Les frères d’Agen

La Lanterne : journal politique quotidien

25 mars 1884

Paris

En 1877, l’administration municipale réactionnaire, imposée à la ville d’Agen par les hommes du Seize Mai, s’empressa de lier la ville aux frères de la doctrine chrétienne, en leur concédant, pour l’éternité, le monopole de l’enseignement primaire congréganiste dans la ville d’Agen.

Dès que les hommes du Seize-Mai furent chassés du pouvoir, M. Durand, maire d’Agen, d’accord avec le conseil municipal, demanda, a M. le préfet Henry, la révocation du directeur de l’école des frères, cette révocation comportant annulation du traité perpétuel, consenti aux frères, par les réactionnaires du Seize-Mai.

M. le préfet Henry accorda ce qui lui était demandé et révoqua le directeur des frères.

Furieux, les frères firent aussitôt pleuvoir le papier timbré sur l’administration municipale républicaine, qui avait eu le courage de les déposséder du privilège monstrueux dont les avait investis la réaction.

Ils assignèrent, en conséquence, l’administration municipale devant le tribunal de première instance d’Agen et réclamèrent à la Ville, devant ledit tribunal, soixante mille francs de dommages-intérêts comme juste réparation du préjudice à eux causé par la Ville.

Soixante mille francs ! Excusez du peu.

Le tribunal trouva la somme vraiment raide et en réduisit le chiffre à quinze mille francs qu’il condamna la Ville à payer à ces trop chers frères. L’administration municipale rechigna et porta l’affaire devant la cour d’appel d’Agen.

La cour d’appel confirma la jugement du tribunal de première instance.

L’administration municipale rechigna encore et porta l’affaire devant la cour de cassation.

Là, justice a enfin été rendue.

Hier, M. Durand, maire d’Agen, était officiellement informé que la cour de cassation venait d’annuler l’arrêt de la cour d’Agen.

La Lanterne : journal politique quotidien, Paris, 25 mars 1884.