Inventaire du Prieuré de Moirax à la révolution



Moirax le 6 Mai 1791

Aujourd’hui sixième du mois de Mai mil sept cent quatre vingt onze a huit heures du matin, nous Thomas Nogueres membre du directoire du district d’Agen, commissaire député par lui par sa délibération d’hier aux fins d’aller au ci devant couvent des religieux de Moirax, y recevoir la remise des objets inventoriés par la municipalité dudit Moirax le dixième Mai 1790, sceller ceux qui demeureront et procéder enfin en exécution du décret. Jusqu’a l’évacuation entière dudit couvent, nous somme transporté ou étant et écrivant Sieur François Laval secrétaire par nous pris d’office dûment assermenté, ont comparu Dom Jean André Gros prieur claustral, Dom Pierre Grandchamps, Dom Jean Louis vallat, et Dom Barthélemy Paris curé dudit Moirax auxquels nous avons fait faire lecture dudit décret et de la délibération qui nous commet aux fins de son exécution.
Ils ont d’abord dit que Dom Falgon cinquième religieux dont est mention en l’inventaire du dix Mai dernier était détenu pour cause d’infirmité dans une maison voisine du village et ne pouvais se présenter mais qu’eux en ce qui les concerne et collectivement pour le dit religieux infirme étaient prêt a obtempérer aux décrets et qu’ils allaient nous mettre a portée de remplir l’objet de notre mission. A quoi procédant, nous sommes montés dans la chambre du procureur, ou ils nous ont d’abord exhibé un registre de dépense commencé au mois de Mars de l’an 1769 et fini le deuxième Mai de l’an 1790, signé et paraphé par les officiers municipaux dudit Moirax le dix Mai 1790, plus un livre de recette commencé a la même époque que celui de la dépense aussi signe d’eux le même jour et paraphé par les dits officiers municipaux.
Et interpellé de produire les baux a ferme de leur monastère, ils ont dit les avoir fait passer au district d’Agen a l’appui de leur compte de régie. Ils nous ont aussi exhibé un Livre de Raison du Doyenne paraphé par les officiers municipaux dudit Moirax indiquant l’époque des coupes alternatives des bois taillis de leur monastère. Plus un registre faisant mention des récoltes de vin et grains depuis l’an 1720 jusqu’a l’an 1789, lequel était paraphé par les officiers municipaux. Ils ont aussi exhibe divers autres registres qui ont paru moins conséquent en ce qu’ils ne contenaient que des états de dépense et de recette plus ancien que ceux mentionnes. Nous avons procédé a la vérification des papiers et titres contenus aux dix huit tiroirs dont est mention en l’inventaire et reconnu qu’ils contenaient chacun d’eux les articles qui y sont détaillés a l’exception de divers baux, qui comme nous l’avons déjà dit ont été envoyés au district en appui de leur compte, ainsi que divers contrats des rentes constituées et noter tant pou bois, argent que blé prêtés a différentes personnes de la paroisse qui ont du passer entre les mains de M. le Procureur Syndic aux fins qu’il puisse agir pour en faire le recouvrement. Nous avons laissé ces papiers en dépôt, chacun dans leurs tiroirs respectifs fermés a clefs et sur iceux apposer les scellés aux formes ordinaires. Sous lesquels nous avons fait placer plutôt dans le tiroir no. 1 les deux clefs de l’étage inférieur qui renferme et les registres mentionnes et ceux autres dits moins important.
Passant au corps de logis dit de l’hôtellerie, nous avons reconnu être dans la première, seconde et troisième chambre tous les effets inventoriés en chacune d’elles et même excédent dans la première un tapis couvrant la table sur laquelle est aussi un pot a eau non inventorié. Dans la troisième chambre est une cheminée ornée en marbre duquel ornement il n’est pas question dans l’inventaire, cette chambre n’a pas au dessus de sa porte un tableau, mais il n’est pas vraisemblable qu’il n’y en ait eu a l’époque de l’inventaire.
Delà dans le dortoir de l’infirmerie, nous avons reconnu être dans chacune d’elles un lit et autres articles mentionnés en l’inventaire, une des tables est couverte d’un tapis qui n’est pas inventorié. Passé dans la bibliothèque nous y avons vu et vérifié le nombre dont est mention dans l’inventaire, ces religieux nous ont remis un catalogue de ces livres, et nous avons jugé a propos de l’envoyer au directoire du district. Il y a aussi dans la salle de la bibliothèque une table avec son tapis et deux fauteuils, vingt quatre livres de choeur dont douze en très mauvais état. Ces vingt quatre livres de choeur ne sont point compris dans l’inventaire. Entre la première et seconde chambre de l’hôtellerie est un Bouge qui contient un petit mauvais lit et deux très grandes armoires et très solides, desquels l’une contient trente quatre draps de lit qui sont très bons, plus une tapisserie en bergame usée. L’autre contient vingt draps plus grossiers et plus petits pour les lits des domestiques. Les objets contenus audit Bouge étaient tous omis en l’inventaire. Descendu dans l’ancienne salle, il nous a été exhibé trente trois nappes de diverse qualité et grandeur, plus vingt cinq douzaine de serviettes fines et trois douzaine linge de cuisine plus grossier.
Ces M. M. Religieux nous ont dit qu’instruit que le directoire du département avait permis que ceux qui avaient déjà quitté leur maison emportassent avec eux deux paires de draps et deux douzaines de serviettes, Ils espéraient bien que nous voudrions bien les traiter de même, et nous adhérant a leur demande, ils ont déduit pour chacun d’eux deux douzaine de serviettes et réduit conséquemment le nombre a quinze douzaine. Ce nombre des draps n’a pas souffert de réduction parce que les dits Religieux nous ont déclaré les avoir pris par préciput comme meuble de leur cellule. Cette salle contient encore une table de noyer très solide, deux tables en peuplier dont l’une est très grande et l’autre moyenne, la cheminée de cette salle a une plaque de fer. Sur ce que nous avons observé que cette ancienne salle au rez de chaussée était plus accessible a quelque mauvaise entreprise, nous avons ordonne que les linges dont l’exhibition nous y a été faite fussent transportés dans l’étage supérieur pour être déposés dans les deux fortes armoires du Bouge qui divise la chambre première et seconde dite de l’hôtellerie. Passe a la sacristie, il nous a été exhibé ainsi qu’il est dit dans l’inventaire, deux calices avec leur patènes, un soleil ou ostensoir, le support de la niche en deux colonnes d’argent, deux chandeliers aussi d’argent, deux bâtons pour le chantre d’environ cinq pieds huit pouces de hauteur, deux bassins, une paire de burettes, un encensoir avec sa navette et sa cuillère, une petite croix en vermeil, une boite pour les saintes huiles en argent. Ces objets comme étant les plus précieux ils ont été par nous renfermé dans un caisson. Et pour les préserver du choc qui pourrait leur nuire nous avons pris la précaution de les faire défendre par une couche de linge qui sera déduit de l’inventaire cy après. Les chandeliers, la croix processionnale et son bâton de cuivre jaune argenté ont été déposé avec les articles de la sacristie dans le lieu qui sera indique.
Le caisson a été scellé aux formes ordinaires pour être emporté au directoire. Les ornements de la sacristie ont été vérifiés et distribues ainsi que suit, six chapes précieuses, deux chasubles, quatre dalmatiques, étoles, manipuler et bourses et deux devant d’autel assortis ont été déposés dans les mêmes deux grandes armoires sus mentionnes, nous avons cru par la les défendre mieux de l’humidité et de tout autre accident. Quatre chapes demeurant dans l’église établissent le nombre porte en l’inventaire, dix chasubles réserves pour la nation, neuf qu’il nous a paru convenable de laisser pour le service de la paroisse et les deux dont il est mention a l’article précèdent remplissent le nombre de vingt un détaillé dans l’inventaire. Six dalmatiques réservés pour la nation ajoutés aux quatre autres dont il est aussi mention au dit article forment aussi le nombre au lieu de dix dont est aussi mention dans l’inventaire. Le drap mortuaire et garniture de St Eutrope et St aurent, tapis et coussins ont demeure comme peu de valeur et sur la réclamation des habitants libres et hors des scelles. Les trois devant d’autel demeurent à leur autels respectifs. Les écharpes des bénédictions quoique appartenant ci devant aux Religieux ont été par nous laissées ainsi que le tour du dais dans les mains du sieur curé qui s’en fera donner une décharge valable en les remettant aux marguilliers. Tout le linge de sacristie nous a été représenté et tel qu’il est détaillé dans l’inventaire, nous avons jugé a propos d’en laisser la moitié pour le service de la paroisse. Le restant a été déposé dans une des armoires du Bouge et celle qui est a l’entrée du cloître. La fontaine en cuivre, les deux plats d’etaing ovale et bénitier de cuivre jaune et missels ont été aussi abandonnés au service de la paroisse. Les coussins pour mettre sur l’autel pour les fêtes solennelles ont été réunis aux ornements précieux déposés dans les armoires du dit Bouge. Descendu au tinal nous avons vu la vaisselle vinaire dans le même nombre et dimension écrit en l’inventaire. Il y a encore deux vaisseaux appelés servantes pour recevoir l’écoulement des tounes plus une mait. Delà dans la première des caves nous avons vu vingt huit barriques mesure de cent pots. Plus quatre fûts de plus de deux cent. Delà dans la seconde ou nous avons vu une barrique de cents pots, deux double fûts et deux demi barriques, ces divers fûts sont plein et Dom Barthélemy Paris nous a dit que ces fûts et vin lui appartenaient, et pour cette cause nous avons ordonné qu’ils fussent séquestrés. Dans une autre cave nous avons reconnu six pièces contenant environ six cent pots, huit fûts encore de diverses capacités entre cinquante et douze pots, un entonnoir et quarante bouteilles vides. Dans l’écurie et chambre adjacente ou est un mauvais lit, un coffre destiné a recevoir l’avoine, deux chevaux dont l’un appartient a sieur Dom Barthélemy Paris curé ainsi qu’il est observé dans l’inventaire’ l’autre plus vieux soupe de lait appartient a la nation avec la selle et aubarde qu’il a coutume de porter. A la cuisine ou sont six casseroles, deux marmites, une lèche frite, un tourne broche, un bassinor, un buffet, deux grilles, une poissonnière, un très grand chaudron, de très fort chenets, un pendant de feu, une plaque de cheminée fortement défendue par six fortes barres de fer, la dite cheminée assortie de ses pelles, pincettes. Et lorsque nous allions faire déplacer ces objets pour être scellés, le dit sieur curé nous a représenté qu’une partie lui était nécessaire et qu’il désirait en jouir provisoirement, ce que nous n’avons cru pouvoir lui refuser. En sorte qu’a l’exception du très grand chaudron et du trépied qui lui sert de support, de trois casseroles et d’un poêlon que nous avons réserve, nous avons consenti que ces objets lui demeurassent, même la faïence qui peu s’élever au nombre de six douzaine d’assiettes et environ douze plats qu’il représentera s’il y a lieu le cas échéant.
Le reste de la faïence qui consiste en dix plats de faïence grise, vingt neuf de blanche, un saladier, douze solitaires, douze tasses a café et service, ont été place dans un placard de la salle du billard, ainsi que plusieurs verres grands et petits. Et pour dénuer entièrement les deux chambres voisines de la dite salle du billard, nous avons rassemble dans cette dernière les chaises et tables qui faisaient leur garniture, en sorte que la dite renferme aujourd’hui vingt cinq chaises communes, deux fauteuils et neuf autres qui était plutôt en mauvais ordre et qu’il ne demeure plus dans la salle vidée qu’une fontaine d’etaing avec son bassin. Cette salle du billard renferme encore une table de bois de noyer, les chenets pelle et pince d’une des salles dénuée des clefs du placard y demeure et l’autre demeurera dans le paquet de celles dont on aura scellé la serrure. La croix et chandelier argenté ont été placés dans l’armoire du grand buffet de la sacristie, le grand autel a demeuré garni de sa croix, six chandeliers de cuivre jaune, quatre petits. Les deux autels de St Jacques et de St Benoît ont aussi demeure garni savoir celui de St benoît de deux chandeliers de cuivre jaune d’environ trente pouces de hauteur et celui de St Jacques de deux de même nature, autre forme et plus petit. Celui de la paroisse d’une croix et six chandeliers de bois argente et deux de cuivre a peu près pareils a ceux cy dessus. Ceux de bois argenté sont en mauvais état. Dans un appartement au fond du jardin, une chaudière et les ustensiles nécessaire pour faire l’eau de vie. Dans le jardin sur la terrasse vingt trois pieds d’oranger dont 22 dans des caisses et l’autre dans un vase. Dans l’ancienne boulangerie un cuvier pour lessive. Et les tiroirs des archives, les salles de l’hôtellerie, le bouge divisant les deux salles, celle de la bibliothèque, celle du billard, la cave et tinal étant scelles, nous avons visite les cellules des Religieux et autres chambres qui nous ont paru libre, attendu qu’en vertu d’un permis de la municipalité, ils en avaient emporte les meubles pour leur usage. Nous avons requis que les diverses clefs du monastère nous fussent livrées. Sur quoi le dit sieur Barthélemy nous a représente qu’il était indispensable qu’il occupât une partie du couvent. Sur sa proposition nous avons discute s’il était possible qu’il en fit une occupation habituelle sans préjudicier la vente qui pourrait être faite dudit monastère. La chose nous a paru très difficile et actuellement impraticable. Il nous a fallu provisoirement lui permettre l’occupation de trois chambres au dortoir de l’infirmerie, deux de ces trois chambres ont un lit, lesquels nous avons laissé a sa disposition en exécution de l’article y. du décret du quatorze Octobre dernier et réfléchissant que ce curé conventuel n’avait prélevé que le mobilier de sa cellule et que c’était trop peu pour son établissement nous avons pris sur nous de lui accorder six autres draps de lit pour son usage, plus six encore pour celui de ses domestiques. Pour cette cause le nombre des draps fins se trouve réduit a celui de vingt huit et celui des draps grossier a quatorze.
Il a paru convenable aussi de lui, laisser provisoirement l’usage de la cuisine et des meubles qu’elle enferme et qui sont déjà détaillés dans le présent recollement. Au moyen de cette habitation le dit sieur Barthélemy Paris curé se trouvant a porte de surveiller aisément les divers scellés qui sont apposes au monastère, nous l’avons prie de vouloir s’en donner les soins, ce qu’il a promis de faire. Et de suite toutes les clefs étant remises, hors celle des pièces qui demeurent a la disposition du dit sieur curé, nous les avons distinguées en deux paquets, desquels l’un demeure dans le tiroir des archives compose de 42. Et l’autre compose de celles appartenantes aux cellules scellées sera par nous emporté au directoire du district au nombre de treize. Nous y avons aussi porte un paquet des clefs du Marquisat qui monte au nombre de cinq. Le peuple ayant manifesté le grand désir qu’il avait d’obtenir un ostensoir, ce désir s’étant montré avant midi par un nombre des femmes, nous leur avons dit que si M. M. les officiers municipaux venaient réclamer pour elles et pour le bien, il leur serait possible de leur donner satisfaction. Ces officiers municipaux sont venus et par un zèle louable, ils ont cherche a dissiper ces mécontentes. Ils nous ont néanmoins démontre avec douceur que le désir de leurs paroissiens était fondé, que le service d’une paroisse ne pouvait pas être fait sans ostensoir. Que même ils avaient des prétentions sur la propriété de celui que nous avons fait clore dans le caisson. Sur leur instances, nous nous somme déterminés a leur donner satisfaction. Nous avons fait ouvrir le dit caisson et en avons fait extraire l’ostensoir qui y était inclus. Ce fait le peuple a paru content et s’est retiré en nous priant d’accorder encore pour le service de la paroisse un encensoir tel qu’il paraîtrait convenable au district, nous leur avons promis d’appuyer leur demande. Les officiers municipaux du dit Moirax ont signe le présent procès verbal en acceptant la remise et soumis à représenter cet objet si réclamé.

L’acte ci dessus étranger a notre recollement d’inventaire étant fait et le peuple retiré nous avons continue de nous occuper de notre objet principal. Et comme l’argenterie du monastère a été nécessaire pour le service du jour, les dits Religieux ne l’ont exhibée que vers les neuf heures du soir. Elle consiste en trois grandes cuillères, douze couverts, six cuillères a café, un support des huiliers, et deux salières, le tout d’argent. Lesquels effets nous avons reçu et disposes pour être aussi emporté au directoire dans le même caisson. Et ne nous restant plus qu’a effectuer l’évacuation ordonnée par les décrets, nous avons somme les dits Religieux de sortir avec nous, ce qu’ils ont fait. De quoi et de tout ce dessus avons fait et dressé le présent procès verbal que nous avons lu aux dits Religieux et qu’ils ont signé avec nous les jours mois et an que dessus. C’est par erreur qu’il est annoncé dans le procès verbal que la boite des Stes huiles est inclus au caisson qui doit être porté au district. Elle a demeuré dans les mains dudit sieur curé. Dom Pierre Grandchamps a été interpellé de vouloir signer, il a répondu qu’il ne le pouvait en ce moment.
D. Vallat
Laval, secrétaire d’office
D. Gros
Noguères, commissaire



Source: Archives Départementales de Lot-et-Garonne.