Lettre des prélats, barons et communautés de l'Agenais au roi d'Angleterre, pour le determiner à placer dans la ville d'Agen

la cour souveraine qu'il destinait à recevoir les appels des justices de tout son duché d'Aquitaine.


Serenissimo et illustrissimo principi, domino nostro, reverendissimo domino Edwardo, Dei gratia regi Anglie, domino Ybernie et Acquitanie, vestri episcopus Agennensis, abbates de Clairaco, de Exio, de Gondomio, de Payrinhaco et Sancti Maurini, priores, capitula, consules civitatis Agenni, barones, consulatus et communitates villarum Marmande, Sancte Fidis, Penne, de Turnone, Montis-flanquini et aliorum locorum senescallie Agennensis quorum sigilla in presenli pagina sunt appensa, cum omni modo reverenlia se ipsos, Regia majestas pro cordis affirm (sic) affectu intiraat quod nos sibi subjeclos et fideles diligit et vult defendi a pressuris et relevari fatigationibus et expensis; vesler autem senescallus Agennensis nobis, de vestro regio mandato litterali, insinuavit quod, ne subjecti vestri dominii Aquitanie fatigentur in appellandis causis (sic), trans-fretando mare ad vos et regnum vestrum Anglie, pro ipsis appellalionibus prosequendis accedendo, declinabat, pro subjectorum utililate, vestra regia majestas quod in dicto vestro dominio Acquitanie, de consilio subjectorum, locus seu loca sufficientia eligerentur, ad quem seu que dicte appellationes possent ressortiri: de quibus vestre majeslati regie regraciamus cum omni reverentia et honore. Super quibus dictus vester senescallus Agenni requisivit. per nos consilium el avisamentum et opiniones nostras impertiri. Igitur Celsitudini majestalis regie serie presentium significamus quod, super diclo negotio habita inter nos matura et solemni deliberatione, attendentes quod civilas veslra Agenni inter alias civitates et Joca domini Acquitanie est delectabilis, spatiosa, pluribus et diversis edificiis construcla, pluriumque personarum quasi innumera-bilium receptosa, in planea, absque lutis omni tempore, ad quem defluit flumen Garone, cui applicantur flumina Tarni, Vayronis, Olti el plura alia magna flumina. Item est dicta civilas fertilis, abundans bladis, vinis bonis, foenis, paleis, lignis, carnalagiis grossis et minutis, domeslicis et sylvestribus volatilibus, et aliis pluribus piscibus, tam dulcibus quam salsis, arborum fructibus quibuscumque et aliis viclualibus, et ad bonuni forum semper oppulenta, solemnibus ecclesiis decorala, bonis clericiis, consiliis, personis ecclesiasticis, nolabilibus doctoribus, licentialis, baccallariis in legibus et in jure perilis, ecclesiaslicis et secularibus, referla, civibus et habitatoribus pacificis et modestis, non bricosis nec maliciosis insignita, pacifica et quieta, et in qua fieri justitia semper consuevit, et que et quasi lota terra dominii Acquitanie reguntur jure scripto. Item est dicta civitas molendinis fixis et navalibus copiosa. Habet etiam vesra civilas tutos ingressus, exilus et regressus, et de leuca ad leucam, vel quasi, usque ad partes longinquas, loca bona receptabilia, ubi venientes et redeuntes possunt commode receptari.
Est etiam fundala dicta veslra civilas Agenni quasi in medio totius vestri dominii Acquitanie, habens de parlibus superioribus senescallias Ruthenensem et Caturcensem, et, ab inferioribus, senescallias Burdigalensem et Lanarum, et, a lateribus, senescallias Bigorre, terras Vasconie, videlicet Bearnii, Marssani, Armaniaci, Fesenciaci, et terras plurium aliorum potenlium, que versus Navarram et Hispaniam distant ab Agenno, ad ultimum de finibus, bene per quinque vel sex jornatas, quos credimus habere complacenliam si apud Agennum ressortiantur. Habet eliam ab illo latere communicatum [cum terris] Leomanie, Altivillaris, Brulhesii et terraim Feudi-Marconis, et, ab aliis lateribus, senescallias Petragoricensem, Lemovicensem, Xantonensen et Pictaviensem. Ex quibus [habito] consilio inter nos, omni affectione postposita, pro honore et commodo regis, et subdi-torum totius dominii Acquitanie utilitate, unanimes contulimus avisa-mentum et opinionem, et declaravimus et declaramus quod nobis videtur expedientius et commodius, reverentia tamen regia et veslri excellentis consilii salva, quod dicta curia superioris ressorti in dicta civitate Agenni teneri habeat. Et ne regia majestas presumat nos affectione duci pro dicta vestra civitate Agenni ad quam declinamus, et in aliquo dubitet de his que referimus de eadem, de facili potest informari et cum pluribus, etiam de regno vestro, qui frequenter ad eandem confluerunt. Si autem majestati vestre et ejus excellenti consilio videatur duo loca fore desti-nanda pro dicta curia tenenda [eligendam] opinamur pro alio sufficienti civitatem vestram Engolisme. Vestre majestati regie humiliter supplicantes ut eidem placeat nos habere recommendatos, quam et..., statum vestrum semper conservare dignetur Altissimus incolumem et felicem. In quorum testimonium, sigilla nostra huic parve pagine duximus apponenda.

Datum in dicta civitate Agenni, die secunda marcii, anno Domini millesimo trecentesimo sexagesimo secundo.

Les sceaux étaient disposés sur trois lignes: à droite du papier ceux des prelats; à gauche, ceux des barons; au bas de la lettre. ceux des communes. Devant chaque sceau etait ecrit le nom du signataire.


Dominus de Podio-Bebuc.
Dominus Hugo de Pujoliis.
Domini de Savin-haco.
Dominus de Faulhet.
Dominus Astruc.
Dominus de Preyssano.
Dominus [de] Cruce et de Lavinhiaco.
Dominus d'Espienx.
Dominus Sancte Liberate.
Dominus d'Escassafort.
Dominus Montis-Alti.
Dominus Bajoli-monlis.
Dominus de Fumello.
Dominus de Rupe-Cornu.
Dominus Fezipodii.

Episcopus Agenensis.
Abbas deClairaco.
Abbas Exii.
Abbas de Gondonio.
Abbas de Perignaco.
Abbas Saincti Mauricii (sic).
Decanus de Moyraco.
Perceptor de Salvagnaco.
Prior Pomevici.
Prior Sancii Cosme.
Prior de Laydato.
Prior Sancti Caprasii.


Au sérénissime et illustre seigneur Edouard, roi d'Angleterre par la grâce de Dieu, seigneur d'Irlande et d'Aquitaine: vos évêques d'Agen, les abbés de Clairac, Exio?, Pérignac et Saint Maurin, prieurs, notables, consuls de la ville d'Agen, barons, consuls et communautés des villes de Marmande, Sainte Foy, Penne, Tournon, Monflanquin, et autres lieu de la sénéchaussé Agenaise, dont les sceaux sont apposes sur la présente page, eux même avec toute révérence, la royale majesté avec une firme affection de son coeur nous informe qu'elle nous considère ses fidèles sujets a elle et prend soin de nous défendre des attaques et nous soulager des fatigues et besoins. En plus votre sénéchal d'Agen, par votre ordre épistolaire sur la région nous a communique que, pour que vos domaines soumis d'Aquitaine ne se fatigue pas pour traiter leurs affaires juridiques ayant à traverser la mer jusqu'a vous et votre royaume Anglais,et y allant pour continuer leurs démarches juridiques, votre majesté permettait pour le bien de vos sujets, qu'un lieu ou lieux suffisant soient choisis ou les dits appels pourraient se résoudre en votre dit domaine d'Aquitaine, sous un tribunal de vos sujets. Pour tout cela nous remercions votre royale majesté avec toute révérence et honneur. Sur ceci dit votre sénéchal Agenais à requérit par notre conseil les avis et opinions données.
Par conséquent l'importance de la présente indique a votre majesté royale que, après avoir eu une délibération mûrie et solennelle entre nous sur ce sujet, nous sommes a l'accord que votre ville d'Agen entre les autres villes et lieux du domaine d'Aquitaine est agréable, spacieuse, construite avec beaucoup d'édifices variés, réceptrice de plusieurs et innombrables personnes, en lieu plat, libre de boue en tout temps, ou coule la rivière Garonne, dans laquelle confluent les rivières Tarn, Aveyron, Lot et plusieurs autres grandes rivières. Aussi cette ville est fertile, abondante en céréales, bons vins, foin, paille, bois, viandes grandes et petites, oiseaux domestiques et sauvages, beaucoup de poissons, tant d'eau douce comme de mer, tout genre de fruits d'arbres et autres aliments, et toujours approvisionné par un bon marché, décorée avec des églises solennelles, consuls, bon clerc, personnes ecclésiastiques,notables docteurs, diplômés, bacheliers en droit et experts en droits, ecclésiastiques et séculiers, fameuse pour ses citoyens et habitants pacifiques et modérés, non guerriers ni mauvais, pacifique et calme et en laquelle il y a l'habitude de faire justice comme dans presque toute la terre du domaine d'Aquitaine ils sont régis par le droit écrit. Aussi la dite ville est abondante de moulins de pierre et de bateaux. Votre ville a aussi entrées, retours et sorties sûres, d'un côté à d'autre ou presque, jusqu'aux endroits proches où ceux qui viennent et ceux qui vont peuvent se recevoir convenablement.
Votre dite ville d'Agen est fondée presque au milieu de tout de votre domaine d'Aquitaine, ayant pour la partie supérieure les sénéchaussées de Rodez et Cahors, et, pour l'inférieure, les sénéchaussées de Bordeaux et Lannes, et, d'un côté, les sénéchausseées de Bigorre, la terre Gasconne, c'est à dire Béarn, Marsan, Armagnac, Fezensac, et plusieurs autres puissantes terres, en face de la Navarre et l'Espagne, sont éloignées d'Agen, jusqu'a la dernière frontière, bien pour 5 ou 6 jours,lesquelles nous croyons qu'elles aimeraient y prendre part avec Agen. Il y a aussi d'autre côté communication avec les terres de Lomagne, Auvillar, Brulhois et terres de Fimarcon, et, pour les autres sénéchaussées mitoyennes, Périgord, Limousin, Saintonge, et Poitou. Tenu de cette réunion entre nous, toute prédilection rejetée, pour l'honneur du Roi et commodité, et pour le bien de tous les sujets de tout le domaine d'Aquitaine, unanimement nous pourvoyons l'avis et l'opinion, et nous avons déclaré et déclarons qu'il nous parait plus facile et commode, sauve pourtant la révérence royale et celle de votre excellent conseil, que cette cour supérieure d'appel soit dans la dite ville d'Agen. Et pour que votre royale majesté ne pense pas que nous sommes conduits par notre prédilection pour la dite ville d'Agen à laquelle nous nous dévions, et pour que votre royale majesté ne doute pas de tout de ce que nous en avons raconté, peut facilement s'informer de beaucoup de gens, même de votre royaume, dont ils y viennent fréquemment. Mais si il paraît a votre majesté et son excellent conseil qu'il doit consacrer deux lieux pour tenir cette cour nous considérons suffisante votre ville d'Angoulême.
Suppliant humblement votre majesté royale que plaise nos recommandations, et en plus que Dieu daigne conserver vos états pour toujours indemne et heureux. Pour témoignage duquel nous avons décidé que nos sceaux doivent être mis sur cette petite page.

Daté et dicté à Agen, second jour de mars, année du Seigneur 1362.

Archives d'Agen, BB. 15. Copie du XVIIeme siècle, papier.