Le Bourg de Moirax


Implanté sur un coteau à 7km d'Agen le bourg de Moirax domine la topographie au Sud de la Garonne. De la Garonne, la route monte au bourg en passant par les lieux-dits de Bayten, Poncillou, Larroc et Monges, pour finalement arriver à Moirax. La situation de Moirax en faisait un lieu stratégique dû à la traversée de l'ancienne voie Romaine appelée la Peyrigne partant de la Garonne, jadis limite de la Gascogne et de l'Agenais, jusqu'à Saint Bertrand de Comminges en passant par Brimont, La Romieu et Lectoure. La Peyrigne était une voie commerciale importante pour les marchands, les armées ainsi que pour les pèlerins voyageant sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle (Via Podiensis) du Puy aux Pyrénées. Le passage du fleuve se faisait près du Château de Lecussan, un château situé sur un promontoire près de la Garonne et opposé du village de Boé. En l'année 1049, Guillaume Arnaud, seigneur de Moirax et autres lieux, fit par une charte donation de ses terre et revenus a l'Ordre de Cluny pour établir un chapitre et une église dédiée a la Vierge Marie. Un port, dit Port d'Agen, fut aussi donné aux Bénédictins. Ce port avait de l'importance car il était une étape pour les gabarres qui faisait le commerce sur la Garonne ainsi qu'un revenu du bac a péage. Des bateliers transportaient les personnes et animaux d'un coté à l'autre pour une somme partagée de deux tiers pour le Doyen et un tiers pour le seigneur de Lécussan. Les autres revenus étaient le droit de mouture sur les moulins, afferme de la boucherie, pêche, chasse et les dîmes sur les vendanges et les récoltes. Des revenus venaient aussi de terres données par Guillaume Arnaud au prieuré dans les communes de Laugnac, Sainte Colombe, Aubiac, La Réole et Saint Lupert. Tous ces revenus étaient considérables et amples pour l'entretien du prieuré, des Bénédictins et ces exploitations contribuaient aussi à l'oeuvre de Cluny. Cette paroisse a l'époque rendait hommage et faisait partie de l'évêché d'Agen jusqu'en 1317 ou elle passa au nouveau a l'évêché de Condom crée par Jean XXII jusqu'au Concordat de 1801. Avant cette fondation, Guillaume Arnaud résida à Cluny ainsi que son fils Pierre qui ensuite prit l'habit des Bénédictins. Pierre fut le premier prieur et seigneur doyen de cette paroisse. Cette fondation fut contestée en trois occasions par la famille de Guillaume Arnaud vers la fin du 11e siècle. La première fut par le beau fils, Raymond de Narces, marié à Arsendis, qui réclama une partie du patrimoine familial. La seconde fut par Raymond de Durfort, un petit neveu par l'autre soeur du prieur Pierre. Finalement la troisième a la fin du siècle par un autre membre de la famille, Pierre de Gabarret. Apres plusieurs actes de violence contre les prieurs et la paroisse, ces contestations furent résolues par des plaids suivant la coutume de l'époque par Cluny et l'évêque d'Agen. Quelques auteurs citent l'existence d'une communauté avant la charte de donation de Guillaume Arnaud en 1049 ainsi que la possibilité d'un site Gallo-romain dans l'antiquité et qu'une chapelle dédiée à la Vierge Marie existait déjà. L'abbé Barrère cite un document mentionnant la donation d'une église dédiée à la Mère de Dieu à Moirax et toutes ses appartenances, confirmée par le roi Louis le Débonnaire. Le prieuré fut en ruine partielle en 1285 et parmi les autres faits qui contribuèrent a son abandon furent la peste de 1347, les taxes et redevances imposées par la Chambre Apostolique sur le prieuré de Moirax, les luttes des seigneurs de la région, et la guerre de cent-ans et les Grandes Compagnies achevèrent de ruiner la région.



Le Prieuré


Les bâtiments du prieuré et les défenses du bourg furent remaniés au XIV et XV siècle. Ce n'est qu'après la visite de Ponce de Salignac en 1555, envoyé par les supérieurs de l'Ordre de Cluny, que le prieuré fut reconstruit pour remplir les volontés du fondateur et poursuivre la vocation des Bénédictins. Le prieuré ne fut enclos de murs qu'après le concordat de 1687 et le fossé qui entourait la ville était déjà partiellement comblé. A l'aile de l'Est, le prieuré comprenait un chapitre, le réfectoire et le dortoir pour les moines.
L'aile du Sud comprenait l'infirmerie et la bibliothèque jusqu'à la tour de l'escalier. A la fin de ce bâtiment était le vieux château qui servait de logis au seigneur doyen et comprenait une cuisine, cave, 2 chambres au deuxième et troisième étage, plus un grenier. Derrière se trouvait le jardin du Doyen. Un pressoir a huile appartenant aux Bénédictins existait rue Curet au nord de l'église sur le mur du bourg. Un cloître fut bâti à l'intérieur de la cour du prieuré et tous les travaux furent finis en l'année 1705 pour la somme de 3200 livres. Il ne reste de ces transformations dans la cour que quelques chapiteaux visible et un cadran solaire. Ce bourg, faisait parti de la Vicomte de Brulhois avec le village de Laplume servant de siège au tribunal d'appel. L'administration judiciaire de Moirax était desservie par un juge, lieutenant de juge, un sergent d'arme et un notaire. Cette administration civile était pourvue par deux consuls élus par le seigneur doyen pour une période d'un an. Le bourg était une sauveté fortifiée par une muraille comprenant un château a tour carrée au Sud de l'église et entoure d'un fossé. Ce château tombé en ruine fut absorbé, au cours des siècles, dans le bâtiment du prieuré. Durant la guerre du Roi d'Angleterre et le Comte de Toulouse de 1159 a 1164 et plus tard la guerre de cent ans, la région fut ravagée par les troupes. Les derniers troubles furent durant les guerres de religions avec le passage de l'armée protestante de Montgomery et le pillage du château de Lécussan par l'armée catholique du Comte d'Harcourt. Le bourg fut assiégé par Montgomery mais le siège fut relevé par l'intervention de Monluc. Des échelles furent apposées sur les murs mais rapidement abandonnées. Un mur avait été construit sur la façade de l'église pour la protéger et empêcher toute intrusion par les fenêtres fut dégagé pendant la restauration de l'église au 19eme siècle. L'entrée dans la ville se faisait par deux portes, la porte de Laffont au Nord et la porte de Laplume au Sud. Le cimetière était a l'intérieur du bourg au Nord de la place de l'église jusqu'a la fin du XVII siècle. A la fin du cimetière du bourg se trouvait la boucherie et au sud de la porte de Laplume le moulin à vent. C'est à cette époque que les morts furent enterrés au cimetière de Monges qui devint le cimetière municipal. Un moulin a eau, dit de La Jorle, existe encore avec sa gourgue mais est en ruine. A la révolution, toutes les tours et les murs furent découronnés de remparts et le bourg prit sa forme actuelle. Au Nord, une tour fut rasé jusqu'au niveau du corps de logis et transformée en prison. Tous les biens du doyenné furent confisqué et adjuges par enchère. Quelques portions du mur de la ville sont encore visibles à l'entrée Nord et au Sud. Il reste une tour au Sud du bourg et une partie du fossé. En 1809, il restait une autre partie du fossé au Nord qui fut ultérieurement comblé.


Source: Archives Départementales de Lot-et-Garonne : Registres paroissiaux de Moirax
Dubourg P., Chanoine : Histoire du doyenné et de la paroisse de Moirax, Agen, 1908.