CHARTA QUA WILLELMUS ARNALDI, ET FILIUS EJUS PETRUS DANT MONASTERIO CLUNIACENSI ECCLESIAM BEATAE MARIAE ET

VILLAM MOYRIACUM, ETC..


Orbe in transitorio dum quis vivitur more humani generis semperad deteriora labendo, si non ad primam, terciam vel sextam, ad nonamvel saltem ad XIam horam accedens, cum jam securis ad radicemarboris posita est, jactet vel tunc cogitatum suum in Domino, reminiscendo non solum factori sed redemptori proprio Jesu Christo, quinon solum incarnari, sed et mori voluit, pro nostrae salutis pretio.Quiquis ergo te laetaris tali redemptum sub salutari pretio, oculorumorbes, id est pure mentis studium, mundiciamque manuum figas oroin Domino, a quo salvandum de credas sine dubio, si hujus mundicaduca, fragilia et diatin usque ad exicium pertraensia fuerint a te pedecristiano viriliter conculcata, ad quem jam accedens uberrinos cleemosinarum fructus in necessitatibus fratrum secundum illud beati Tobieerogat sedulo; dicit enim filio : si multum tibi fuerit, habundantertribuito, sin autem, modicum, ipsum modicum libenter impertire;studeto. Reminiscaris et beati prophete Danielis ortamento; dicitenim regi Nabuchodonozor : Rex meum consilium placeat tibi, oro et male a te commissa per eleemosinarum largitatem ut [redimas] moneo et propbeta : Absconde eleemosinam in sinu pauperis, et ipsaorabit pro te ad Dominum sedulo. His et quam plurimis formati testimoniis, ego Willelmus Arnaldi (1) , [sicut et (2)] filius meus Petrus, notumesse volumus, tam presentibus quam futuris, quod pro redemptioneanimarum nostrarum et omnium parentum nostrorum, aliquid ex nostra ereditate [que nobis] jure evenit, donamus Domino Deo et SanctisApostolis ejus Petro et Paulo, et ad locum Cluniacum, ubi domnusUgo Abba magis prodesse quam preesse videtur. Donamus ad predictum locum ecclesiam quamdam beate Marie Virginis, Moiriaco vocatam, [cum] omni villa et parrochia ad ipsam ecclesiam pertinentem,cum primiciis, dec[imis, oblationibus] et ceteris omnibus quecumque ibi Arnaldus, pater meus, habere visus est [vel] nos usquehodie abemus et inante adquirere poterimus in alodo et in bene[ficio, in campis, silvis], pratis, aquis aquarumque exitibus et regressibus, pascuis, et comanda et guarda. Donamus etiam similiterecclesiam de Albar, sicut supra dictum est [de Moyriaco], cum omnibus ibi pertinentibus, villam et parrochiam, totum ex integro, quesitum et inquirendum, sicut abuit Arnaldus et tenuit.
Donamus quoque quartam p[artem ecclesiae] Sancti Martini de Lairaco, cum omnibus adipsam partem pertinentibus. Hanc e[nim] dedi Saxeto,decano, filiolo meo quo adjuvaret (3) in benefitio, ita ut post mortemejusdem Saxeti meum ad dominicum reverteretur; nunc autem do ethanc Deo et ejus genitrici Mariae de Moyraco. Donamus etiam de Salenis similiter quantum ibi a[bemus, cum] omnibus a fine usque infinem, sicut Arnaldus tenuit aut aliquis vivens pro eo. Donamus similiter ecclesiae medietatem des Kirs., sicut tenuit Arnaldus, patermeus, et Garse [as, filius e]jus (4), cum villa et parrochia et omnibus ibipertinentibus quantum ipse abere visus est. Donamus et omnem terram, tam alodum quam beneficium, quantam cumque [inter] Geirs etAurona (5) abemus vel alius per nos et Arnaldus possedit, ecclesiamqueSancti Amancii cum omnibus quae ad eam pertinent, et portum deAgenno; ecclesiam quoque de Launiano cum villa et parrochia, cumomnibus quœ ad eam pertinere videntur et villam San[c]tae Columbe,sicut Arnaldus, pater meus possedit et abuit, et terra quœ vocatur Karrils cum terra Desluc. Concedimus etiam ecclesiam Sancti Lupercii, quae est in episcopatu Basatensi posita, inter Garonam et Beverafluvius, et villa cum parrochia et piscationibus quam ecclesiam SanctiLupercii habebat pater meus Arnaldus propriam et sine aliqua calumni in die qua misit eam in pignore ad Arnaldum de Sauniacoper c. solidos, eo tenore ut ipsis redditis ad se aut ad filios (6) Willelmum Arnaldum reverteretur. Hoc totum et integrum, sine ulla retentione nostra vel alicujus mortalis, quesitum et inquirendum, donamusDeo et Sanctis Apostolis Petro et Paulo et ad locum Cluniacum. Siquisautem hanc donationem calumpniaverit, nisi resipuerit, ira Deimaneat super eum et pars ejus sit cum Juda traditore et Datan etAbiron, et insuper judiciaria potestate cohactus, centum uncias auricomponat. Quod ut firmum maneat, manibus propriis firmamus et firmandum tradimus domino Hugoni abbati.

Anno incarnationis Dominicae m. XLVIIII, regnante Henrico, Francorum rege, Bernardo Agenciumepiscopo, et G. Pictaviensium comite. S. domni abbati Hugonis. S. Bernardi episcopi. S. Duranni episcopi. S. Willelmi Arnaldi. S. Petri, filii ejus, et S. Anne, matris ejusdem Petri, qui hanc donationem fecerunt. S. Warini monachi. S. G. Pictavorum comitis (7). S. Rodlanni militis. S. Garsia Arnaldi, et alii quam plures.

Notes
(1) porte : Willelmus Arnaldi filius et filius meus Petrus. C'est le vicomte de Fenouillèdes. Cet acte nous fait connaître deux générations: Guillaume-Arnaud et Pierre. L'Hist. de Languedoc11. II, p. 366, en montre une troisième, celle d'Arnaud-Guillaume, fils de Pierre en 1102.
(2) L 'original était lacéré au milieu.
(3) Lisez quoad viveret.
(4) A tort, Garsens filia ejus.
(5) Lisez Garona. (D'après le Chanoine Dubourg, il s'agit du ruisseau de Lauroue, paroisse de Saint Nicolas)
(6) On ne comprend pas pourquoi il n'y a filium au lieu de filios, qu'on lit aussi bien dans le cartulaire que dans l'original, à moins d'admettre que le scribe a cru qu'il s'agissait de deux personnes.
(7) Guillaume V, surnommé Aigret, ou le Hardi, comte de Poitiers.



Selon le cours ordinaire et éphémère de la vie, l'homme tend toujours à dégénérer. S'il reste sourd à la première, à la troisième, à la sixième, à la neuvième heure du jourque du moins à la onzième heure, alors que la cognée est déja à la racine de l'arbre, il porte alors sa pensée vers le Seigneur et qu'il se souvienne, non seulement de son Créateur, mais aussi de son Rédempteur, N.S. Jésus-Christ, qui ne s'est pas contenté de s'incarner mais a voulu encore mourir pour racheter notre âme. Toi donc qui te réjouis d'avoir reçu d'un tel rédempteur le prix de ton âme, je t'en conjure, fixe tes yeux, c'est-à-dire applique ton esprit et tes mains purifiés vers Dieu, de lui tu recevras le salut. Tu peux le croire sans hésiter, si les biens périssables, fragiles et entraînant l'homme à une mort inévitable, tu les foules aux pieds avec une virilité toute chrétienne. Approche de ton Dieu en répandant de très généreuses aumônes pour secourir tes frères, selon la vive recommandation du saint vieillard Tobie, disant à son fils: Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup; si vous avez peu, donnez peu, mais avec joie. Souviens-toi de l'exhortation que le saint prophète Daniel adressait au roi Nabuchodonosor: "Prince, lui disait-il, agréez mon conseil, je vous en conjure, et vos iniquités, rachetez-les en faisant des aumônes." Ailleurs le prophète dit encore: "Cache ton aumône dans le sein du pauvre, et cette aumône intercèdera pour toi auprès du Seigneur." Instruits par ces divins préceptes et par tant d'autres, moi Guillaume fils d'Arnaud et mon fils Pierre, nous voulons que tous présents et à venir sachent que pour le salut de notre âme et l'âme de tous nos parents, nous faisons donation d'une part des biens qui nous sont échus en héritage, à Notre-Seigneur Dieu, aux saints apôtres Pierre et Paul et au lieu de Cluny où le Seigneur Abbé Hugues paraît plus tôt servir que gouverner. Nous donnont au susdit lieu de Cluny une église appelée de la Bienheureuse Vierge Marie de Moyrax avec toute la villa et la paroisse dépendante de cette église avec les prémices, les dîmes, les oblations, et avec tout ce que mon père Arnaud y possédait, ou ce que nous y possédons en ce moment et avec tout ce que nous pourrons désormais acquérir en alleux, bénéfice, champs, forêts, prairies, cours d'eaux, pâturages, commende et gardiage. Nous donnons aussi de la même manière l'église d'Albar, comme il à été dit plus haut pour Moyrax, avec toutes ses appartenances, la villa et la paroisse tout entière, sans aucune réserve, biens présents et éventuels, le tout tel que la possédé et gardé mon père Arnaud.
Nous faisons aussi donation de la quatrième partie de léglise de Saint Martin de Layrac avec toutes ses dépendances. Cette quatrième partie je l'ai déja donnée à mon cher fils Saxeton le Doyen, comme bénéfice viager, à condition qu'après sa mort, elle rentrerait dans mon domaine. Mais aujourd'hui, j'en fais donation à Dieu et à sa mère, Notre-Dame de Moyrax. Nous donnons aussi de la même manière tout ce que nous y possédons de salines sans aucune réservation ni limite, le tout tel que mon père Arnaud le possédait par lui-même ou tout autre en son nom. Nous donnons également la moitié de l'église des Kirs, telle que l'a possédée mon père Arnaud et son fils Garsias, avec le village, la paroisse et toutes ses dépendances, telles qu'elles étaient de son temps. Nous donnons encore toutes les terres, tant alleu que bénéfice qui sont comprises entre le Gers et l'Auroue, possédés par nous ou par d'autres en notre nom et par notre père Arnaud. Nous donnons léglise de Saint-Amans avec toutes ses dépendances, le port d'Agen, ainsi que l'église de Launiac avec la villa, la paroissse, et toutes ses dépendances. La villa de Sainte-Colombe, comme Arnaud mon père les a possédés et gardés; et la terre aapelée de Karrils avec la terre de Desluc. Nous donnons aussi l'église de Saint-Lupert située dans l'évêché de Bazas, entre la Garonne et et le fleuve Bévera: le village avec la paroisse et les pêcheries. Cette église de Saint-Lupert était la propriété personnelle de mon père Arnaud et elle ne lui fut jamais contestée jusqu'au jour où il la donna en gages à Arnaud de Sauniac moyennant cent souls, avec cette condition que sils étaient remboursés à lui ou à ses enfants, cette église reviendrait à Guillaume Arnaud. Tout cela est donné absolument et entièrement sans aucune réserve de notre part ni de la part de qui que ce soit. Cette donation nous la faisons à Dieu, aux Saints Apôtres Pierre et Paul et au lieu de Cluny. Et si quelqu'un l'attaque, à moins qu'il ne s'en repente, que la colère de Dieu demeure sur lui, et qu'il partage le sort du traître Judas, de Datan et d'Abiron; et en outre que par une sentence judiciaire, il soit condamné à payer cents onces d'or. Pour donner plus de force à cette donation,nous la confirmons de nos propres mains, et nous la soumettons à la confirmation du Seigneur Hugues, abbé de Cluny.

L'an de l'incarnation de N.S. MXLVIX, régnant Henri, roi des Français; Bernard, évêque d'Agen; Guillaume, comte de Poitiers.
Suivent les seings de Hugues, abbé; de Bernard, évêque; de Durand, évêque; de Guillaume d'Arnaud; de Pierre, son fils; d'Anne, sa mère, lesquels ont fait cette donation; de Garin, moine; de Guillaume, comte de Poitiers; de Rodlan, chevalier; de Garsie d'Arnaud et de plusieurs autres.

Sur le dos de la charte:
Dispositions de Guillaume et de Pierre, son fils de Moyrax.




Recueil des chartes de l'Abbaye de Cluny, formé par Auguste Bernard, publié par Alexandre Bruel, Tome IV, (1027-1090) Paris 1886, Imprimerie Nationale
(Bibl. Nat cop. 24-124; B. h. 45.)
Histoire du Doyenné et de la Paroisse de Moirax du XIe au XXe Siècle, Chanoine P. Dubourg.