IV



Châteaux-forts.



Limon. (Commune de Feugarolles). — Pas de renseignements.

Lusignan (villa de). — Ce château occupait une superficie de 37 ares 50 centiares. Il fut rasé au début des guerres de la Fronde, en 1649, par ordre du duc d’Epernon. Sa démolition dura quatre mois. Deux ans après, Condé tenta de le restaurer. Il y a trente ans, il subsistait encore quelques pans de mur formant le soutènement d’une grosse motte féodale. On a achevé, en 1869, la démolition de ces ruines. Le fort de Lusignan-Grand, bien qu'il soit qualifie seulement de villa, a été un des plus grands châteaux des environs d’Agen. Peut-être avait-il reçu des additions importantes à partir de 1271.

Malartic (villa de). (Commune de Port-Sainte-Marie).— Pas de renseignements.

Marcon (villa de). (Commune de Boville).— Pas de renseignements.

Mérigou (commune de Saint-Vile). — Détruit.

Monflanquin. — Bastide.

Monsempron. — Les prieurs de Monsempron avaient fortifié le village groupé autour de leur couvent. A la fin du XIIIe siecle, ils furent assez forts pour usurper le droit de justice et se détacher du bailliage royal de Penne. Indépendamment des murs d'enceinte, ils avaient construit une citadelle, dont une tour subsistait encore au commencement de ce siècle (1).

Pau (villa de). (Commune de Boville). — Pas de renseignements.

Pechbardat (villa de). (Commune de Lacépède).— Il n'en subsiste qu’une motte féodale, située sur un point culminant.

Perville (villa de). (Tarn-et-Caronne).

Pléneselves (villa de). (Commune de Bon-Encontre). — Ce petit château est assis sur un rocher dont ses courtines suivent les contours. Le corps de logis, édifié au point d'attache du coteau, a été remanié au XIVe et au XVe siècle. On y a ajouté des machicoulis à l'extérieur et, à l'intérieur, une tour polygonale dans laquelle sont établis les escaliers.

Quittimont (villa de). (Commune de Lacépède). — Pas de renseignements.

Saint-Front. — Le château, qui était sans doute dans le voisinage de l’église fortifiée de Saint-Front, est détruit.

Saint-Salvy. — Détruit.

Saint-Sardos. — Bastide. Ses remparts, qui étaient édifiés sur un plan circulaire, ont été rasés pendant la guerre de Cent ans.

Sauvagnas (villa de) — Ce château, qui avait été bâti par les chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, en 1275, comme l'atteste une inscription, est complètement détruit. Il est ainsi décrit dans un procès-verbal de visite de la commanderie, en 1669 : « A Salvaignas. le commandeur a un château, joignant l'esglise, avec trois tours du costé du levant et du midy, qui servent de deffense pour le dict chasteau; en l'une desquelles y a ung degré; et à trois coing du dict chasteau, une gueritte à chascun, bastye de bois et de briques et couvertes de thuiles. A l'entrée dudict chasteau du cousté de l'esglise, y a ung petit réduit appelé Rebelin (2). »

Thouars. — Ce château, qui défendait le passage de la Garonne à peu de distance du point où venait aboutir la Ténarèze, remontait peut-être à l’époque gallo-romaine. Ses assises inférieures, qui, m’a-t-on dit, étaient en petit appareil, ont été démolies, il y a trente ans environ.

CHATEAUX CITÉS DANS LES HOMMAGES DE 1286 - 1287.

(3)



Bréchau. (Commune de Nérac). — Pas de renseignements.

Calignac. — Il subsiste une portion de courtine, qui dessine un arc de cercle.

Calonges. —Château remplacé par d’immenses constructions au XVIIe siècle.

Caumont. — Ce château fut construit entre l’année 1259, époque où l'on ne cite à Caumont qu’un motte féodale, et l'année 1286. Il fut complètement rasé en 1621, après le siège qu'il soutint contre l'année du roi. C'était un des plus vastes et des plus forts de l'Agenais. Pendant les guerres du XVIe siècle, il contenait une artillerie peut-être supérieure à celle qu’on aurait pu réunir dans l'Agenais tout entier. Le péage exigé des bateaux sur le passage qu'il défendait était une source considérable de revenus. Il est peu probable qu’une forteresse de cette importance ait été bâtie d’un seul jet dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Il parait résulter des textes de 1286 que plusieurs barons s’étaient associés pour le fonder car, à cette date, il appartenait à plusieurs co-seigneurs.

Fourcès. — Cette iocalité du vieil Agenais est aujourd’hui dans le Gers. L’ensemble de ses ouvrages de défense est intéressant. Du château du XIIIe siècle il subsiste une grosse tour ronde, élevée à proximité de la petite rivière de l'Auzoue. Cette tour touche à l’enceinte murée du village, qui est en demi cercle; l’Auzoue représente la corde de cet arc. Dans le village se trouve une place des Cornières de forme elliptique. Sur les bords de la rivière et proche de la tour ronde, on a élevé, à la fin du XVe siècle, un vaste château desservi par un escalier à plan carré, avec des repos fréquemment alternés. Cette construction est des plus originales. La façade est pourvue de quelques motifs d’ornementation.
Mais arrêtons-nous à ce plan de l’enceinte de Fourcès, en lignes dérivant du cercle. Il est employé dans l’Agenais, alors même que la configuration du sol aurait permis d'adopter tout aussi bien des plans quadrangulaires. Il en était ainsi a Montgaillard, à Saint-Sardos, à Nérac, à Larresingle. à Calignac. Les châteaux ou les places de ce type, qui parait assez rare ailleurs, mériteraient d'èlre l'objet d’une étude d’ensemble. On avait dû reconnaître certains avantages à dornner ces courbures aux murs d'enceinte, qui devaient se défendre par eux-mêmes car, dans nos places fortes ou bastides, l’emploi des ouvrages saillants est très restreint.

Moncrabeau. — Il reste seulement quelques pans de murs de ce château qui parait avoir été considérable.

Monluc (mota de. Commune de Saint-Léger). — Cette motte féodale, située à un passage de la Garonne très fréquenté, n’existe plus.
Cette nomenclature de petits châteaux serait fastidieuse et n' aurait un peu d'intérêt que par les détails si on ne groupait pas quelques observations pour mettre en relief les grandes lignes de défense du pays.
Nous avons déjà appelé l'attention sur le nombre relativement considérable de fortifications en terrassements qui étaient encore utilisées au XIIIe siecle et qui paraissent remonter à l'époque franque. Nous pouvons presque certifier que, des le haut moyen-âge, tous les passages des grandes rivières étaienL surveillés ou protégés par de petits postes logés dans une tour de bois édifiée sur une motte. Si les terrassements pouvaient assurer la défense par tout pays, ils avaient une utilité de plus dans les régions submersibles, ils mettaient les garnisons à l'abri en temps d’inondation et pouvaient même, dans ces occasions, servir de poste de secours et de refuge. Il fallait aussi ces petits logis fortifiés pour protéger ceux qui percevaient les péages.
La motte de Lafox, celle de Lécussan sont citées dans des actes du moyen-âge. Une motte, dite Le Fort, se voit au confluent du Gers; une autre existait au Passage. Nous avons eu à parler de celle de Caumont. Avec celle de Monluc, en voila six pour les bords de la Garonne. Une pièce importante, que nous allons bientôt utiliser, nous prouvera que les mottes étaient également multipliées sur les bords du Lot.
La motte de Monluc était restée le siège d'un fief. Les auteurs qui ont parlé de cette localité ont fait remarquer que le célèbre maréchal lui devait son nom. La forme primitive était de Bono Luco.

Nazareth. (Commune de Nérac). — Ce fief, qui appartenait aux d’Albret, est cité comme terre dans les hommages de 1259 et comme château dans ceux de 1286. Le château a donc été construit entre ces deux dates. Il est singulier qu’en 1286 il soit mentionné comme appartenant en entier à Guillaume Raymond de Piis, alors qu'Amanieu d'Albret se l’attribue également (4).
Ce château est assis dans le creux de la vallée de la Bayse. à l'extrémité de la garenne de Nérac. Il se compose d’une grosse tour, sur plan rectangulaire, reliee à une enceinte, qui subsiste encore en partie avec sa porte fortifiée. La tour, sur plan barlong, (8 à 10 mètres sur 7), a une hauteur d'environ 10 mètres. Ses murs ont une épaisseur de lm 90. On ne voit au rez-de-chaussée aucune trace de voûte.

Puch. — La belle motte de Castelviel, en forme de trilobe, s’élève à proximité du village. Les fossés qui l’entourent, de même que son nom, indiquent bien sa destination. Nous voilà encore en présence d’une œuvre antérieure au bas moyen âge. Mais Puch ayant été fortifié, probablement au XIIIe siècle, c’est vraisemblablement le village et non le château vieux qui est désigné sous le nom de castrum dans les actes de 1286.

Réaup. — Il ne semble pas qu’il ait jamais existé dans cette localité d’autre fort que le refuge de Lamotte, composé uniquement de terrassements (5). Il est situé â peu de distance de la Ténarèse et pourrait être antérieur au moyen âge.

Saint-Amans. — (Tarn-et-Garonne).

Seissan. — A identifier.

Verteuil. — Ce château est situé dans le village et, malgré son état de ruine, on pourrait encore délimiter son périmètre. Un fort beau logis a été construit au centre de la cour, à l'époque de la Renaissance. Il est actuellement, comme le reste, fort délabré.

Villeton. — Aucun renseignement.

Nous avons épuisé la nomenclature des châteaux agenais cités dans les actes d'hommages du XIIIe siècle. Après avoir passé en revue leurs ruines, il serait à propos de déterminer les caractères généraux ou particuliers de ces constructions militaires; pour cela, les descriptions sont insuffisantes: quelques planches en diraient plus long que bien des pages. Mais la préparation des planches est laborieuse et leur publication coûteuse. C’est seulement peu à peu que les rédacteurs de la Revue pourront faire connaître par des croquis de plans et des vues extérieures quelques-uns des châteaux les mieux conservés.
En attendant, il suffira de constater qu’au XIIIe siècle ces ouvrages étaient généralement peu considérables. Réduits à une tour et à une petite enceinte de courtines, ils se rapprochent plus des fortins décrits par Viollet-le-Duc sous les noms de Tours-postes, Tours défenses de passages, de ponts (6) que des grandes forteresses de l'île de France et de la Normandie. Ce type est représenté par le château de Nazareth, dont la tour se profile si bien à l'extrémité de la garenne de Nérac. On peut aussi l’apprécier d'après une vue cavalière du château de Madaiilan, réduit au premier état, qui a été si bien dégagé des additions postérieures par notre regretté P. Benouville (7).
Les châteaux dont l'enceinte pouvait renfermer un village, tels que ceux de Larresingle et de Montgaillard, sont exceptionnels; ils se rapprochent alors des bastides.
Sur les frontières nord de l'Armagnac, dans ce pays comme en Agenais, on a élevé durant le dernier quart du XIIIe siècle un certain nombre de châteaux d’un type original dont on ne trouve pas d’exemples en deçà et au-delà de cette zone. J’ai eu l'occasion de les décrire ainsi sous le nom de châteaux gascons:
« Ils n’ont pas de cour intérieure ni de grosse tour. Ils se réduisent à un corps de logis sur plan rectangulaire, flanqué d'une ou le plus souvent de deux tourelles. Ces tourelles carrées, tantôt pleines ou creuses à la base, mais dans ce dernier cas sans ouvertures dans les parties basses, tantôt élevées sur des encorbellements, sont étroites et fort liantes; elles servaient surtout pour le guet. La porte, au rez-de-chaussée, est ouverte sous une haute arcature ménagée dans le plein d'une tourelle ou dans le voisinage d’une de ces petites tours. En cas de danger, il était facile de murer ces ouvertures, qui sont petites ; aussi les constructeurs ont-ils ménagé simultanément au premier ou même au second étage une baie de porte servie par une échelle mobile (8). »
A ce type appartiennent les châteaux de Balarin, du Tauzia, de La Gardère, de Massencôme, etc., et, en Lomagne, celui de Sainte-Mère.

L'INFLUENCE ANGLAISE ET LES MOULINS FORTIFIÉS AU XIIIe SIECLE.



On peut aussi se demander si l'influence anglaise s'est fait sentir sur notre architecture militaire.
En Agenais, les péripéties des occupations anglaises, terminées au commencement du XIIIe siècle, recommencèrent dans le dernier quart du même siècle (1279); elles alternèrent avec des retours à la couronne de France et ne prirent fin qu'au milieu du XVe siècle (1453).
L'influence de la domination anglaise au point de vue des constructions militaires fut presque nulle (9). Les types de châteaux et de places fortes ne furent pas modifiés: les bastides créées sous Edouard Ier ressemblent de tout point à celles qu'avait fondées Alfonse de Poitiers. La raison en est simple; les occupations anglaises n'entraînèrent pas un renouvellement de personnel: il n’y eut pas d’invasion étrangère; les seigneuries, les terres ne changèrent de mains que par exception et, dans ce cas, au profit des voisins. Les représentants du roi eux-mêmes, les sénéchaux, les lieutenants et les chefs militaires de tout rang, furent également pris dans le pays. On resta donc Agenais, Gascon; ni les mœurs ni les usages ne furent modifiés; une seule chose variait, le nom du maître dans la formule des hommages.
Toutefois si les Anglais n'ont importé chez nous leurs modes d’architecture que dans une mesure restreinte à des détails tels que ceux de quelques charpentes d’églises ou de logis, il est certain qu’ils ont pris l'initiative de grands travaux destinés à favoriser le commerce. Ils se sont recommandés de tout temps par leur esprit pratique. Durant le moyen âge, ils ont fortement secoué l'inertie méridionale.
Au XIIe siècle, dès son avènement, Richard-Cœur-de-Lion avait eu soin d'entreprendre la construction d’un pont sur la Garonne à Agen. Son œuvre, inachevée ou détruite, n'avait pas été reprise sous la domination des comtes de Toulouse. Cet abandon dura près d'un siècle, mais, Edouard Ier,; aussitôt remis en possession de l’Agenais, en 1280, n’eut rien de plus pressé que de s'occuper de la reconstruction du pont d'Agen.
Environ dix ans plus tard, ce prince résolut de faciliter le transport à Bordeaux des produits du Quercy et notamment des vins, en rendant le Lot navigable. On ne savait pas encore bâtir des écluses; il fallait donc multiplier les barrages pour donner à l’eau de la profondeur et diminuer le courant dans les passes.
Entre la frontiere du Quercy et Penne, c'est-à-dire sur un parcours de vingt-deux kilomètres, on ne fit pas moins de onze barrages, qui devaient être réduits à six au XVIIe siècle, lorsque l'intendant Pellot les fit munir d’écluses.
Il vaut la peine de s'arrêter quelque temps sur ce sujet, d'abord parce que personne ne l'a traité, ensuite parce qu'il jette quelque jour sur le rôle de la féodalité au moyen âge.
Edouard Ier, par l'intermédiaire de d’Angolive, son connétable à Bordeaux, mit une somme de 10,000 livres à la disposition de maître André pour diriger et mener à bonne fin l’entreprise. Chaque barrage devait être confié à des entrepreneurs. Ceux-ci ne manquèrent pas et l'on vit se mettre sur les rangs à côté de simples maîtres de chantier, travaillant pour le salaire, à côté du curé de Trentels, qui se dévouait à une œuvre utile, de riches marchands, comme les Pélicier, de Penne, ou des barons, comme les Lustrac et les Piis, pour lesquels les barrages devaient se transformer en mines d’or.
L'activité des uns ut des autres fut inégale; la dépense fut de moins de 4,000 livres. Les plus gros travaux avaient été executés dès l'année 1291.
Il y eut un arrêt, dû sans doute à ce fait que Philippe-Le-Bel récupéra l'Agenais en 1294 pour ne le rendre aux Anglais qu'en 1303. Ces changements de régime favorisèrent les usurpations.



(1) Ce dernier détail est donné par Saint-Amans, Antiquités, p, 265.

(2) A. du Bourg. Histoire du Grand-Prieuré de Toulouse, Toulouse, Sistac et Boubée, 1883, p. 345.
L'inscription qui existe encore, et que Saint-Amans a publiée dans ses Antiquités (p. 154), se rapporte évidemment à l’achèvement du château, dont la construction était assez avancée quatre ans auparavant pour qu’il en fût fait mention dans le saisimentum.

(3) Archives historiques de ta Gironde, t. I, p. 349.
Il va sans dire que nous nous occuperons seulement des châteaux non mentionnés dans les actes précédents.

(4) Auch. histor. Gironde, t. I, p. 361, 370.

(5) Voir Notes sur les stations... description et plan.

(6) Diction, d'archit., t. IX, p. 162.

(7) Voir les planches dans la Revue de l'Agenais, année 1886.

(8) Revue de Gascogne, 1892, p. 260. Cette courte notice est suivie de monographies détaillées, accompagnées de planches, par notre ami M. Ph. Lauzun.

(9) D’après Viollet-Le-Duc, voici les caractères qui distinguent les chàteaux normands des châteaux français : 1. des fosses établis non au bas des pentes mais dans les pentes mêmes, talutés, avec une défense extérieure sur la contre-escarpe; 2. des liaisons mieux établies entre le donjon et les dehors; 3. l’adoption de la forme carrée pour les donjons.
II y a tant de donjons également carrés dans les châteaux français que la dernière distinction a peu de valeur.
L'Agenais n'offre aucun exemple de fossé établi à la façon normande.
Quant aux donjons, celui du château de Madaillan donne sur les dehors, mais reproduit-il pour cela un type anglais? C'est une addition postérieure et l’emplacement de cette tour était imposé par la configuration du sol.
Le château de Mauvesin, du XIIIe siècle, décrit par M. l'abbé Alis (Notice sur le château, les anciens seigneurs et la paroisse de Mauvezin), a bien l’ordonnance des châteaux normands, au moins en ce qui touche le donjon.
Il est situé en Bazadais, pays d’occupation anglaise au XIIIe siècle.



Source: Georges Tholin, Notes sur la féodalité en Agenais, au milieu du XIIIe siècle, Revue de l'Agenais 1896/1899



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