VI



Personnel Féodal.



Les Rovignan. — Un Arnaud de Rovignan fut évêque d'Agen, de 1209 à 1228. Dès l'année 1259, les représentants de cette famille ont des possessions importantes à Astaffort, à Buzet, à Port-Sainte-Marie, à Miramont (sans doute celui d'Aiguillon). Les châteaux forts de Castelculier et de Galapian leur appartenaient en propre. Peu après, ils possédèrent quelque temps Tonneins. Au milieu du XIVe siècle, ils sont seigneurs de Moncaut, ils ont Sainte-Livrade, Fauguerolles, des terres à Castelnaud et à Saint-Pastour.
Cette famille a dû perdre son rang dans notre pays ou s'éteindre avant la fin du moyen âge.

Les Boville. — S’il est une famille défiant la sagacité des généalogistes, c’est bien celle-là, car les Boville se comptent par centaines dans les actes des XIIIe et XIVe siècles (1). Avec la similitude des prénoms répétés, la confusion est inévitable; nul moyen d’établir exactement la filiation, la division des branches. Les recherches de ce genre restent d’ailleurs tout à fait en dehors de notre programme et nous ne saurions dire — ce qui serait d’ailleurs fort intéressant à expliquer — comment un Boville s’allia à la maison d’Angleterre. Il est traité par le roi de consanguineus noster.
La famille de Boville doit être d'une origine fort ancienne. Elle avait donné, dans le cours du XIe siècle, deux évêques au diocèse d’Agen et, en 1227, un sénéchal à l’Agenais.
Avant la fin du XIIIe siècle, elle s’était étendue dans le Périgord et aussi dans le Bazadais, où ses possessions étaient considérables (2).
En Agenais, elle eut le Cayran, des biens à Virazeil, à Miramont. Au milieu du XIVe siècle, un Boville reçut d’Edouard III, roi d'Angleterre, Castelsagrat, Monjoi et la moitié de La-Sauvetat-de-Savères. Le château de Combebonnet passa aussi aux mains des Boville. Ainsi s'augmentaient leurs possessions dans les environs de Boville, d'où ils étaient vraisemblablement originaires. On remarquera toutefois que les domaines agenais de cette puissante famille furent instables, mal groupés et de peu d’étendue.

Les Goth.— Le mot de basse latinité gutta. signifiant flaque d’eau, ruisseau, a donné comme dérivé Goux, Golz, Goth, Got, God, Godde, Goute, Lagoute. Ces noms sont tellement répandus qu’on ne saurait à quelle localité attribuer sûrement l'origine de la famille de Goth qui, au XIIIe siècle, avait de nombreux représentants à la fois en Agenais et en Bazadais (3). L’élévation au pontificat de Bertrand de Goth, le célèbre Clément V (pape de 1305 à 1314), eut pour effet d’enrichir d’un seul coup toute sa famille, qui tenait déjà un bon rang. En effet, en 1305, son père Galhard de Goth était seigneur de Duras; un Arnaud de Goth avait été évêque d'Agen de 1271 à 1281, un Bertrand de Goth, évêque du même diocèse de 1291 à 1313.
Du milieu à la fin du XIIIe siècle, les Goth ont possédé dans I’Agenais partie du château de Goux, des terres à Port-Sainte-Marie et Saint-Sardos, le péage de Thouars, acheté pour 3,000 livres à Philippe de Lévis.
Dans le testament de Clément V, voici quelles sont les dispositions relatives à ses neveux et nièces qui presque tous s'étaient mariés dans l'Agenais.
A son neveu Bertrand de Goth, vicomte de Lomagne, 15,000 florins.
A son neveu Bertrand de Savignac, fils aîné d'autre Bertrand 6,000 florins. (Dans le codicille, 10,000 florins.)
Aux fils ainés nés ou à naître: d’Amalvin de Barès, époux de sa nièce Judic, 5,000 florins;
De Bernard de Durfort, époux de sa nièce Régine, 5.000 florins;
D’Anissans de Piis, époux de sa nièce Régine, 5.000 florins;
D'Etienne Ferréol, époux de sa nièce Mathe, 2,000 florins;
De Renaud de Bruniquel, époux de sa nièce Brayde, 5,000 florins;
De Guillaume de Boville, époux de sa nièce Béatrix, 2,000 florins;
De Vital de Gontaud, époux de sa nièce Congie, 1,500 florins.
Ces grosses sommes de florins provenaient, on en juge sans peine, beaucoup plus des biens de l’église que du patrimoine de Clément V. Aussi le testament fut-il attaqué par son successeur Jean XXII (4).
L'énumération des héritiers de Clément V, nous démontre que sa famille tombait en quenouille; ses descendants étaient nombreux mais le nom se perdait.

Les Caumont. — Cette famille est fort connue. Sa généalogie se trouve dans tous les grands ouvrages héraldiques.
D'après le P. Anselme, Calo, seigneur de Caumont, qui vivait au XIe siècle, aurait donné son nom à sa terre. Il est plus vraisemblable de supposer que ce fut l’inverse: Calo prit le nom de son domaine.
Au milieu du XIIIe siècle, le château de Caumont se composait principalement d’une motte féodale, ce qui est un signe de grande ancienneté.
Dans le cours du XIIIe siècle, les Caumont possédaient Caumont, Sainte-Bazeille, les châteaux de Verteuil, de Cancon, partie du château de Monteton, de Betmont. Ils avaient des domaines à Monheurt, Moncassin, Clermont, Puymiclan, Monbahus. Sainte-Livrade, Lauzun, Samazan, Montpouillan, Bouglon, Goux.
Sous Philippe de-Valois, Guillaume Raymond reçut les baylies de Gontaud, de Monheurt et de Villefranche. Il avait des biens à Taillebourg. Les rois d’Angleterre conservèrent aux Caumont une partie de ces domaines; ils y ajoutèrent même, vers l’an 1400, Laparade, Damazan. le Cayran, Castelamourous, Samazan. Sous François Ier, Tonneins fut quelque temps aux mains des Caumont.
Il semble que cette famille ait eu particulièrement à souffrir de l’agrandissement des d'Albret. Elle eut de larges compensations, ayant acquis nombre de seigneuries en dehors de l’Agenais; elle devait se maintenir dans les plus hautes situations jusques à la période révolutionnaire (5).

Les Piis. — Cette famille, qui parait des plus anciennes, figure au premier rang dans le cours du XIIIe siècle, situation qu’elle ne devait pas maintenir. Ses possessions étaient éparses; elles comprenaient les châteaux de Taillebourg, de Birac, de Verteuil, sur la rive droite de la Garonne, ceux de Moncrabeau, de Nazareth, de Fieux, de Calignac, de Buzet (une moitié), de Moncassin (une moitié), et en outre des terres à Fourcès, Fréchou, Lagruère.
Neuf châteaux forts c'est plus que les d'Albret n’en possédaient dans l'Agenais à cette époque. Les Piis sont au nombre des barons auxquels devait coûter cher le voisinage des d'Albret. Ils avaient, dès l'année 1286, un point de contact dangereux: les uns et les autres s'attribuaient le château de Nazareth. Nous avons vu qu’un Piis avait épousé une nièce de Bertrand de Goth.
Nous n'avons pas de notes qui nous permettent de suivre cette famille jusques à la fin du moyen âge.

Les Marmande. — Marmande étant une juridiction comtale, puis royale, n'eut pas d’autres seigneurs que les comtes et les rois. Une famille a porté son nom, ce qui révèle simplement son origine.
Les Marmande ont possédé, au XIIIe siècle, le château d'Escassefort, partie de celui de Virazeilh et Longueville. Leurs domaines formaient un quart de cercle autour de Marmande.
Pierre de Marmande fut sénéchal pour le roi d’Angleterre, de 1316 à 1323.

Les Casanove. — Casanova a donné dans nos pays les formes Casanove, Cazanobe ou Caseneuve. C'est arbitrairement que nous traduisons Casanove. En 1259. cette famille était riche, à en juger par l'énumération de ses domaines sis à Monheurt, à Labarthe, à Castelnau-des-Loubières, à Sainte-Marse, à Castelmoron, à Laperche, à Monclar.
Othon de Casanove fut sénéchal d'Agenais pour le roi d’Angleterre, de 1303 à 1305.

Les Savignac — Le château érigé sur la terre qui a donné son nom à celte famille a été souvent cité; il doit faire prochainement l'objet d'une élude plus complète qui paraîtra dans cette revue.
Les Savignac étaient fort riches au XIIIe siècle; leurs domaines étaient dispersés à Agen, Castelculier, Casseneuil, Aiguillon, Penne, Buzet.
Des alliances avec les Goth les fortifièrent. Clément V parait avoir fréquenté le château de Savignac et avoir eu pour ces parents une affection particulière. Il restera à chercher comment finit cette famille.
Les consuls d’Agen avaient noté et conservé avec soin deux contrats aux termes desquels un Savignac et un Durfort avaient sollicité et obtenu des lettres de bourgeoisie (6).
Tous deux de famille féodale, tous deux voisins de la juridiction d’Agen, ils s'étaient engagés à respecter les droits de la commune à laquelle ils s’étaient liés volontairement.
Les Durfort violèrent ces engagements, ce qui provoqua guerre et conflits; les Savignac, au contraire, paraissent avoir toujours vécu en bonne intelligence avec les Agenais.

Les Prayssas. — Ils tenaient le château de ce nom et celui de Clermont-Dessous. Ils avaient des biens à Aiguillon, Miramont, Port-Sainte-Marie, Bazens, Goux, Floirac, Lusignan. Ce fut sans doute le dangereux voisinage des Montpezat qui amena la décadence des Prayssas.

Les Saubiac. — Les renseignements sur la disparition de celle famille me font défaut. Elle ne possédait peut-être pas de château an XIIIe siecle. mais de nombreux fiefs ou domaines à Fourcès, Sainte-Marthe. prés le Mas et Caumont. à Taillebourg, dons le Cayran, etc. Pour se maintenir, au moyen âge, il ne suffisait pas d'être riche, il fallait être fort.

Les Fumel. — Ancienne famille qui a eu la rare fortune de survivre aux crises du moyen âge et de conserver sa situation jusques en 1789, toutefois sans l’avoir notablement améliorée.
Ses représentants au XIIIe siècle possédaient le château neuf de Monségur et celui de Najejouls; de Fumel, leur centre, ils rayonnaient aussi â Cuzorn, Saint-Front, Pestillac.
Vers la fin du XVIe siècle, les seigneuries de Pauliac et de Montagnac-sur-Lède leur appartenaient. Une branche de cette famille s’était implantée à Montaigut.
La généalogie des Fumel a été publiée dans le tome Ier du Nobiliaire de Guienne et de Gascogne.

Les Galard. — Leurs domaines agenais furent peu considérables. Ils ont possédé l’hospice de Galard près de Nomdieu, une partie d'Espiens et, vers la fin du moyen âge, Aubiac.
Plusieurs membres de cette famille eurent des emplois importants : ainsi, au XIVe siècle, il y eut deux Galard, évêques de Condom. un autre évêque d'Agen,. un autre grand maître des arbalétriers. Sous Louis XI, un Galard fut chambellan.
Un grand ouvrage a été consacré h la famille de Galard (7).

Les Lusignan. — Je n'aurais même pas mentionné les seigneurs de Lusignan dans cette revue des grandes familles féodales de l'Agenais au moyen âge, si une prétendue famille de Lusignan n'avait pas été l'objet de plusieurs études tendant à démontrer qu'elle se rattachait aux fameux Lusignan de Poitou (8).
On a pu constater que, dans ces quelques aperçus sur la féodalité, je n'ai point fait ni répété de généalogie, Je regrette de n’avoir à citer par exception des travaux généalogiques que pour en faire la critique et en rejeter les conclusions. Il le fallait, en raison de la juste notoriété qui s'attache au nom de Samazeuilh et à celui de notre confrère si regretté, si plein de courtoisie, M. Jules de Bourrousse de Laffore. On aurait pu me reprocher de me dérober si je n'avais pas consacré quelques pages aux Lusignan.
Les dérivés du nom de lieu gallo-romain Liciniacum (la propriété de Licinius) sont assez nombreux en France (9). Nous avons, en Agenais, Lusignan le-Grand et Lusignan-Petit, deux localités rapprochées l'une de l'autre. Le premier fut un fief pourvu d’un château fort.
Tous ses possesseurs ont eu le droit de s'appeler Lusignan.
Une autre localité agenaise dont le nom semble — pour l'œil seulement — avoir la même origine, mais qui ne dérive vraisemblablement pas de Liciniacum (i ne pouvant donner au) (10), est Lausseignan, ancienne paroisse englobant Barbaste, qui fut aussi un fief.
Or, dans l’énumération des Lausseignan et des Lusignan de l'Agenais au moyeu âge. M. de Bourrousse de Laffore n'a pu établir ni filiation suivie, ni parenté et. encore moins montrer le prétendu point de soudure entre l'un quelconque de ces divers Lausseignan et Lusignan et la grande famille du Poitou.
Il faut d'abord considérer comme très distincts les seigneurs de Lusignan-le-Grand et ceux de Lausseignan, appelés Laussignan, Lausenhan. Les actes dans lesquels ces derniers sont mentionnés se rapportent à des terres voisines de Lausseignan-Barbaste et à des possessions en Armagnac et en Bazadais.
Lusignan-le-Grand parait avoir appartenu à diverses familles, entre autres à des Rovignan et à des Boville, dans la seconde moitié du XIIIe siècle, à des Montpezat, du XIII au XVIe siècle.
Au commencement du XVIe siècle, il appartenait à une famille Dantré ou Dantrev, qui prit, comme elle en avait le droit, le nom du fief et fut la souche des Lusignan tombés en quenouille dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Les Dantré n'affichèrent nullement la prétention de descendre d'une ancienne famille féodale et encore moins des rois de Jérusalem. Sous le règne de Louis XIV, deux des membres de cette famille firent dresser et signèrent un arbre généalogique dans lequel figure comme premier auteur Jean de Lusignan, cité dans un hommage de 1539. Ils auraient pu remonter à une génération de plus, grâce à divers actes notariés, de 1500 à 1511 qui fournissent le véritable nom de famille. Ces actes sont passés par Ogier Dantré ou Dantrey, seigneur de Lusignan et coseignenr de Lestelle près Tournon, père de Jean de Lusignan(11).

Voici la généalogie dressée par les Lusignan :

« Généalogie de messires Pierre de Lusignan,seigneur baron de Galapian, et messire Arman de Lusignan, seigneur marquis dudit lieu et autres places, oncle et nepveu:

I. Hommage rendu au roy François Premier par noble Jean de Lusignan, baron dudit lieu, Galapian et Clermont, lequel estoit père dudit Henri. (Preuve par l’homage du I6eme mars 1539.)

II. Messire Henri de Lusignan, baron dudit lieu, est filz de feu messire Jean de Lusignan. (Preuve par contract de mariage du 1er décembre 1565.)

III. Messire François de Lusignan, marquis dudit lieu, est filz de feu messire Henry de Lusignan, seigneur baron dudit lieu. (Preuve par contracts de mariages des (sic) 15eme juilhet 1594.)

IV. Messire François de Lusignan, père dudit messire Arman, est filz d’autre feu messire François de Lusignan, seigneur marquis dudit lieu. (Preuve par contract de mariage du 28eme may 1621).

V. Messire Pierre de Lusignan est fils de feu messire François de Lusignan et ledit messire Arman, filz d'autre messire François de Lusignan. (Preuve par contract de transaction du 16eme février 1658.)

A gauche de l'arbre généalogique, les signatures de messires Pierre et Armand de Lusignan: Galapian, Lusignan.

A droite les armoiries des Lusignan, Montpezat, etc., en couleur. Une Mélusine, en cimier, au-dessus d'une couronne de marquis (Fonds de Xaintrailles. n, 22).

L’adaptation à leur écu des armes des Lusignan du Poitou et de la célèbre Mélusine a paru à nos auteurs agenais une preuve décisive en faveur de l’origine poitevine des Lusignan d’Agenais; mais ils ont cependant connu une alliance entre ces derniers et les Saint-Gelais, de la souche de Poitou, qui explique fort bien cette adaptation. D'autre part, comme les exemples d'armoiries qu'ils citent ne sont pas antérieurs à cette alliance, l’argument tiré de la communauté d'armes, aux fins de prouver une parenté, une filiation tombe de lui-même.
Les Dantré de Lusignan ont eu d’assez grandes situations au XVIe siècle. Jean fut lieutenant du sénéchal et son fils Henri, un favori de Henri IV, exerça des charges importantes (12). M. de Laffore en conclut que si les barons de grande famille ont accepté de servir sous leurs ordres c’est qu'ils n'étaient point de faux Lusignan, c'est qu'ils descendaient bien des Lusignan du Poitou.
Il y a là, croyons-nous, une confusion. Il faut se garder d’appliquer à la vraie féodalité les conceptions modernes que l’on s’est faites sur la noblesse. Jadis les barons ne tiraient pas entre eux à la plus longue paille, comme on a commencé à le faire au XVIIe siècle. Ils acceptaient des chefs sans leur demander la liste de leurs ancêtres remontant aux Croisades. C'est la puissance effective, actuelle d’une famille et même d’un individu et non les vieux parchemins qui donne l’autorité. De plus on s’inclinait devant les commissions royales et, fut-il un parvenu, Jean Dantré de Lusignan, comme lieutenant de sénéchal, pouvait commander à des Durfort. à des Montpezat, aux seigneurs les plus puissants et des plus anciennes souches.
Revenons à la question des armes. Celles des Saint-Gelais, issus des Lusignan du Poitou, se trouvent isolées, sur une clé de voûte en étoile, dans un croisillon du transept surajouté à l’église romane de Lusignan-le-Grand. C’est le plus ancien exemple connu mais non daté. Comme dans notre pays on a construit des voûtes eu étoile pendant tout le XVIe siècle, on doit attribuer à Madeleine de Saint-Gelais la construction de ce croisillon formant chapelle.
Les autres exemples (château de Xaintrailles, litre de l’église de Saint-Hilaire, arbre généalogique des Lusignan), sont des XVIIe et XVIIIe siecles. Ces divers écussons, à peu près pareils, sont écartelés; on y voit naturellement les armes des Saint-Gelais, celles des Montpezat, en raison des alliances contractées avec ces familles, et parmi celles qui n’ont pas été déterminées figurent certainement celles des Dantré.
Concluons : Une ancienne famille de Lausseignan eut une assez grande situation féodale dans la baylie agenaise d’Outre-Garonne. Elle n’a rien de commun avec les seigneurs de Lusignan-le-Grand. Entre eux tout diffère : le nom, les résidences, les domaines.
Dans le cours du moyen âge, il n’v eut pas de famille agenaise de Lusignan à filiation suivie; le fief de Lusignan-Le-Grand a passé aux mains de diverses familles, parmi lesquelles les Rovignan. les Boville, les Montpezat, qui, toutes, ont pu légitimement porter le nom de Lusignan. Aucune de ces familles ne se rattache aux Lusignan du Poitou.
A partir du règne de Louis XII jusques dans le dernier quart du XVIIe siècle, les Dantré furent seigneurs de Lusignan. Sous le régne de Henri IV, une alliance avec les Saint-Gelais leur donna le droit d’ajouter à leurs armes celles de Lusignan du Poitou. Ceci, avec l’homonymie, a causé une confusion sur les origines qui ne se fut pas produite si nos annalistes avaient pu consulter le fonds de Xaintrailles tout entier.

Les Madaillan. — Encore une des rares familles féodales qui devaient survivre jusques à notre époque. Sa généalogie est fort embrouillée et fait, en ce moment, l'objet d'une étude qui sera sans doute définitive. M. Campagne ne nous en a donné qu’un fragment dans cette revue (13). Il aura à suivre les Madaillan bien au-delà de l’Agenais, dans le Bordelais et dans l'Ile-de-France, où ils tinrent un rang élevé.

Les Filartigue. — Ils possédaient, au XIIIe siècle, l'importante châtellenie de Poudenas, des biens à Andiran, partie du château de Lisse, la moitié des châteaux de Réaup et de Villeton.

Les Sainte-Marse.— Ils possédaient des fiefs et des terres dans le Quevran, à Hautevignes, Tonneins, Grateloup, Gontaud, Le Mas.

Les hommages du XIIIe siècle fournissent en outre la mention d'une centaine de barons et de chevaliers dont les possessions étaient de peu d’importance et dont les familles ont pour la plupart disparu de la scène, soit par extinction, soit par appauvrissement, avant la fin du moyen âge, Leurs noms se rattachent pourtant à l'histoire de nos communes et devront être cités dans les études spéciales. On pouvait les omettre dans une revue, passée en quelques pages, de la féodalité en Agenais.
La présente étude est d'ailleurs d'une insuffisance qu’il faut avouer une fois de plus. Le futur historien de l’Agenais devra forcément broder sur ce canevas dont j'ai donné la chaîne et la trame brutes.
La féodalité proprement dite finit avec le moyen âge. Elle transmet ses titres de rentes foncières et ses droits de justice à des générations qui constituent la noblesse. La noblesse peut vivre bourgeoisement; ses obligations militaires s’atténuent, ses domaines sont limités; si elle s'élève, c’est par la faveur du souverain.
On classe les seigneuries, on leur donne des titres. Le domaine d'Albret devient duché; trois baronnies agenaises forment le duché d’Aiguillon.
Au XVIIIe siècle, on surenchérit sur ces distinctions inusitées chez nous durant la période féodale: une trentaine de vieux fiefs agenais sont érigés en autant de comtés et de marquisats. Titres pompeux et déjà fictifs!
Parmi nos anciennes familles, les Durfort et les Caumont, tout en conservant leurs possessions, s'étendent beaucoup au dehors et, liés à la Cour, résident peu dans leur pays d’origine. De grandes familles étrangères s’implantent en Agenais et gardent temporairement ou pendant deux siècles les riches successions de familles féodales éteintes: ainsi les Bouillon, les Villars, les Mayenne, les Vignerod, les Montferrand. etc.
Le mérite personnel tire encore de l'obscurité quelques représentants de familles moindres ou de souches cadettes, C’est à grands coups d’épée que Monluc gagne des commandements et le bâton de maréchal de France. La faveur de Henri IV élève Lusignan et pas très haut. Issu de la bourgeoisie agenaise, d'Estrades occupe de hautes situations au XVIIe siècle. Les d’Esparbés de Lussan, qui devaient compter deux maréchaux de France, exercent de père en fils, pendant un siècle, la charge bien réduite de sénéchal d'Agenais.
La noblesse agenaise a produit peu d’hommes marquants au siècle dernier. Son personnel avait du reste singulièrement changé depuis la fin du moyen âge. Il suffirait pour s'en convaincre de dresser une liste des barons cités dans les actes du XIIIe au XVe siècle et de la rapprocher d’un état de la noblesse de l'Agenais dressé en 1717 (14).



(1) Le v et le n étant écrit de la même façon dans les chartes, on trouve souvent dans les documents du moyen âge qui ont été publiés par Rymer, Thomas Carte, etc., et des auteurs corrtemporains la forme Bonisvilla qui paraît défectueuse pour Bovisvilla.

(2) Voir: Archives historiques de la Gironde, t. V, p. 265, 288, 298, etc.

(3) Les hommages de 1259 fournissent cependant quelques indications qui font présumer que cette famille était bien originaire de l’Agenais. A celte époque, Bertrand de Gotz possédait en partie (l’autre coseigneur était Guillaume de Monlmirat) le château de Gotz (aujourd’hui Goux) près d’Aiguillon. Dans la revue que nous avons faite des châteaux de l’Agenais, nous avons signalé ce château, composé d'une tour sur une motte féodale, comme étant d'une origine très ancienne, ainsi que l'ont démontré les fouilles exécutées par M. l'abbé Alis.

(4) Pour le testament de Clément V et les difficultés auxquelles son exécution donna lieu voir : Archives historiques de la Gironde, t. XXIX. — Un mémoire du P. Ehrle dans Archiv für litteratur und Kirchengeschichte et tirage îi part. — Archives historiques de la Gascogne, 2e série, 2e fasc.
Documents pontificaux sur la Gascogne, par l'abbé Louis Guérard, etc.

(5) Ces notes sommaires sont tirées des hommages du XIIIe siècle, du P. Anselme, des Rolles gascons de Th. Carte, des Archives historiques de la Gironde, passim, etc. L'historien de Sainte-Bazeille, M. l’abbé Alis, qui a eu déjà à étudier les Caumont, vient d’ajouter, en publiant l’histoire de Caumont, une grosse somme de renseignements à tout ce qui à été dit sur une de nos plus grandes familles féodales.

(6) Jurades d’Agen, pp. 253, 254.

(7) Documents historiques sur la maison de Galard, par J. Noulens, Paris, Claye, 1871-1876, 4 vol. in-8°.

(8) Dubernet de Boscq. — Lusignan-Grand. Notice historique, Agen, imp. Noubel, 1867, in-8°, de 87 pp. — Complément à la notice historique sur les Lusignan d'Agenais et du Poitou, Agen, imp. Noubel, 1868, in 8°, de 15 pp.
Samazeuilh. — De la communauté d’origine des Lusignan d’Agenais et des Lusignan du Poitou, Villeneuve sur Lot, imp. Duteis, 1868, in-8° de 23 pp.
Jules de Bourrousse de Laffore. — Les Lusignan du Poitou et de l’Agenais, Agen, imp. veuve Lamy, 1882, in-8° de 88 pp.

(9) Parmi les communes de France, quatre portent le nom de Lusignan; trois, celui de Lusigny; trois, celui de Lézignan; une celui de Lésigné; une, celui de Lésigneux.
Je prie les lecteurs qui ne seraient pas rompus avec les variantes des finales dérivant du suffixe iacum de se rapporter à ce que j'en ai dit (Revue, 1896, p. 145), ou mieux de consulter l’ouvrage d’un maître: De la formation des anciens noms de lieu, par Jules Quicherat, Paris, Franck, 1867, p. 34.
Dans le saisimentum de 1271, le château de Lusignan-Le-Grand est désigné sous le nom de villa de Lesinhaco.

(10) Nous avons vu dans les divers dérivés de Liciniacum l’i tranformé en e et en u. La transformation de l'i en au, bien anormale, aurait-elle pu cependant se produire exceptionnellement par l’intermédiaire de l'u? En Agenais Bajuli Mons a bien donné Bajamont après les formes de transition Boujoulmont, Bajolmont Bajaumont.
Il est vrai que le cas n’est pas identique, au dérivant de ul, ol dans Bajamont et non de u simple. La forme actuelle Lausseignan, par l’intermédiaire Lausignan, fixée dès le XIIIe siècle, apparaît en somme comme fort différente de la forme Lusignan. Cette anomalie n’a pas échappé à M. de Laffore, qui, malgré tout, a conclu à l’identité ou communauté des familles Lausseignan et Lusignan. Il en donne pour preuve (pp. 12 et 15), d’après M. Denis de Thézan, qu’un membre de la famille. Lausignan (de Lausseignan) disposait du moulin de Bapaume en 1242 et que 543 ans plus tard (en 1785) ce même moulin appartenait à un Lusignan (de Lusignan-Le-Grand). Malheureusement la coïncidence est purement fortuite. Il serait difficile de savoir tout ce qu’il advint du moulin de Bapaume dans cet intervalle de cinq siècles et demi. Un acte du 3 juillet 1458 du fonds de Xaintrailles (n, 23) prouve seulement qu’à cette époque le moulin de Bapaume était la propriété du fameux maréchal Poton, dont les Lusignan (de Lusignan-Le-Grand) avaient hérité médiatement.
Cela suffit. Les Lausseignan n’ont pas été les ayants droit des Lusignan en ce qui concerne le moulin de Bapaume. L’argument unique pour rapprocher les deux familles reste donc sans valeur.

(11) Archives départementales, fonds de Xaintrailles, II. 10; fonds de Tournon, II 3. Quelques actes du fonds de Xaintrailles donnent encore à Jean de Lusignan, fils d'Ogier, son nom de famille Dantré, que ses descendants ne portent plus. Un ancien inventaire d'actes notariés de Montaigut fait mention d’un Bénédict Dantré, coseigneur de Lestelle qui vivait peut-être avant Ogier.

(12) Henri de Lusignan, fils de Jean, cessa de s'appeler Dantré sur les actes.
Il passa contrat de mariage le 1er décembre 1566 avec Madeleine Isalguier, fille de Bertrand, écuyer, seigneur de Clermont, dont la dot était de 20,000 livres. Madeleine était probablement une nièce de Monluc. La signature du maréchal, qui, au cours des guerres, eut quelquefois Lusignan pour adversaire, était apposée, avec celle de Fontenilles, sur la minute du contrat, passé en Quercy.
Cet Henri de Lusignan, nommé par le roi de Navarre capitaine de cinquante hommes d'armes et gouverneur de Puymirol, riche de l’héritage de sa femme, épousa en secondes noces Madeleine de Saint-Gelais, veuve de Louis de Nauchèzes, chambellan du roi. (Fonds de Xaintrailles, II. 12.) Par une singularité bien rare, ce contrat de mariage fut passé le 15 juillet 1594, en même temps que le contrat de mariage de François de Lusignan, fils dudit Henri, avec Marguerite de Nauchèzes, fille dudit feu Louis. Deux générations de deux familles s’unissaient le même jour, et, le même jour, Marguerite de Neuchèzes devenait deux fois la belle-fille de Henri de Lusignan. Cet acte a été cité, d'après des notes, par M. de Laffore (p. 41).

(13) 1896, p. 366.

(13) Cet état a été publié par M. Jules de Bourrousse de Laffore, dans la Revue, de 1885 à 1888.



Source: Georges Tholin, Notes sur la féodalité en Agenais, au milieu du XIIIe siècle, Revue de l'Agenais 1896/1899



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