Origine du Prieuré de St-Martin de Layrac

Comme il s’est glissé quelques fautes d’impression dans les textes concernant les Chartes de la Fondation du Prieuré de St-Martin de Layrac, nous les reproduisons, avec la Bulle du Pape Urbain II qui confirme cette fondation.

Nous rappelons aussi l’origine du célèbre fondateur du Prieuré de Layrac. Ce fondateur fut Hunald de Gabarret. Il était fils du vicomte Roger de Gabarret, vicomte du Brulhois, qui, en secondes noces épousa Adalaïs de Lomagne, veuve elle aussi de Gaston III Centulle, vicomte de Béarn, et soeur utérine de Bernard Tumapaler, comte de Gascogne. Dudit mariage du vicomte Roger avec Adalaïs de Lomagne, il y eut deux fils :

1° Hugues de Gabarret, vicomte de Brulhois, mort sans laisser de postérité ;

2° Hunald de Gabarret, vicomte de Brulhois, qui se fit moine à l’abbaye de Moissac, et signa en 1062 la Charte de fondation du Prieuré de St-Martin de Layrac, et la dota de son riche patrimoine.

Ire Charte de Fondation du Prieuré de Layrac (1)
(1062 avant le mois de septembre)

Charte par laquelle Hunald, vicomte de Brulhois, donne aux monastères de Cluni et de Moissac l’église de Layrac et d’autres églises situées dans le territoire agenais.

A tous les hommes et pour leur vie la Souveraine et Ineffable toute puissante Providence de Dieu a accordé la faculté du libre arbitre. C’est ce que nous trouvons proclamé à chaque page de l’Ancien et du Nouveau Testament. Quoique indigne serviteur des serviteurs de Dieu, d’après le conseil et la volonté de ma mère Adélaïde et de mon frère le vicomte Hugues et de plusieurs autres personnages illustres, pour le salut et le soulagement de l’âme de mon père Roger et de mon oncle Saxeton, autrefois doyen de l’église d’Agen, de toute notre famille, comme aussi pour le bien de tous les fidèles vivants et trépassés, mais principalement pour la sanctification de mon âme, moi Hunald, appelé vicomte du Brulhois, je me consacre moi-même et je donne tous les biens dont je parais être en jouissance au Roi des Rois, au Dieu tout puissant, aux très saints et glorieux apôtres Pierre et Paul, au très célèbre monastère de Cluni, à son abbé le vénérable seigneur Hugues, et en même temps à tous ses successeurs en cette charge et à tous les frères vivant présentement et qui vivront plus tard sous la règle de Cluni, je fais la donation suivante : L’église appelée d’Alayrac, consacrée en l’honneur du grand évêque saint Martin, située dans le territoire agenais sur les rives de la Garonne et du Gers, elle m’appartient, je la donne toute entière, à l’exception de la cinquième partie de la dîme qui est du domaine d’un de nos parents.

Je donne aussi d’autres églises, savoir : l’église de Saint Saturnin, construite dans la même ville, les églises de Saint-Pierre de Cazals, de Saint-Vincent d’Avezag, sauf un tiers ; puis les églises de Saint-Vincent de Preissag, de Sainte-Marie de Mazonville , de Saint-Gervais de Cirsol, et l’église de Sainte-Marie et celle de Saint-Saturnin de Sérignac. Je donne une forêt et l’église bâtie en l’honneur de Sainte-Marie dans cette forêt, alleu de Montguascon. Dans cette donation, je comprends toutes leurs dépendances qu’on voit ressortir en leur possession ou grâce à Dieu tout ce qui apparaît inclus en leur possession soit en terres, vignes et forêts, eaux et moulins et paturages, terres défrichées ou en friche avec tout ce qui s’y trouve acquis ou à acquérir.

Ma donation ne se borne pas aux biens présents, mais encore elle s’étend, en outre, à tout ce que je pourrai acquérir durant ma vie jusqu’à ma mort, n’importe de qui. Je fais cette donation à l’abbé et aux religieux du monastère de Moyssac par ordre et commandement du seigneur Hugues, le vénérable abbé de Cluni, par le conseil et la volonté de tous mes frères du chapitre de Cluni, tant que ce monastère avec ceux qui y servent Dieu demeureront et continueront d’être sous l’obédience et les ordres de l’abbaye de Cluni, mais à cette donation je mets la clause et la disposition suivante, c’est que tous les ans, à perpétuité, les religieux de Moyssac payeront la redevance annuelle de deux sols de monnaie bonne et authentique aux Pères de Cluni. Quant aux autres revenus qui en proviendront ils en jouiront à perpétuité et les employeront pour le service de Dieu et pour leurs besoins personnels.

Au surplus, comme c’est une pensée sainte et salutaire de prier pour les morts afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, j’ai jugé bon de rappeler et je supplie humblement qu’on ne l’oublie jamais, soit à l’abbaye de Cluni, soit au monastère de Moyssac, je conjure tous nos frères vivant sous la règle monastique de célébrer le jour anniversaire et tous les ans, à perpétuité, pour l’âme de mon Père, de ma Mère et de mon oncle Saxeton. La charte de cette concession et donation a été rédigée l’an 1062 de l’Incarnation de N.-S. Jésus Christ, sous le pontificat du Pape Alexandre, de sainte mémoire, sous le règne du très vénéré Philippe, roi des Francs. Or, si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, voyant de mauvais oeil notre générosité ou celle d’un autre, avait l’audace d’entraver l’aumône et donation que nous faisons en ce moment, ou s’il essayait de quelque manière à l’annuler, qu’il sache et comprenne que je le soumets au jugement du Dieu Eternel et Tout Puissant et de tous les saints pour cette vie et pour l’autre. En outre, qu’il apprenne que je le cite au jugement du siège Apostolique et que je le soumets à son autorité et à sa puissance pour subir sa condamnation, ses anathèmes et excommunications ainsi que des évêques de tout l’univers Catholique, jusqu’au jour où il se repentira et réparera sa faute, il sera regardé comme un payen et un publicain, digne d’être banni de toute assemblée chrétienne.

Et voici, maintenant, les noms de tous ceux qui ont confirmé la présente charte de ma donation qu’il faut tenir, garder et posséder. En tête vient le vénérable Hugues, abbé de Cluni ; en sa présence tout a été réglé et il a tout ratifié de ses propres mains. Après lui le seigneur, digne de mémoire, Durand, abbé de Moissac et évêque de Toulouse, dont les conseils nous ont dirigé dans ces dispositions. Après eux, moi, Hunald, j’ai tout confirmé de vive voix et par écrit. A approuvé avec ma mère, Adélaïde, le vicomte Hugues, mon frère, Guilhaume d’Arnaud et son fils Pierre ont confirmé ainsi que Garsia Arnald, susnommé Guailard Guilhem de Séguin et son frère ont confirmé. Rolland et ses enfants ont confirmé, ainsi que Guilhem Garsia, ses fils et grand nombre d’autres.

Charta quà Hunaldus Bruliensium Vicecomes dat monasteriis Cluniacensi et Moissacensi Ecclesiam de Alairaco, et alias in pago Aginnensi.

Omnibus ab oeterno et in oevum commune mortalibus summa et ineffabilis Dei omnipotentis. Providentia, liberi arbitrii copiam fore collatam, utriusque tam veteris quam novi Testamenti multiplex pagina effabiliter intonat. Horum ego, quamvis indignus, Dei servorum servus, Unaldus, Bruliensium vicecomes cognominatus, me ipsum et substatiam universam quant abere videor, cum consilio et voluntate Genitricis meoe Adaléidis et fratris mei Hugonis vicecomitis, aliorumque plurimorum nobilium virorum, pro salute et remedio animoe genitoris mei Rogerii et avunculi Mei Saxetonis, Aginnensis ecclesioe quondam decani, et omnis progeniei nostroe, et simul cunctorum fidelium vivorum et defuctorum, proecipue autem pro refrigerio animae meoe. Cedo Regi Regum, Deo omnipotenti, sanctissimisque et summis apostolis ejus, Petro et Paulo et celeberrimo loco Cluniaco, Abbatique Venerando Domno Hugoni, simulque omnibus sibi in codent officio succedentibus et fratribus in ipso loco sub regularitenore degentibus, tam futuris quant proesentibus, AEcclesiam mei juris in honore Sancti Martini Pontificis consecratam, Alairacum cognominatam, in pago Aginnensi, supra fluvium Garomnoe et Gercis sitam, totamque ab integro, excepta quinta decimoe parte quoe est cujusdam nostri consanguinei.

Dono etiam et alias ecclesias scilicet : Sancti Saturnini in codem loco constructam, Sancti Petri de Casals, Sancti Vincentis de Avesag, absque tertia parte, Sancti Vincentii de Preissag, (2) Sancte Marioe de Manzouvilla, (3) Sancti Gervasii de Cirsols, Sanctoe Marioe et Sancti Saturnini oecclesiam in Siriniaco, Silvam unam et oecclesiam in honore Sanctoe Marioe in cadem Silva, alodium de Montguasco, has, inquam, oecclesias cum universis appendicii suis, quoe nunc in possessionne earum haberi videntur ; vel Deo auxiliante quidquid in terris, vineis et silvis aquis, molendinis et pascuis, cultis et incultis , cum omnibus jam adeptis, et adhuc adapiscendis, quemadmodum et in bac eadem denotatione subscripta habere videntur.

Non solum autem hoec sed et coetera quoecumque à coquumque, cunctis diebus, vitacomite, augere potero vel adjungere Abbati et fratribus Moyssiacensis monasterii, Jussu et imperio Domni Hugonis Cluniensium reverendi Abbatis, consilio et volumtate fratrum omnium Cluniensis capituli, quamdiu locus ipse cum hibidem Deo servientibus in subjectione et ordinatione jam dicti loci Cluniaci perstiterit et permanserit, tenere et regere et possidere, censeo ac dispono, tali tenore et ordine, quatenus per singulos annos jure perpetuo annuatim censum, id est decem solidos probatoe ae legitimoe monetoe senioribus Cluniaco persolvant ; reliqua vero quoe inde habere potuerant in Dei Servitio ac propriis usibus perhenniter ipsi habeant ac possideant.

De cetero ergo, quia sancta et salubris est cogitatio pro defunctis exorare ut a peccatis solvantur, memorandum ac memorioe commendandum dignum duxi in memoriale perpetuum humiliter implorans, supradictis in locis, Cluniaco scilicet et Moyssiaco, sub regulari scemate degentes, omni anno in perpetuum, pro animabus Genitoris ac Genitricis meoe, nec non et avunculi mei jam dicti Saxetonis, anniversarium diem memoriter agere, — Hujus si quidem cessionis atque donationis descriptia facta est anno Incarnationis Domini nostri Jesu-Christi MLXII, sede residente in apostolica divoe memorioe Alexandro Papa, Francorum regni regente monarchiam serenissimo Rege Philippo per omnia. — Si quis autem, quod absit, vel alterius vel nostroe generositatis maligno spiritu agitatus, hane nostroe cessionis eleemosynam inquietare ausus fuerit aut aliquo modo infectam reddere preoesumpserit, oeterno omnipotenti judicio Dei, omniumque sanctorum et nunc et in evum se sentiat et cognoscat dampnandum, insuper et apostolicoe Sedi proesidentis auctoritate et potestate, omniumque catholicoe ecclesioe episcoporum anathématizandum et excommunicandum et quousque resipiscat ac satisfacere studeat, plusquam ethnicum et publicanum liminibus sanctoe ecclesioe procul pellendum.

Nomina autem eorum qui hanc cessionis meoe cartam ita tenendam, possidendam habendamque firmaverunt, hoec sunt : in primis venerabilis Hugo, Cluniensium Abbas, in cujus proesentia hoec sunt ordinata atque sub ejus manibus firmata. Post ipsumquoque memorandoe memorioe Domnus Durannus, Abbas simul et episcopus, cujus consilio hoec agenda disposuimus. — Post hos ego ipso Hunaldus propriis manibus et viva voce fiamavi. Adalais genitrix mea firmavit. Hugo vicecomes, frater meus, firmavit. Willelmus Arnaldi et filius ejus Petrus firmarunt. Garsia Arnal, cognomento Guailard, firmavit, Willemus Siguini et frater ejus firmaverunt. — Rodlanus et filii ejus firmaverunt, Villelmus Garsia et filii ejus, aliique quam plures firmaverunt.

(1) Nous donnons le texte du Recueil des Chartes de l’Abbaye de Cluny, formé par Auguste Bernardt, t. IV, publié récemment par Alexandre Bruel (Paris 1888), de préférence au texte publié par Marca en son Histoire du Béarn, qui est le même au fond, mais moins explicite. Il est tiré du cartulaire de Moissac.
(2) C’est aujourd’hui l’église de Plaichac, canton de Laplume.
(3) C’est l’église paroissiale d’Amans, commune de Layrac, appelée autrefois Mansio, Mansiovilla et qui a pour patronne Notre-Dame. Ce ne peut être Mansonville, près de Flammarens, car en cette paroisse il n’y a pas trace d’une église dédiée à Notre Dame. (Moulenq, t. III, page 424.)
Dans la charte donnée par Marca, il y a : « Dono ecclesian sancti Saturnini in cadem villa ». Cette église de Saint-Saturnin, érigée en ville, a disparu et sur son emplacement a été bâtie l’église prieurale, qui est aujourd’hui l’église paroissiale.
NOTE. — Marca. Hist. de Béarn, p. 305, note 4, a publié une copie différente de cet acte, daté du 12 Janvier 1062 d’après le cartulaine de Moissac. Note des éditeurs.

Confirmation de la Première Donation et IIe Charte
(16 novembre 1064)

Deux ans après cette première donation, fut rédigée, à Moncaut, une seconde charte signée par tous les personnages qui, en qualité de suzerains spirituels et temporels, pouvaient concourir à assurer la première fondation. La Gallia Chistiana n’en avait donné que les conclusions, nous sommes heureux d’en donner le texte intégral :

Charte par laquelle le vicomte Hugues et d’autres ont donné au monastère de Cluni quatre églises situées dans les villes d’Alairac, de Cazals, de Preissac et de Veziac.

Notre Sauveur donne dans l’Evangile l’avertissement suivant à ses fidèles : faites-vous des amis avec les richesses injustement acquises, afin que lorsque vous viendrez à manquer, ces amis vous reçoivent dans les tabernacles éternels. Dociles à cet avertissement, moi Hugues, vicomte de Brulhois et ma mère,dame Adélaïde, ainsi que mon cousin Pierre, nous donnons à Dieu, nôtre maître, et à ses saints Pierre et Paul, pour le monastère de Cluni, afin de servir à l’usage de ceux qui vivent là, servant Dieu sous l’autorité et gouvernement de l’abbé Hugues, le très révérend seigneur, quatre églises avec toutes leurs dépendances, situées dans la vicomte de Brulhois, ainsi que deux moulins. L’une de ces églises est située dans la ville de Layrac, sur le bord du fleuve appelé Gers ; l’autre au lieu appelé Cazaux ; la troisième au lieu de Preissac et la quatrième au village de Veziac.

Cette donation susdite, nous la faisons de notre pleine puissance sans aucune opposition de personne, à cette condition que ce soit la propriété de l’ordre de Cluni à perpétuité et ce pour le salut de notre àme et le salut de nos parents, et à l’exception de la cinquième partie dans l’église d’Alairac et de la troisième dans l’église de Veziag, parties qui ne sont pas notre propriété, mais celle de nos parents. Et si quelqu’un tente, d’une façon quelconque, d’attaquer cette donation, que la toute puissante main de Dieu empêche ce coupable de réaliser son crime et que sa colère et la haine de tous tombent sur lui. Et, en outre, nous le déclarons passible et redevable de dix livres d’or au fisc du Roi ou du comte de Gascogne.

Cette charte a été faite à Moncaut, l’an de l’Incarnation de Notre Seigneur 1064, la quatrième année du règne de Philippe, roi des Francs, la quatrième année de l’ordination du Seigneur Guilhem, évêque de l’église d’Agen ; le 16 des kalendes de décembre. Indiction IIe et en présence du seigneur Hugues, abbé de Cluni, dont nous avons parlé plus haut ; de Durand, évêque de Toulouse et des nobles seigneurs Arnauld, Guilhem, Pontion et Pierre (2).

Charta qua Hugo vicecomes et alii dant monasterio Cluniacensi quatuor ecclesias in villis Alairaco, Cazales, Pressiaco et Vesiaco.

Salvator noster fideles suos in Evangelio admonet, dicens : Facite vobis amicos de mamona iniquitatis, ut cum defeceritis, recipiant vos in oeternà tabernaculà. Hujus ammonitioni obaudientes, ego Hugo vicecomes Pruliensis et mater mea Domna Adalaïdis et meus consanguineus Petrus, donamus Domino Deo et Sanctis ejus Petro et Paulo, ad locum Cluniacum, in usum et servitium Dei servorum ibi degentium sub curà et regimine Domni Hugonis, reverentissimi Abbatis, quatuor oecclesias, cum omnibus ad cas pertinentibus in pago Pruliensi sitas et duo molendina : Una ecclesia est in villa quoe dicitur Alairacus super ripam fluminis quod vocatur Lertius (1) et allia est in villà quoe dicitur Casales ; et tertia est in villà quoe vocatur Pressiacus et quarta in villà quoe vocatur Veziacus.

Has, ut proedictum est, donamus protestativa manu absque omnium hominum contradictione, eo tenore ut Cluniacensis congregatio perpetuo jure eas habeat et possideat pro salute animarum nostrarum et parentum nostrorum, excepta quinta parte in ecclesià quoe est Alairaco, et in ecclesià quoe est Veziaco, tercia parte excepta, quas partes non nos sed alli consanguinei habuerunt. — Si quis autem liane donationem nostram ullo modo infringere temptaverit, hujus aflectum ne perveniat ad effectum, validissima manus Dei omnipotentis prohibeat, et ipsius odium et omnium ejus incurrat. Et proetera condempnamus eum ad fiscum regis vel comitis Vasconioe ut sit debitor decem librarum auri.

Facta est autem hoec carta in villà quoe dicitur MonsCalvus, anno Domini Incarnationis millesimo sexagesimo IIIIe, regni autem Phylippi regis Francorum IIIIe, ordinationis quoque Domni Willelmi Aginnensis oecclesioe episcopi IIII°, XVI calendas decembris, indictione II°, presentibus Domno Hugone Cluniacensi abbate, cujus et supra meminimus, et Domno Duranno, Tolosanoe sedis episcopo nec non viris nobilibus Arnaldo, Willelmo, Pontione, Petro.

Les auteurs de la Gallia Christiana ne donnent que la fin de la charte de 1064 et le texte emprunté au cartulaire de Moissac donne une version différente. Il est dit : « Donamuns Deo et S. Petro Cluniacensi… unam ecclesiam in villa Alairacus, duas in villa casales ».

(Nous donnons à Dieu et à Saint-Pierre de Cluni une église située dans la villa de Layrac et deux métairies.)

Que faut-il entendre par ces duas casales ? Dans le glossaire placé à la fin du volume, les auteurs de La Gallia Christiana disent que par casales il faut entendre « suburbanum, certus casarum coetus seu domorum rusticarum numerus — Glossarium col. 506 ad calcem ». Le mot casalès et en patois casau, est-il dit en la Revue de Gascogne, veut dire jardin ; mais l’abbé Dulac assure que, dans le pays de Bigorre, casal est adopté avec l’acceptation de métairie ; Revue de Gascogne, 1880 (page 15). C’est ce dernier sens que nous avons adopté, et voilà pourquoi nous avons traduit par le mot de métairie, qui comprend en effet une certaine étendue de terres cultivées, sur lesquelles sont construites des habitations destinées à ceux qui exploitent ces terres.

Cela revient à dire que l’église fut dotée de biens fonds dont le revenu devait servir à l’entretien de l’église.

Plus tard, le patronage avec tous ses droits s’étendit, par suite de donations successives, sur les paroisses de Gudech, Saint-Denis, Saint-Pierre de Gaubert, d’Estillac, de Cuq, de Laplume, de Lamontjoie, de Roquelaure, comme sur la sacristie de Cazaux et celle de Sainte-Geneviève d’Astaffort (3). Les actes de donations ne subsistent plus ; mais le fait est patent aux XVIe XVIIe siècles, et le patronage subsista jusqu’à la Révolution.

(1) Notes des éditeurs. — Lisez : Jertius pour Gertius, sur lequel est situé Layrac, à environ 3 kilomètres du confluent avec la Garonne.
(2) Ce texte est tiré du Recueil des Chartes de Cluni, t. IV, page 305.
(3) Pour l’église de St-Genière d’Astaffort il y a une charte de 1067 insérée dans le Castulaire de Cluny, édité en 1888, t. IV, p. 520 et il est fait mention des églises d’Amans, d’Andiran etc… C’est une donation faite au monastère de Cluny.

Lettre du Pape Urbain II en 1096 confirmant la donation d’Hunalde

À cette époque, où le droit du plus fort décidait souvent des possessions et des territoires, les biens ecclésiastiques devinrent l’occasion et l’objet de compétitions et de luttes sanglantes, comme cela eut lieu après la mort du fondateur du Prieuré de Moyrax.

Pour prévenir de telles éventualités, les Religieux de Layrac recoururent à l’autorité du Souverain Pontife, dont la parole pouvait seule dominer et apaiser les conflits et les rivalités.

Ces considérations furent soumises à la sage discrétion du Pape Urbain II, lors de son passage à Layrac au mois de mai 1096.

Le Souverain Pontife y fit bon accueil, et quelques jours après, de Toulouse même, il donna une bulle pour confirmer à Hugues, abbé de Cluny, sa suzeraineté sur l’église de Saint-Martin de Layrac et sur les dépendances qui sont énumérées dans ce précieux document.

En voici la teneur :

Privilège par lequel le pape Urbain II confirme à Hugues, abbé de Cluny, la suzeraineté de l’église de Saint-Martin de Lairac dont Hunalde avait fait don à ce monastère.

Urbain, évêque serviteur des serviteurs de Dieu, au Vénérable Frère Hugues, abbé de Cluni, salut et bénédiction apostolique.

Il convient d’accorder un accueil empressé à vos pieux désirs afin que votre dévrouement et votre fidélité trouvent au plustot leur récompense, c’est pourquoi l’hommage religieux de notre commun Fils Hulnalde, soit à raison de sa vertu, soit par égard à votre religion si remarquables, nous le confirmons par la teneur du présent décret. Ce gentilhomme en effet, étant venu au monastère du Cluny, mû par une inspiration divine, afin de se consacrer à Dieu, fit à Saint-Pierre et au Monastère de Cluny la donation de la part de son patrimoine comprenant l’église de Saint-Martin de Lairac, et là à Lairac même, où se trouvait un antique Monastère, conformément aux ordres du Bienheureux Pape Grégoire VII, il employa tout ses soins à restaurer le Prieuré.

En conséquence cette donation de ce monastère avec toutes ses dépendances, par l’autorité du présent décret nous en confirmons à perpétuité la possession aux Religieux du Couvent de Cluny, et nous ordonnons que mention soit faite par leurs propres noms de toutes ses appartenances : L’église Saint-Pierre de Cazaux, l’église de Saint-Vincent d’Avezac, celle de Saint-Vincent de Plaichac, l’église de Sainte-Marie de Sérignac, celle de Saint-Caprais de Breil, celle de Saint-Jean d’Estillac, celle de Saint-Martin de Panissas, celle de Saint-Brice du Treil ou Trillou, Sainte-Marie de Belloc, Saint-Caprais de Cucq, Sainte Marie de Caudecoste, Saint-Nicolas de Montgascon , Saint-Caprais de Boé Saint-Martin de Guzan, Saint-Martin de Calville, Sainte-Marie d’Agudech, Saint-Germain de Coussigniac, et dans le Bordelais l’église de Saint-Paul de Lormon et celle de Saint-Clément de Corne ; dans le diocèse de Lescars, l’église de Jehan de Podenx.

Que désormais tout ce que ce monastère pourra justement acquérir, demeure intégralement ferme sous votre autorité, votre administration et celle de vos successeurs ou de ceux qui par nous y seront préposés. Et parce que, Dieu l’ayant ainsi voulu, l’autel de ce monastère a été consacré de nos propres mains, nous voulons qu’à l’avenir il soit entouré d’une plus grande vénération, et nous défendons à toute personne, sauf le consentement du Pontife de Rome, de prononcer jamais contre cet autel aucune sentence d’interdit ou d’excommunication.

Si donc plus tard quelqu’un osait attaquer, amoindrir ce monastère ou ravager ses dépendances par des attaques insolentes, ou bien par quelque pacte détacher ce lieu de votre couvent, qu’il soit frappé par la vengeance de la colère divine et par le jugement du Siège apostolique. Qu’il sache bien que son crime, grand au jugement de Dieu, le rend indigne de toute participation au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à moins qu’il n’ait réparé sa faute par une juste pénitence.

A tous ceux au contraire, qui dans ce même monastère vivront dans l’observation de la règle, la paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Qu’ils goûtent ici bas le fruit de leur sainte vie, en attendant que devant le Juste Juge ils reçoivent la récompense de l’éternelle paix. Ainsi soit-il.

Donné à Toulouse par la main de Jehan de la Sainte Eglise Romaine, l’an de l’Incarnation MXCVII et le IXe du Pontificat d’Urbain II.

Privilegium Urbani Papoe II quo confirmat Hugoni, Abbati Cluniacensi, Honorem cum Ecclesia Sancti Martini de Lairaco, quem Hunaldus dicto monasterio delegavit.

Urbanus, Episcopus servus servorum Dei, Venerabili Fratri Hugoni Cluniacensi abbati salutem et apostolicam benedictionem.

Religiosis desideriis dignum est facilem proebere consensum ut fidelis devocio celerem sorciatur effectum. Proinde commun filii nostri Hunaldi religiosum votum (1) cum justitiae ipsius intuitu tum tuae spectabilis religionis reverentia, per proesentis decreti paginam confirmamus. Is siquidem cum ad Cluniacence cenobium conversionis gratia, largiente Domino, pervenisset, Honorem qui eum de patrimonio contingebat, cum Ecclesia Beati Martini de Lairaco (2), Beato Petro et ejus Cluniacensi Monasterio delegavit, in ipso etiam loco ; quia monasterium antiquitus fuerat, ex proecepto Reverendissimi Pape Gregorii VII cellam sua industria reparavit (3).

Hanc igitur cum universis ad eam pertinentibus in perpetuum Cluniacensis coenobii fratribus possidendam proesentis decreti auctoritate firmamus, in quibus hoec propriis vocabulis annotanda proecipimus : Ecclesiam Sancti Petri de Cazali (4), Sancti-Vincentii de Avezac (5), Sancti Vincentii de (*) Plaisac, Santae Mariae de Sereniaco, Sancti Caprasii de Broilo (6) Sancti Johannis de Astalgiaco (7), Sancti Martini de Paniciac, Sancti (**) Bricii de Triliano, Sanctae Mariae de Belloloco (8), Sancti Caprasii de Cucco (9), Sanctae Mariae de Calda Costa, Sancti Nicholai de Monte Guascone (10), Sancti Caprasii de Bibitorio (11), Sancti Martini de Cuzano (12) Sancti Martini de Calvillo (13), Sanctae Marie de Acudetto (14), Sancti Germani de Cusiniaco (15), in Burdigalensi pago, Sancti Clementis de Corna (16) ; in pago Lescurensi Sancti Johannis de Podenx (17).

Quid quid proeterea idem locus in futurum juste adipisci poterit firmum seu iutegrumque permaneat, tam à te quam à successoribus tuis seu his qui per nos in eodem loco proestituentur, regendum disponendumque perpetup. Et quia, disponente Domino, cellae ipsius altare nostris manibus consecratum est, (18) ampliori venerationi locum ipsum deinceps haberi proecipimus, statuentes ne cui persone, proeter Romanis pontificis scientiam, liceat adversus illud altare interdictionis aut excommunicationis proferre sententiam.

Si quis ergo deinceps locum ipsum et quecumque ad eum pertiuentia infestare, minuere, temerariis vexationibus fatigare, vel à vestro Cenobio alienare praesumpserit, divine indignationis et apostolioe discretionis ulcione plectatur, ut à sacratissimo corpore et sanguine Domini Nostri Jesu Christi alienatus, nisi satisfactione congrua emendaverit, reum se divino judicio haberi cognoscat.

Cunctis autem codem loco justa servantibus sit pax Domini Nostri Jesu Christi, quatenus et hic fructum bone actionis percipiant, et apud Districtum Judicem praemia oeterne pacis inveniant. Amen.

Datum Tolose (19) per manum Johannis Sanctae Romane Ecclesie. Incarnationis Dominice anno M°XCVII° (20). Pontificatus autem Domini Urbani secundi Pape IX° (21).

(1) L’original porte notum.
(2) Lairac est une forme abrégée pour A. Lairaco. Notes des éditeurs.
(3) D’après ce texte il semble qu’il y avait déjà à Layrac un Monastère avant 1064 et que ce fut sur l’ordre de Grégoire VII, qui avant son élévation à la Papauté avait été moine Bénédictin et légat en France, qu’Hunalde vint relever les ruines de l’antique Cella de Layrac, remontant à une date antérieure, impossible à fixer.
(4) Ce fut primitivement le chef-lieu de la paroisse, dont Laplume était l’annexe et desservi par un Religieux de Layrac. qui était appelé : sacristain de Cazaux.
(5) Ne serait-ce pas l’église de Daubèze, aujourd’hui paroisse de Lamontjoye, qui jusqu’à la Révolution a dépendu du Prieuré de Layrac.
(*) Le Prieur de Layrac échangea en 1093 les droits de son monastère sur l’église de Plaichac contre une rante annuelle de 20 sols arnaudins.
Au XVIe siècle, la famille de Secondat possédait dans la paroisse de Plaichac le droit de justice.
(6) Cette église du Breil dont le curé de Laplume percevait les revenus a disparu depuis le XVe siècle. L’emplacement porte le nom de Gleisasse. Revue de l’Agenais, juin 1895, page 274.
(7) Le Prieur de Layrac a perçu les dimes de la paroisse d’Estillac jusqu’en 1791.
(**) Il y avait au XIIIe siècle le seigneur de St-Barthélémy d’Estrillan près Francescas. Tout est aujourd’hui détruit, église et château.
(8) Notre-Dame de Belloc était une chapelle bâtie au quartier appelé encore de Belloc, dans la propriété appartenant aujourd’hui à M. Joseph de Montfort, châtelain de Fongrave. Elle a disparu depuis longtemps, il en reste des ruines. Les revenus de ce bénéfice appartenaient au Camarier du couvent de Layrac.
(9) Un Religieux de Layrac était Prieur de Cucq et il en a perçu les revenus jusqu’en 1791.
(10) Pour Caudecoste et Saint-Nicolas nous expliquons leur situation vis-à-vis le seigneur Prieur de Layrac, dans la Monographie de Caudecoste.
(11) Il s’agit de l’église de Boé comprenant la paroisse de Saint-Pierre de Gaubert. Dans les actes postérieurs ces terres sises sur la rive droite de la Garonne, ne sont plus désignées que sous le vocable du Prieuré de Saint-Pierre de Gaubert. Les revenus étaient perçus par le Camarier du couvent de Layrac.
(12) C’est Saint-Martin d’Aguzan qui fut une annexe de Moncaut jusqu’en 1586, canton de Nérac.
(13) C’est sans nul doute la paroisse de Saint-Martin de Caubiet, en la juridiction de Laplume, et dont les revenus et la dime étaient perçus par un Religieux de Layrac jusqu’en 1791.
(14) C’est la paroisse d’Agudech ou Gudech, sise en la juridiction de Layrac, dont le titre paroissial a été supprimé et transféré à Sauveterre sous Mgr de Vesins. Ce qui a été l’origine et l’occasion d’un schisme.
(15) Inconnu.
(16) Ces deux églises sont dans le diocèse de Bordeaux.
(17) Podenx qui était dans le diocèse de Lescars est une paroisse dans le canton d’Hagetmau, département des Landes.
(18) Mention de la consécration qu’il avait faite de l’église de Layrac.
(19) Le pape Urbain II qui était à Layrac, le 7 mai, pour consacrer l’église du Monastère, consacra le 24 mai, deux semaines après, l’église Saint-Sernin.
(20) La date admise par tous les historiens est 1096. La divergence venait de la manière de supputer les années. Notice Biographique sur le pape Urbain II, p. 84.
(21) Cette bulle si importante pour toute notre région est extraite du Recueil des Chartes de l’abbaye de Cluny, formé par Auguste Bernard, complété par Alex. Bruel, Paris, 1894, V. page 55, etc.

La Paroisse de Layrac de 1789 à 1911, par M. l’abbé P. Dubourg, Villeneuve-sur-Lot, 1912.