la fin du moyen âge. Lorsque je le visitai, il y a une dizaine d’années, on avait découvert à proximité, en ouvrant une route, un amas considérable de ces énormes boulets de pierre qui servaient de projectiles pour les trébuchets et qu'on employait aussi pour la défense des places, soit en les faisant rouler du haut des escaliers, soit en les projetant des créneaux et des mâchicoulis.

Combebonnet. — Désigné sous le nom de villa. C’est un vaste logis aux murailles épaisses, biens parementées, qui se relie à une petite enceinte fortifiée protégeant quelques maisons et une chapelle de trois travées, sur plan rectangulaire. Deux échauguettes sont élevées en porte à faux sur des angles du logis. De belles fenêtres ont été ouvertes en brèche ou agrandies au XVe siècle.

Le château de Cauzac, plus moderne, dont une vue extérieure a été publiée tout récemment dans la Revue, est presque une copie du château de Combebonnet.

Cugurmont. (Commune de Saiut-Salvy). — Villa, à étudier. Il s'agit peut-être tout simplement d'une vielle tour soudée à l'église et qui était plutôt un ouvrage de défense qu’un clocher.

Dominipech. — Espiens. — Ces deux forts {ville), près du Port-Sainte-Marie et de Saint-Salvy, n'existent probablement plus.

Eysses. (Commune de Villeneuve-sur-Lot). — Il ne subsiste plus de fort dans le voisinage de l'ancienne abbaye; mais le terme de villa s’appliquait peut-être à quelques ouvrages défensifs dans lesquels aurait été comprise la belle tour ronde gallo-romaine qui parait avoir été primitivement un temple (12).

Floirac. (Commune de Montpezat). — Pas de renseignements.

Frespech. — C'était une petite place forte. Il subsiste des restes importants des courtines, particulièrement au nord, et de deux tours, l'une circulaire, au nord-ouest, l'autre carrée, au nord; cette dernière, qui défendait une porte, est voûtée en berceau brisé et offre une rainure pour le jeu d’une herse. Une autre porte fortifiée se voit à l’est. Toutes ces constructions paraissent bien dater du XIIIe siècle. On a encastré de ci de là dans leurs parements des écussons plus modernes, entre autres celui des Montferrand.

Gavaudun. — Un synonyme de château, quelquefois employé au moyen âge, est le nom de repaire, qui, depuis, a été pris en mauvaise part.
Si quelque fort Agenais mérite celte qualification dans l’un ou l’autre sens, c'est Gavaudun.
Dans la vallée de la Lède, étroite, sinueuse, bordée de coteaux à pic, un ilot de roches épargné par les révolutions géologiques, se dresse, inaccessible aux bêtes et aux hommes. Pour en atteindre la crète, qui forme une petite esplanade, il a fallu creuser une sorte de puits. Ce travail exécuté, il suffisait de grimper par là, de retirer à soi l'échelle, de barrer l’orifice pour être à l'abri de toute attaque et de toute surprise. La main de l'homme n’avait pas à ajouter grand chose à l’œuvre de la nature. Mais au XIIIe siècle, on ne se contentait pas toujours des refuges naturels; on bâtissait.
La roche de Gavaudun se terminait au nord par une pointe trop étroite pour être utilisée. On isola celte pointe par un fossé, en arrière duquel on éleva une grosse tour semi-circulaire à l'extérieur. Elle se divise en étages complètement voûtés et ses dispositions à l’intérieur mériteraient une description détaillée. Il y a là des massifs de maçonnerie autour desquels circulent des galeries servant les meurtrières, de curieuses voûtes, des recoins imprévus.
Ce donjon c’était, à proprement parler, le château; les courtines bordant l’esplanade ne s'élevaient sans doute qu’à une faible hauteur.
A la fin du moyen âge, un village était groupé à l'ombre de la forteresse; il fut enfermé dans une petite ceinture de remparts. C’est probablement dans cette enceinte facilement accessible que s’élevait un logis seigneurial aujourd'hui détruit qui passait, au XVIe siècle, pour être fort habitable et meublé avec luxe.

Grayssas (villa de). — Il s'agit sans doute du refuge qui se voit près de Lassalle-Bertrand et qui rappelle en pelit celui de Gavaudun. C’est une plate-forme sur un rocher isolé d’une hauteur d'environ 8 mètres; la plus grande longueur est d’environ 60 mètres et la plus grande largeur de 15 . (13)

Lafitte. — Cette localité est située eu plaine. Elle parait avoir beaucoup souffert des guerres de religion. Quelques massifs de murailles fortes parementées en briques sont peul-ètre des restes de l'ancien château, dont elles marqueraient l'emplacement.

Laroque-Timbaut. — Il subsiste de ce fort une tour carrée qui sert, aujourd'hui de chàteau-d’eau et quelques murailles dominant des rochers escarpés au sud-ouest. Quoique peu soignés comme appareil, ces ouvrages paraissent bien dater du XIIIe siècle. Une porte fortifiée du côté de la ville est moins ancienne. Le corps de logis principal s'élevait sans doute sur le point culminant, sur l'emplacement de l'ancienne mairie. De ce côté, les anciens fossés ont dû être comblés pour l'établissement d'une route.

Lastreilles. (Commune de Saint-Front). — Simple tour, sur plan quadrangulaire, qui a été fortement remaniée au XVe siècle.

Lavardac. — Cette place offre le plan régulier des bastides. Quelques restes des fortifications se voient encore du côté de la Bayse, que l'on traversait sur un pont de trois arches en grande partie restauré, mais dont la fondation parait remonter au XIIIe siècle; il reste comme témoin une pile, munie d’éperons en aval comme en amont, toute pareille à celle du pont voisin de Barbaste.



(1) Archives d'Agen, CC. 95.

(2) Voir Essai historique sur la baronnie de Pujols, par l'abbé J.B. Gerbeau, Agen, Roche, 1891, in-8, p. 422.

(3) Pour plus de détails voir l'Essai sur Pujols, Quelques-unes des mesures que j'ai prises moi-même diffèrent un peu des chiffres donnés par M. l'abbé Gerbeau, notamment pour le diamètre des tours. Il est probable que le diamètre n’est pas le même pour ces quatre ouvrages et chacun de nous, croyant à une parfaite symétrie, n’en a mesuré qu’un seul.

(4) Le plus vaste de ces trois châteaux du même type est celui de Duras: 50 mètres de longueur sur 45 de largeur. Le château de Nérac n'avait que 40 mètres de longueur sur 28 de largeur. Il était en somme Fort petit.
Le château de Castelnoubel, commune de Bon-Encontre rappelle aussi Ce type mais les corps de logis qui devaient relier ses quatre tours n'ont pas tous été construits.

(5) Ville libre et barons, p. 162. Revue, 1895, p. 86 et 90.

(6) Décrite dans le Supplément aux Etudes sur l'architecture religieuse, p. 50.

(7) L'histoire de Boville est peu connue. Les Tallevrand furent ses derniers seigneurs et les archives de cette famille contiennent, dit-on, un grand nombre de documenta du moyen âge intéressant cette seigneurie.

(8) Revue, 1886, 3 planches. Tirage à part.

(9) Pièce publiée dans le Recueil, à la suite des hommages de 1259.

(10) Hommage rendu au comte de Toulouse par Arnaud Garsies du Fossat. (Arcb. nat. J. 314. — Toulouse VII n° 46.) Renseignement communiqué par M, Ducom.

(11) Mon prédécesseur, M. Bosvieux, archiviste départemental, a constitué un dossier de pièces sur Cauderoue en copies faites sur les documents conservés aux archives des Basses-Pyrénées. Ces pièces ont été utilisées par M. l’abbé Barrère dans une notice. Revue de Gascogne, t. XV, pp. 308 et 380.

(12) Voir Revue, 1895, pl. et description.
II semblerait que dans nos châteaux en bois du haut moyen âge la brique fût appliquée non seulement à des remplissages mais aussi à des fondations, à des portions de clôture, à des piles de consolidation et que dans ce dernier cas on la préférât à la pierre.

(13) Notes sur les stations.



Source: Georges Tholin, Notes sur la féodalité en Agenais, au milieu du XIIIe siècle, Revue de l'Agenais 1896/1899



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