La Tour de la Grande Horloge

Souvenirs du Vieil Agen

Avec le beffroi de l’hôtel de ville et les ruines si pittoresques de Saint-Etienne, la tour de la Grande Horloge était encore, autour de 1830, l’un des monuments les plus curieux du vieil Agen.

La tour de la Grande Horloge, ainsi dénommée parce que, depuis la fin du XVe siècle, une horloge avait été apposée sur sa face orientale regardant l’intérieur de la ville, était située dans l’axe et vers le milieu de la rue qui porte encore ce nom et qui fait communiquer la place du grand marché avec le quartier Saint-Hilaire. Elle occupait toute la largeur de cette rue et s’appuyait, du côté sud sur la maison Andrieu, aujourd’hui maison Rival, du côté nord sur la maison du Trille, plus tard de Laubarède, actuellement l’hôtel de Montesquiou. Il nous serait impossible de la décrire, si un croquis, dessiné au moment où sa démolition fut décidée par notre oncle M. Vincent Amblard, demeurant à côté, et possédé aujourd’hui par son petit neveu M. Paul Amblard, qui a bien voulu nous autoriser à le reproduire, ce dont nous tenons à le remercier ici, ne nous permettait de la faire connaitre à nos lecteurs. C’est le seul dessin original que nous connaissions de cette tour, et qui, croyons-nous, ait jamais été fait.

On la retrouve bien, il est vrai, dans la vue générale d’Agen en 1648, prise du faubourg du Passage. Mais, outre qu’elle y apparait fort enserrée entre les autres tours de la ville et et qu’elle ne présente que sa face extérieure, ses dimensions sont tellement exigues et son couronnement si fort empaté qu’il est fort difficile d’en saisir les détails.

Le dessin de Vincent Amblard au contraire, très clair, très précis, et, ainsi que nous avons pu le contrôler, d’une rigoureuse exactitude, nous fait bien comprendre comment au-dessus de la vieille porte romane, ou peut-être même romaine, fut dressée plus tard la tour du moyen-âge et quelles étaient ses principales dispositions.

La tour de la Grande Horloge était en effet une porte de ville et l’une des plus anciennes de la cité d’Agen. Elle faisait partie de la première enceinte, celle qui s’élèva tout de suite après la destruction de la ville romaine par les barbares, et qui était circonscrite, de ce côté ouest par la tour et porte de Bézat ou du pont d’Angoyne à l’angle sud, les remparts qui longeaient la rue actuelle de la Reine, la porte et tour de la Grande Horloge, enfin la suite des remparts jusqu’à la porte et tour de la Croix au tournant nord-ouest (1). Comme la plupart des murailles de cette époque, elle était construite, depuis ses fondements jusqu’à son premier étage, en petit appareil cubique. M. A. Magen l’affirme pour l’avoir vue ainsi pendant toute son enfance. Il ne fait du reste que confirmer le passage suivant d’Argenton et de Labrunie :

« On n’a qu’à jeter les yeux sur les cloitres des églises cathédrale et collégiale, sur une chapelle où l’on renfermait autrefois les reliques, sur le clocher de Saint-Hilaire, sur le sanctuaire de l’église Saint Antoine, on y reconnaîtra facilement les matériaux de l’ancien Aginnum. Ils ont absolument la même forme que les débris que l’on voyait à la Porte-Neuve, lorsque l’auteur écrivait ceci. Presque tout l’hopital Saint-Jacques, avant sa réédification, en était composé. On ne voyait autre chose dans le mur qui terminait la cathédrale du côté de la rue des Embans. Ce mur fut bâti au XIIe siècle. La façade du palais épiscopal, qui, avant sa chute en 1773, était adossée à la cathédrale, contenait une quantité prodigieuse de ces pierres. On en voit au moulin de Cajar et dans une infinité de maisons anciennes de la ville, où les antiquaires les reconnaîtront sans peine.

(1) Voir notre étude sur Les Enceintes successives de la ville d’Ayen. (Revue de l’Agenais, t. XXI, et tir. à part 1894, avec la reproduction du plan de Lomet).

« Quelques uns de ces morceaux de comparaison ont déjà disparu par suite de la Révolution, depuis l’époque où M. Argenton écrivait ceci : mais je puis assurer le lecteur qu’il peut ici en croire à la parole de mon honorable maître et ami. Remarquons en passant qu’on ne trouve ces matériaux que dans les maisons situées dans la première enceinte de la ville, ou, hors de cette enceinte, dans les églises. »

Et M. Magen d’ajouter en note :

« La plupart des indications fournies dans ce paragraphe, relativement à l’existence, dans notre ville, de murs ou de matériaux romains, peuvent encore être contrôlées (1857). Le mur de clôture des maisons dont la façade se développe autour de la Halle, de la rue de la Vieille Triperie, carrefour Lalande, à la rue Marché-au-Blé, laisse voir, sur une grande partie de son étendue, le petit appareil ou opus reticulatum des anciens. La base du clocher des Pénitents Blancs et celle de l’abside de la chapelle Saint-Antoine, visible encore dans le jardin de M. le docteur Salse, rue Caillou, en sont aussi formées. On en voit au moulin de Cajar, dans l’établissement des Frères de la doctrine chrétienne, autrefois maison du Refuge, rue de l’Ecole-Vieille, chez M.M. Londie, rue Saint-Hilaire, du Trille, rue Grande Horloge, et Andrieu, notaire, rue de la Reine ; la base de la Grande Horloge, démolie il y a vingt ans, en était entièrement construite, etc., etc.(1). »

De tous ces écrits il faut donc conclure, non seulement qu’après l’invasion des barbares et principalement celle des Normands au IXe siècle qui détruisirent de fond en comble notre ville, « on employa, ainsi que l’écrivent Argenton et Labrunie, les débris d’Aginnum à rebâtir la nouvelle ville », mais aussi que certains pans de murs étaient restés debout, depuis l’époque où ils furent construits au IVe siècle en petit appareil, et que ce sont eux que l’on voyait encore, il y a moins de cent ans. La base de la tour de la Grande Horloge rentre, croyons-nous, dans cette dernière catégorie et devait remonter à cette lointaine époque car, ce ne fut que plus tard, au XIe ou XIIe siècle, que dút être ajoutée la partie supérieure. Tour carrée, sans contreforts aux angles, crénelée à son sommet, telle elle nous apparait, à l’extérieur, dans la perspective de la ville d’Agen en 1648, comme une des principales défenses de la première enceinte, entre le clocher de la cathédrale à droite, et la tour également carrée et crénelée à gauche de la maison de M. Barbier La Serre, le dôme qui la couronne n’ayant été ajouré que beaucoup plus tard, au XIVe ou XVe siècle, lorsque l’enceinte fut reportée au-delà du faubourg Saint-Hilaire, que ce quartier fut incorporé dans la ville, que les fossés furent comblés et les rues prolongées.

(1) Extrait des Essais Historiques et critiques d’Argenton sur l’Agenais, par Labrunie, publiés par Ad. Magen dans le Recueil de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts d’Agen, VIII, première série, p. 119.

A l’intérieur, la tour de la Grande Horloge était percée, comme toutes les portes de nos villes méridionales fortifiées, d’une grande baie cintrée, permettant aux plus larges et aux plus hautes voitures de la traverser. On ne voit sur le dessin aucune trace de herse. Mais il est probable que dans le haut moyen-âge elle en était pourvue, du moins du côté des fossés, la où se rabattait le pont-levis. Un escalier extérieur adossé diagonalement contre le mur, dont on voit sur le dessin les degrés en saillie, et protégé par un auvent, permettait d’accéder au premier étage. Quatre autres étages se superposaient à l’intérieur, les uns au-dessus des autres. C’était au troisième qu’était placée l’horloge, et, à l’étage supérieur ajouré par deux larges baies cintrées, la grosse cloche, qui sonnait le tocsin en cas d’incendie et tous les soirs, à dix heures, le couvre feu. M. Magen nous dit qu’il l’a entendu bien souvent dans son enfance (1). Elle était protégée par un dôme, en forme de pyramide tronquée, recouvert de briques plates et décoré de deux petits pinacles que surmontait un fleuron.

Nous ne savons rien de particulier sur la tour de la Grande Horloge pendant tout le moyen-âge, si ce n’est qu’elle était comprise dans les mesures générales édictées par la municipalité, soit pour fortifier l’enceinte primitive, l’entretenir, réparer ses brèches, creuser ses fossés, la mettre en un mot en état de perpétuelle défense soit au contraire plus tard, quand ce cordon de murailles devint inutile, pour les démolir, les vendre aux particuliers, ou les utiliser comme édifice public, et, pour ne parler que du monument qui nous occupe, le transformer en beffroi municipal et y adosser l’horloge publique, dont le besoin depuis longtemps se faisait impérieusement sentir.

(1) Revue de l’Agenais, t. IX, 1882 ; p. 90, note.

Il avait bien été question, en 1460, d’établir, d’accord avec le chapitre de la cathédrale de Saint-Etienue, une horloge dans le grand clocher isolé de cette église. Mais les parties n’avaient pu s’entendre, les chanoines prétendant que cette horloge ne leur était pas nécessaire et refusant, pour ce fait, de l’entretenir à frais communs (1). L’accord fut donc rompu, et les consuls durent chercher ailleurs. Ce ne fut, toutefois, que trente-huit ans plus tard qu’ils se décidèrent à utiliser la porte de ville en question et à y établir leur horloge municipale.

Il ressort, en effet, du livre des Jurades de 1498 que les consuls de cette année, qui étaient Bernard de Las, Pierre d’Estrades, Robert Arbricombre, Jehan de Votz, Pierre de Gailhard, Jehan de Brucelles, Pierre de Ruparia et Gélibert Tapie (2), consentirent, le 10 avril, une obligation d’une somme de 355 petits écus, 7 sols et 6 deniers en monnaie tournoise envers Jean de Mas (Johanne de Mansis), marchand et voiturier de la ville de Seyrac en Rouergue, « pour le prix d’une cloche pesant 32 quintaux et 30 livres, qu’il s’engageait à leur procurer pour l’horloge de la ville ». Ce Jean de Mas n’était que fournisseur du bronze. Le nom de l’artiste fondeur est resté inconnu. Peut-être, comme l’insinuent MM. Magen et Tholin, « cette œuvre doit-elle être attribuée à Manuel, Peyroton de Saint-Gily et de Vistorte, qui avaient fondu, quelque années auparavant, pour les consuls d’Agen, six pièces d’artillerie, deux faucons et quatre lézardes (BB. 19) ? » En tout cas, elle était remarquable et digne d’être conservée.

(1) Archives municipales d’Agen, DD. 24.
(2) Idem, BB. 19, f° 241.

Elle portait en effet, nous apprennent toujours les mêmes auteurs, l’inscription suivante, en belles lettres gothiques encadrées de tiges et de rinceaux délicats :

Agenum vocor, pro horrilegio condita, hoc mihi dedere nomen egregi consules civitatis alme, qui me de publico sumptu condidere, anno sub Domini M. CCCC novenis decem additis cum septem.

Ce qu’ils traduisent ainsi :

« J’ai été faite pour l’horloge. Je m’appelle Agen. Les honorables consuls de cette belle ville m’ont donné ce nom. Ils m’ont fait faire des deniers publics, l’an de Notre-Seigneur 1497 (1). »

En plus de cette inscription, étaient gravés également sur cette belle cloche, d’un côté l’image de la Vierge-Mère, de l’autre le sceau et le contre-sceau de la ville d’Agen représentant, le premier cette ville entourée de murailles, avec pour légende Sigillum Consilii Civitatis Agenni, tel que nous le reproduisons en tête des livraisons de la Revue de l’Agenais : le second, un aigle aux ailes éployées.

Cette cloche pesait trente-deux quintaux et trente livres. Elle demeura à la tour de la Grande Horloge jusqu’à sa démolition. A cette époque, elle fut transportée au-dessus de la façade de la Halle au blé qui fut élevée sur les ruines de l’ancienne cathédrale de Saint-Etienne. Puis, quand à son tour la Halle au blé fit place au Marché-Couvert actuel, elle fut déposée, en 1882, dans une cour du Musée. Vendue à la fabrique de l’église Saint-Hilaire d’Agen, elle fut hissée au sommet du clocher de cette église. Mais, peu après, ainsi que l’a écrit M. G. Tholin (2) « la tige en fer, prise dans le métal qui servait la suspension du battant, fortement usée et presque cristalisée, se rompit au moment d’une sonnerie. Le battant, projeté par le branle, pénétra dans les intervalles des abatsons, s’y implanta et resta suspendu dans le vide ». Aucun accident cependant ne se produisit. Mais il fut impossible de réparer la cloche. On décida alors qu’elle serait moulée pour être refondue exactement sur le même modèle ce qui fut fait à Lyon par le fondeur Burdin. Les fragments, portant l’empreinte du sceau, furent seuls conservés et portés au Musée d’Agen, où on peut les voir encore aujourd’hui.

(1) Revue de l’Agenais, t. IX, 1882, p. 89. Les consuls de cette année 1497 étaient : Etienne Tapie, Pierre Ozilis, Bernard Alpheri, Arnaud de Pujols, Pierre Roberti.
(2) Voir Revue de l’Agenais, t. XXVI, p. 196, note.

Sur un second fragment de la cloche, qui est également au Musée, se trouvent poinçonnés et juxtaposés le scel et le contre-scel de la ville d’Agen, mais cette fois sans légende et de dimensions moindres (1).

Il semble que les consuls ne se soient pas franchement exécutés pour payer à Jean de Mas la somme qu’ils lui avaient promise. Car l’année suivante, le 9 juillet 1499, ce dernier se faisait donner par Robert de Balzac, sénéchal d’Agenais et de Gascogne, un exploit de contrainte contre lesdits consuls pour les forcer a tenir leurs engagements (2).

Bien plus, sept ans après, l’horloge ne marchant pas, les consuls recommandent à leurs successeurs « d’avoir à la faire arranger sur le plan de l’horloge du Port-Sainte-Marie, avec une aiguille, am una aguilha ». Ils avaient sans doute été piqués au vif par les moqueries d’un des habitants de cette dernière ville qui, venu à Agen, aurait plaisanté les magistrats « sur ce que leur horloge marchait moins bien que celle de sa ville. » Anecdote que rapporte M. G. Tholin, comme l’ayant lue dans il ne sait plus quel livre de jurade (3). « Telle qu’elle est, ajoutent-ils, elle court grand péril de tomber ; les étais se pourrissent : la chute est prochaine. »

(1) La matrice originale du sceau d’Agen n’existe plus. Mais une empreinte se trouve appendue à une charte du 27 mars 1243, aux Archives Nationales. Elle a été moulée par notre regretté compatriote M. Demay et donnée aux Archives départementales de Lot-et-Garonne.
(2) Archives municipales d’Agen, DD. 23.
(3) Les anciens Hôtels de Ville d’Agen, p. 9, note.

Et l’année suivante « Faites couvrir l’horloge, recommandent encore les consuls sortants il leurs remplaçants. Les « étrangers lui font un mauvais renom ; ils l’appellent le Pendu d’Agen. Elle est fausse la plupart du temps et ne se peut gouverner. » Ce ne fut toutefois qu’en 1508 qu’une somme de seize livres fut votée pour couvrir l’horloge et que fut payé l’ouvrier qui s’était chargé de cette besogne (1).

Du reste, il n’est pas un seul registre consulaire, pendant tout le XVIe siècle, qui ne mentionne quelque réparation à effectuer a la Grande Horloge (2).

En 1551, « on fera un présent au Roi pour qu’il permette de rétablir 1a sonnerie de l’horloge enlevée par son ordre à la suite d’une convocation séditieuse. Les consuls attestent qu’ils n’ont que deux cloches : celle de la Tour de l’horloge et celle des Ecoles (3). »

En 1558, « Vigie s’engage à mettre une couverture en plomb sur la tour de l’Horloge, moyennant une somme de 40 livres tournois pour sa peine et pour prix de son travail et de ses fournitures (4). »

Il est probable que cette couverture fut de mauvaise qualité ou que le travail fut mal fait, puisque quarante ans après, en 1598, les consuls passent « un contrat avec Antoine Maurel, potier d’étain, et Barthelemy Boyer, pour exécuter une couverture en plomb à l’étage supérieur de la Grande Horloge (5). »

En 1601, on établit « un gouverneur de la Grande Horloge », lequel, « pour ses gages et pour l’huile et la chandelle qu’il fournit, doit toucher 12 écus. » Ce qui ressort du règlement fait par le sieur Martin, trésorier général des finances, sur les recettes et les dépenses de la ville en cette année (6).

Nouvelle réparations « au Grand Horloge dont le cadran menace de tomber dans la rue » en 1617 et 1619 (7).

(1) Archives municipales, BB. 22.
(2) ldem, BB., 11, 25, 27, 30, 32, 44, 51, etc.
(3) Idem, BB. 27.
(4) Idem, BB. 30.
(5) Idem, FF. 43.
(6) Idem, BB. 17.
(7) Idem, BB. 44 et CC. 352.

En 1625, le sieur Antoine Darqué, « député pour tenir la marque de la ville, pour marquer, esgalizer et raffiner tous les poix servant aux ballances, ensemble esgalizer et raffiner à la marque les romaines, etc. », prête le serment accoutumé et « gouvernera en même temps le grand orloge (1) ? »

Nous avons dit, au chapitre premier de ce travail sur les Souvenirs du vieil Agen, qu’en 1662 les consuls en exercice, voulant aménager plus convenablement la maison commune, firent bâtir le beffroi, déjà décrit par nous, et que le 27 mai 1672, suivant Labrunie, « une horloge y fut placée, qui commença â servir au public en 1673, où l’on fit le dôme au « dessus du cadran ». Il en résulta donc qu’à partir de ce moment Agen eut deux horloges municipales, celle de la maison commune et celle de la Grande Horloge, qui continuait à fonctionner et à être entretenue comme par le passé. Aussi est-il facile de les confondre, du moins dans les registres municipaux, qui manquent a leur égard absolument de précision. Ainsi, de quelle horloge est-il question dans le « devis de réparation du Grand Horloge, fait et donné par Pierre Grenié, maitre maçon de la ville de Toulouse, Jean Laroche et Bernard Cazeneuve, en l’année 1692 ? » Très probablement de la Grande Horloge, à la réparation de laquelle est appliquée, l’année suivante, la somme de 650 livres car, dans le dossier se trouve un fort joli dessin du dôme à deux arcades cintrées, absolument semblable u celui que dessine Vincent Amblard (2).

Horloge de la Mairie à Agen
Horloge de la Mairie à Agen, Guide pittoresque du voyageur en France, par Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, 1838.

 

C’est encore de cette dernière qu’il s’agit én 1756, à propos du sculpteur Sicard, auquel il est remis la somme de 36 livres « pour avoir doré les deux cadrans de la Grande Horloge (3) » ce qui prouve qu’à ce moment elle marquait l’heure aussi bien sur la façade Est que sur celle de l’Ouest.

(1) Archives municipales, BB. 11.
(2) Idem, DD. 23 et CC. 394.
(3) Idem, CC. 446.

Dans « le devis des réparations nécessaires à faire, le 25 février 1764, au beffroi de l’horloge de la ville », il serait encore permis d’avoir quelques doutes, si l’acte ne comportait cette mention en marge « en tout conforme à celle de la cloche de l’hôtel de ville », prise comme modèle, et s’il n’y était ajouté « ainsi que d’un escalier pour monter à ladite horloge » ; preuves certaines qu’il s’agit bien de la vieille tour (1). La Révolution ne toucha pas la tour de la Grande Horloge. Elle était municipale et n’évoquait aucun souvenir facheux, nobiliaire ou religieux. Elle fut donc respectée.

Il n’en fut pas de même sous le gouvernement de Juillet, où elle subit le sort commun et fut même une des premières sacrifiées. La date précise de sa démolition né nous est pas parvenue. Mais Ad. Magen, qui en fut témoin, écrit, dans une note, qu’elle eut lieu de 1830 à 1832 (2). Le comte de Raymond était alors maire d’Agen, Menne l’ainé et Baze, adjoints. N’est-ce pas l’époque, plus désastreuse peut-être encore que celle de la Révolution pour nos richesses artistiques, où tout ce qui rappelait les souvenirs d’autrefois était froidement et impitoyablement renversé, et où l’absence de tout sens, non pas archéologique, mais même simplement artistique, chez nos gouvernants d’alors, enleva à la France, et plus spécialement à nos provinces méridionales, la plupart de ses vieux monuments, souvent si imposants, toujours si pittoresques, preuves vivantes de son glorieux passé ?

PH. LAUZUN.

(1) Archives municipales, DD. 24.
(2) Une émeute à Agen en 1685. Recueil de la Société, t, VII, 1ere série, p. 206 note. – Cf. Revue de l’Agenais, t. IX, 1882, p. 89.

Revue de l’Agenais et des anciennes provinces du Sud-Ouest : historique, littéraire, scientifique & artistique, par M. Ph. Lauzun, Agen, 1908.