Jean-Baptiste Durand

Jean-Baptiste Durand

Ancien sénateur de la IIIe République

1843-1902

Sénateur de Lot-et-Garonne de 1888 à 1897

Membre du Sénat, né à Moirax (Lot-et-Garonne) le 22 décembre 1843, était maire d'Agen et conseiller général du département, lorsqu'il fut élu, le 5 janvier 1888, comme candidat républicain, sénateur du Lot-et-Garonne, par 373 voix sur 728 votants, contre 306 voix à M. Dollfus, conservateur. Il prit place à gauche et vota pour la politique ministérielle; en dernier lieu, il s'est abstenu sur le rétablissement du scrutin d'arrondissement (13 février 1889), et s'est prononcé pour la proposition Lisbonne restrictive de la liberté de la presse et pour la procédure à suivre devant le Sénat pour juger les attentats contre la sûreté de l'Etat (affaire du général Boulanger).

Extrait du « Dictionnaire des Parlementaires français », Robert et Cougny (1889)



Membre de diverses Commissions spéciales, il fut nommé rapporteur du projet de loi tendant à autoriser la commune de Blida (département d'Alger) à convertir un emprunt de 1.133.261 francs (1895), de deux projets de loi tendant : le premier, à autoriser la ville de Biarritz à emprunter une somme de 160.800 francs, le deuxième à autoriser le département de la Savoie à s'imposer extraordinairement pour les dépenses des aliénés et des enfants assistés (1897).
Il ne se représenta pas au renouvellement du 3 janvier 1897.
Il mourut prématurément cinq ans plus tard, à Agen, le 25 décembre 1902, à l'âge de 59 ans.
Il était Chevalier de la Légion d'honneur.

Extrait du « Dictionnaire des Parlementaires français », Jean Jolly (1960/1977)


    Medaille Medaille

Jean-Baptiste Durand

Visite du président Carnot à Agen

Source: Tableau par Henri Martin. Photo: Archives départementales de Lot-et-Garonne



Avis de Décès de Jean-Baptiste Durand


LOT-ET-GARONNE
Arrondissement d'Agen
AGEN
M. J.-B. DURAND. — M. Durand est mort et l'histoire impartiale à laquelle il appartient désormais a le droit et le devoir de juger son œuvre qui a été considérable au point de vue purement local.
La vie politique de M. Durand commença en janvier 1880. Comme on le voit, c'est de l’histoire récente et que les hommes de notre génération ont vécue. Bien qu’il eut toujours, jusque-là, passé pour bonapartiste, M. Durand entra cependant au conseil municipal d’Agen comme républicain radical à la faveur d’une élection complémentaire.
Le 5 février suivant — on n’était pas encore sous le régime de la nouvelle loi municipale — il était nommé par décret maire, avec MM. Forgues et Rabia comme adjoints. Son premier acte fut l’épuration du personnel réactionnaire de la mairie, besogne nécessaire et urgente, devant laquelle avait reculé son prédécesseur démissionnaire, M. Jouitou, notre maire actuel.
Il n’occupa la mairie que huit ans et demi, jusqu’au 6 octobre 1888, mais jamais, à aucune époque, municipalité ne fit en si peu de temps tant et de si grandes choses. La situation financière était d’ailleurs excellente, il faut le reconnaître, et bien meilleure qu’elle ne le sera de longtemps. Elle permettait toutes les audaces.
M. Durand les eut.
Succédant à des maires craintifs et timorés, il eut le rare mérite d’oser et la fortune favorisa l’audacieux qui s’imposa du premier coup, devint rapidement fort populaire et put réaliser les projets grandioses qu’il avait conçus. Notre ville présenta bientôt l’aspect d’un immense chantier. Partout des constructions nouvelles s'édifièrent; les vieilles rues étroites et sales, où l’air et la lumière n’avaient jamais pénétré, furent brutalement éventrées, les baraques moyenâgeuses s'abattirent, les pans de bois démolis furent remplacés par des maçonneries superbes; des monuments considérables s'élevèrent et la vieille ville disparut pour faire place à une cité moderne qui, si elle ne fait pas encore l'admiration de ses visiteurs, n’a du moins rien à envier à celles de la région auxquelles son importance permet de la comparer.
Parmi les embellissements dont Agen est redevable à M Durand, nous citerons notammant; la construction du marché couvert bâti sur l'emplacement de l'ancienne halle aux grains, qui avait été elle-même édifiée en partie sur les ruines de la cathédrale Saint-Etienne ; l’ouverture du boulevard de la République qui, traversant la ville de l’Ouest à l’Est, rectifia la route nationale et dont le percement fut facilité par une subvention de l’Etat de 1.200.000 Francs; l’édification de l’école de la place du Quatorze-Juillet, de l’école pratique actuelle de la rue Lakanal, de l’école laïque du boulevard Scaliger; l’acquisition de l’immeuble où est actuellement l’école Jasmin; le dégagement du quartier de Jacquetot, par l'ouverture du chemin 105; l'asile d’aliénés de Pulet, grâce aux sommes importantes léguées à l'hospice par M. Lasmezas; le ravalement de la façade de l'ancien lycée qui, bien que construit depuis trente ans, paraissait inachevé; l’ouvertûre de la rue du Musée et la reconstruction de la façade de ce monument; le nouveau lycée Bernard-Palissy, pour lequel il obtint encore de l'Etat une subvention de 1.200.000 francs, etc.
Certes, toutes ces entreprises ne furent pas également heureuses et cette dernière surtout pèse encore et pèsera longtemps sur nos finances communales; mai, quoi qu’il en soit, par elles s’est affirmée l’activité de M. Durand et par elles aussi se perpétuera sa mémoire.
Il ne se préoccupait pas, d'ailleurs, que de construire, et les beaux-arts trouvèrent en lui, sinon un Mécène éclairé, du moins un protecteur influent. C’est à M. Durand, en effet, que la ville d’Agen doit les premiers embellissements du Musée, l’érection de la statue de la République, œuvre du sculpteur agenais Fumadelles, qui se dresse sur la place du Quatorze-Juillet, l’acquisition du superbe tableau commémoratif d’Henri Martin, qui orne la salle du conseil municipal à la mairie et la commande des tableaux de Calbet qui l’entourent.
Dans une ville où l’élément ouvrier abonde, on comprend que tout cela devait assurer à M. Durand une très grande popularité. Elle ne lui fit pas défaut. Bien que fort médiocre orateur et malgré la campagne acharnée que menèrent contre lui ses adversaires, il fut, en effet, élu en 1882, conseiller général du deuxième canton d’Agen et réélu maire en 1884 et en 1888. Il échoua cependant seul des cinq candidats républicains, aux élections législatives de 1885 au scrutin de liste, mais le suffrage restreint lui donna bientôt sa revanche et il fut élu sénateur en remplacement de M. Pons. décédé le 5 janvier 1888.
En 1886, à l’occasion de la pose de la première pierre du lycée, il avait été fait par Carnot, chevalier de la Légion d’honneur.
Il démissionna de la mairie, le 6 octobre 1888 et, dès lors, son astre pâlit à tel point que à l’expiration do son mandat, le 3 janvier 1897, il recueillit péniblement 27 voix sur près de 700 électeurs. Il est vrai de dire que M. Durand n’avait plus rien alors du maire de 1880 qui avait supprimé les processions et menacé l'évêque de le faire arrêter s’il osait enfreindre sa défense, ni du conseiller général de 1882 qui, dès son entrée à l’assemblée départementale, avait déposé les vœux nombreux et violemment anticléricaux qui l'avaient rendu légendaire.
Au Sénat, où son rôle avait été nul, son radicalisme d’antan s’était décoloré, son anticléricalisme s’était calmé, son activité s’était éteinte et il se représenta devant le collège sénatorial sans pouvoir revendiquer la moindre part de l'œuvre législative à l’exception de nombreux votes en opposition absolue avec ses anciens programmes.
C’était insuffisant pour assurer sa réélection et on le lui dit de façon péremptoire.
Cet échec lamentable fit comprendra à M. Durand que sa vie publique était terminée et il eut le bon sens de prendre définitivement sa retraite. D'ailleurs, d'épouvantables malheurs domestiques avaient fondu sur lui, qui avaient brisé les ressorts de son énergie et de sa volonté et il est mort à peu près oublié de tous.
Nous avons pensé qu'il appartenait à l'un de ceux qui l'ont le plus ardemment combattu et peuvent revendiquer une large part de sa dernière défaite de rendre à la mémoire de M. Durand le légitime hommage qu'elle mérite. C’est pourquoi nous avons retracé de la façon la plus impartiale sa vie publique et dit l’influence considérable qu’il exerça sur le développement de notre chère cité.
Son œuvre peut être discutée, mais elle existe et nul ne nous contredira si nous affirmons que M. Durand a tenu une très large place dans notre histoire locale. A ce titre, nous nous inclinons respectueusement devant sa tombe prématurément ouverte et prions encore une fois son fils d’agréer l'expression bien sincère de nos plus vives condoléances. — E. B.


Source: Journal, Agen, 1903. Archives départementales de Lot-et-Garonne