Peste en Lot-et-Garonne

En 1463, une maladie épidémique s’étant déclarée dans Agen, les cours de justice et le Chapitre furent contraints de se réfugier à Villeneuve-sur-Lot.

Les livres des jurades de Condom signalent, en 1507, une peste qui se déclara du côté de Montréal, et finit par envahir Condom. Les habitants se réfugièrent à Mezin. C’est dans la maison des héritiers de Peyronet de Castillon que se tint l’assemblée des jurats. M. Guillaume de Castillon, lieutenant du sénéchal d’Agenais, établit dans Condom un commissaire chargé de la police durant l’absence des consuls et magistrats.

En septembre, même année, la peste cessant et les vendanges approchant, on permit aux habitants de rentrer dans Condom; mais cette autorisation ne s’étendit qu’aux chefs de maison, avec un domestique et une servante. En outre, les consuls louèrent trois femmes guéries de la peste et ne craignant rien, pour nettoyer les lits et les chambres. Moyennant quoi, et par la grâce de Dieu, ladite peste cessa ses ravages. — Condom souffrit également d’une peste qui affligea, l’an 1518, Bordeaux, Bergerac, Libourne, Agen, Villeneuve, Fleurance, etc., et d’une autre peste qui se déclara vers l’an 1522. Les jurats et le clergé se réunirent, cette fois, pour nourrir 1,000 ou 1,200 pauvres répandus dans la ville.

Pendant cette épidémie, M. Guillaume de Castillon tint sa cour de justice à Mezin, où s’étaient aussi réfugiés la plupart des Condomois.

Dans les comptes consulaires de Casteljaloux, on voit nos consuls ordonner la clôture des portes, en 1463, à cause de la mortalité; prendre la même mesure et pour la même cause, en 1481; mettre des portiers aux portes, en 1498, le jour do la foire de Sainte-Lucie, de peur de la mortalité; renouveler ces précautions, en 1501, aux foires de Pâques et de Pentecôte; supprimer pour la même cause, en 1502, la foire de St-Guiraud; remettre des portiers, en 1508; ordonner, en 1514, trois processions, l’une à Notre-Dame, l’autre à St-Raphaël, et l’autre aux Frères Mineurs, ainsi qu’une procession générale à Belloc, « afin, » est-il dit, « que Dieu nos tegnos en santat et nos volas guardar de la peste; » continuer la défense des portes, en 1516; renouveler les processions, par ordre du sire d’Albret, en 1517, à cause de la peste; faire brûler, en 1518, la maison d’un homme mort de la peste au Sendat, paroisse voisine de Casteljaloux, et accorder, cette même année, un rabais aux fermiers de la halle et du souchet, parce que la peste avait empêché les marchands d’y venir; chasser, en 1521, un pestiféré de la ville, et, cette même année, le sire d’Albret s’étant retiré de Nérac à Casteljaloux, à cause de la peste qui désolait la première de ces deux villes, mettre six gardes aux portes et construire même une barrière à celle de Notre-Dame pour empêcher que des habitants de Nérac ne suivissent leur seigneur; défendre également les portes, en 1525, contre les habitants de Villefranche qu’affligeait une épidémie; rétablir des portiers, en 1527, à cause des bruits de peste, du côté de Tonneins et de Bordeaux, ainsi qu’en 1529, parce que la peste était dans les environs, et, en 1532, à cause de la mortalité à Auch, Vic-Fezensac et ailleurs (*).

L’une de ces pestes, celle de 1525, ravagea surtout et dépeupla presque entièrement les diverses communes qu’arrose le Drot et qui se trouvent aujourd’hui distribuées entre les arrondissements de Marmande et de La Réole. Henri d’Albret, leur seigneur, ayant tiré, pour les repeupler, des familles de cultivateurs du Poitou, de la Saintonge, du Maine et de l’Anjou, qui y apportèrent leur langue et leurs mœurs, ce fut l’origine de cette gavacherie, de cette nation encore distincte des indigènes, que l’on retrouve dans la contrée du Drot.

(*) O’Reilly signale diverses épidémies qui affligèrent le Bazadais, eu 1504, 1508 et 1515. En 1504, Jean de Bonneau de Birac, lieutenant du sénéchal, transféra, pendant la peste, sa cour à La Réole. Mais les jurats restèrent à leur poste. En 1548, la peste sévit de nouveau à Bazas.

La Fronde et la peste en 1653 à Casteljaloux

17 février 1653. — Courses de ceux de Marmande, de Sainte-Bazeilhe et du Mas, aux environs de Casteljaloux. Ce matin, ils ont enlevé des bestiaux à Roques, ainsi qu’à Moleyres. — On fait un rôle des habitants qui ont des chevaux et des armes, pour entrer en campagne et courir sus aux voleurs. Ordre aux paroisses de sonner le tocsin, quand on apercevra l’ennemi et de s’attrouper en armes. On écrit à Marmande qu’on n’est dans l’intention de faire la guerre à personne, et on les prie de restituer les bestiaux enlevés, avec déclaration qu’autrement on emploiera la force. La ville s’engage à dédommager ceux qui sortiront, en campagne, des pillages que ces courses pourront leur occasionner.

13 avril. — Bruits de peste à Nérac.

14 avril. — Retour de l’armée royale, après avoir poussé jusqu’à Prégnac. C’est M. de Saint-Germain qui la mène. L’infanterie loge partie en ville, partie dans le château, partie en face de la porte de Veyries; la cavalerie, dans la Juridiction de Labastide, par ordre de M. de Candale, alors à Marmande. Il y a 4,000 hommes de toutes armes.

24 avril. — Cavaliers logés à Capchicot. M. de Saint-Micault les ayant sous son commandement, on députe auprès de lui, à Castelnau, pour lui montrer les exemptions des gens de guerre accordées à la ville de Casteljaloux.

26 avril. — Retour de ce député. M. de Saint-Micault n’ayant pas d’ordre à cet égard, doit en écrire à M. de Marsin, à Bordeaux.

27 avril. — Députation à M. de Licogne, qui commande à Capchicot, pour lui montrer l’exemption de gens de guerre et de contributions pour toute la juridiction.

28 avril. — Bande de voleurs sortie de Ruffiac et de Saint-Martin. Ils désolent Antagnac et pillent à force ouverte, liant les gens avec des cordes, pour les empêcher d’aller quérir des secours, et prenant les bestiaux, qu’ils abattent pour s’en nourrir. Les bourgeois qui ont des chevaux iront, avec dix ou douze fusiliers, pour les prendre et les livrer è la justice.

Même jour. — Requête à M. de Marsin. « Depuis deux jours, le sieur de Licogne et un des officiers de l’armée de M. de Marsin s’est saisi de la maison de Capchicot et y a mis garnison de trente ou quarante maitres de cavalerie et quelques fantassins; duquel lieu il est allé enlever quantité de grains dans les moulins de Laclede et du Brana, couper les blés pour la nourriture de leurs chevaux, et, qui plus est, écrit à plusieurs paroisses, comme on le voit par leurs ordres ci-attachés, de l’aller trouver à Capchicot, présupposant que c’est pour la subsistance. »

7 mai. — Ordonnance du comte de Marsin qui défend aux troupes de loger, prendre ni fourrager dans la juridiction de Casteljaloux. Ordre à M. de Saint-Micault, et, en son absence, à M. de Barbuscan qui commande à Cattelnau, de tenir la main à cette ordonnance. Le sieur de Licogne sera averti que les habitants de Casteljaloux ont payé leurs contributions.

9 mai. — Lettre du secrétaire de Marsin à Licogne. Ayant à demeurer à Capchicot, cet officier doit laisser la juridiction de Casteljaloux et s’adresser aux paroisses des autres juridictions, qui sont en très grand nombre.

26 mai. — M. de Licogne est allé, ce matin, avec quelques cavaliers à Coutures qui est du taillable de cette ville, où il a enlevé le bétail de M. de Roy, de M. de Léglise et de Mademoiselle de Gaubert.

Députation à Capchicot, pour retirer ce bétail et traiter avec M de Licogne, afin qu’il mette un terme à ses courses, dans les paroisses de la juridiction de Casteljaloux. On en écrit également à Marsin.

27 mai. — Retour du député Came de Hé, de Capchicot. M. de Licogne exige 60 pistoles, qu’il prétend lui avoir été promises par M. Gardolle.

On prie M. Gardolle d’en référer auprès de M. de Marsin ; et cependant, pour arrtter ces voleries, on traitera d’un présent avec M. de Licogne.

30 mai. — Ordre par M. de Marin, aux paroisses d’Antagnac, de Saint Martin et de Heulies, de loger la compagnie de M. Dubédat et de lui fournir des vivres. Comme c’est une contravention à la neutralité, la jurade députe M. Duluc, auprès de M. de Marin, à Saint-Macaire, pour lui porter le rôle des paroisses de la juridiction de Casteljaloux.

5 juin. — Retour de ce député, avec la décharge accordée par M. de Marin, en faveur de Heulies, de Saint-Martin et d’Antagnac.

13 juin. — Plaintes faites au duc de Candale, au sujet des courses fréquentes que les ennemis du roi font, dans la juridiction de Mézin, prenant les habitants prisonniers, amenant le bétail et faisant mille autres ravages.

Le duc de Candale a ordonné aux consuls d’armer des partis pour leur courir sus.

Depuis peu de jours, ces ennemis sont revenus, par deux fois. Ils ont pris plusieurs bourgeois ou habitants et enlevé quantité de bestiaux.

Aujourd’hui même, les consuls ont appris qu’une troupe de 20 à 25 est passée au gué d’Estabaque, pour continuer ses rapines.

Sur quoi on décide que les consuls prendront tel nombre de gens de cheval et de pied armés, dans la ville, et pour les conduire, ils prieront MM. de la noblesse, qui demeurent dans Mézin ou juridiction, de vouloir joindre leurs armes avec le peuple et choisir un ou plusieurs d’entre eux pour commander. Les habitants qui seraient pris ou blessés seront rachetés aux dépens du public; les chevaux pris ou tués, payés. (Livres des Jurades de Mézin.) Les livres des jurades de Sos relatent de semblables courses et de plus grands maux encore. Dans un procès-verbal antérieur, du 22 mars 1652, on se plaint que, dans les paroisses de Boulogne et de Ste-More, les gens de guerre emportent les grains, brûlent les granges, blessent beaucoup d’hommes, femmes et filles, et ont réduit ces deux paroisses à telle extrémité que les habitants les ont désertées. Les jurats avaient ajouté que les gens de guerre violaient les filles. Mais ces mots se trouvent raturés sur le procès-verbal, comme si l’on eût craint de perpétuer le souvenir de ce malheur.

(Sur ces entrefaites, la peste avait étendu ses ravages dans les villes voisines, et la jurade de Casteljaloux ne cessait d’ordonner la garde la plus sévère aux portes de cette ville).

6 juillet. — La contagion s’étend et se propage. Expulsion des personnes venues de Lectoure et d’autres lieux où elle règne. Nouveaux ordres de faire une garde exacte.

8 juillet. — M. de Barbuscan, commandant à Castelnau pour le prince de Conti, demande contribution à la paroisse de Couture qui est du taillable de cette ville et à toutes les paroisses de la juridiction. Députatîon à cet officier, pour lui montrer l’exemption des gens de guerre.

9 Juillet. — Retour de cette députation. Barbuscan exige un présent. On lui accorde deux tonneaux de vin.

11 juillet. — M. de Gardolle, qui est logé dans le château, a manifesté l’intention d’y recevoir deux religieuses venant du couvent de Nérac, où règne la contagion. Les consuls refuseront l’entrée à ces religieuses.

26 juillet. — On craint que Montcassin ne soit infecté.

28 juillet. — Les consuls de Puch se plaignent que nous donnons retraite aux cavaliers qui vont pour faire des actes d’hostilité contre eux, et si nous le souffrons, ils se serviront contre nous du remède qu’ils aviseront. — On fera des représentations au sieur Pleix, malade en cette ville et qui commande quelques cavaliers de ceux cantonnés à Castelnau. Ils lui rappelleront la neutralité dont jouit Casteljaloux et le prieront de ne point faire la guerre d’ici dehors. On écrira, de plus, aux consuls de Puch, « que nous n’avons point appris qu’on soit parti de cette ville, pour leur faire la guerre; mais que nous ne pouvons pas refuser la porte aux cavaliers d’un et d’autre parti, qui viennent souvent en ville. »

5 août. — Continuation des mesures préventives contre la peste. Défense de tenir les marchés.

26 août. — Dans les paroisses de la juridiction de Casteljaloux, des troupes de cavalerie et d’infanterie s’emparent des blés, qu’ils dépiquent et dont ils portent le grain dans la ville ou aux moulins, pour le vendre. — Défenses aux habitants d’acheter ce blé, ou autres objets, aux gens de guerre, afin de ne pas encourager ces voleries. Le même jour, la jurade condamne à l’amende de 3 1. avec confiscation du blé, le nommé Valade, qui venait de contrevenir à cette ordonnance de police.

28 août. — Les consuls exposent qu’au mépris des exemptions obtenues, de grandes troupes désolent tout le pays, depuis huit jours. — On attendra, partout demain, la réponse de M. de Candale, à qui l’on a déjà écrit, à ce sujet, puis on députera M. de Gardolle aux quartiers de ces diverses troupes, pour prier les commandants d’arrêter ces désordres, et parce que nous appréhendons d’être pillés, dans la ville, on fera garde jour et nuit, et le tiers des habitant entreront en garde.

Même Jour. — « La nuit dernière, M. de Merle, appréhendant que les gens de guerre lui enlevassent la pile qu’il avait à Bourras (à 3 kilom. de Casteljaloux), serait sorti de la ville, accompagné de M. de Plaisance et d’autres habitants, pour faire porter ledit blé, et comme ils s’en revenaient avec deux charrettes, étant arrivés en deça de Carré, ils rencontrèrent huit cavaliers qui d’abord tirèrent et tuèrent le sieur a de Plaisance, et après se retirèrent, laissant un cavalier blessé, lequel ayant été porté en ville, aurait déclaré qu’il était du régiment de Canilhac, et a nommé ses complices. Et parce que M. de Marsillac, commandant ledit régiment, était logé en cette ville, on lui a fait plainte; lequel a promis de faire justice; et s’en étant allé à Poussignac, où le régiment est logé, il est revenu et a dit qu’il s’était saisi desdits cavaliers et d’un paysan dudit lieu, qui les avait avertis du dessein dudit sieur de Merle et conduits sur le lieu, où le meurtre a été fait; et ledit sieur de Marsillac veut, demain, faire venir tout le régiment en bataille et et faire tirer au sort, pour en faire pendre celui sur lequel le sort écherra et aussi faire pendre le cavalier qui a été blessé, qui est en ville…. et que ainsi il a été jugé en leur conseil de guerre. Toutefois, ledit sieur de Marsillac a donné connaissance qu’il désire cette civilité de nous, que lorsque le cavalier sur lequel le sort écherra sera attaché à la potence, que les sieurs consuls aillent vers les officiers dudit régiment demander grâce pour ce cavalier. »

La jurade, avant de se prononcer, envoie une députation aux parents de M. de Plaisance, qui déclarent t’en remettre à la décision du corps-de-ville.

En conséquence, on arrête que « il sera dressé une potence au lieu où l’action a été faite ou plus près de la ville, et parce qu’on vient d’être averti que le cavalier blessé est mort, lesdits officiers dudit régiment seront priés de faire attacher son corps à la potence, pour servir d’exemple, et lorsque le cavalier sur lequel le sort écherra s’y trouvera également attaché, lesdits consuls iront demander auxdits officiers la grâce pour lui, et de remettre en prison ledit paysan, afin d’être poursuivi en justice. »

27 août. — Le messager qu’on avait envoyé à M. de Candale ne revenant pas, on prie MM. de Gardolle et de Bonneau d’aller demander à ce général, la décharge des gens de guerre. — Mais, le 30 août, ce messager apporte une ordonnance de M. de Candale, qui permet d’informer contre les actes d’hostilités exercés par les soldats.

2 septembre. — Lettre de M. de St-Germain, invitant les consuls de l’aller trouver à Antagnac, et leur annonçant que les troupes séjourneront dans ces quartiers jusqu’au 15 du même mois.

3 septembre. — M. de St-Germain offre, pour arrêter les désordres commis par les troupes, d’aller en demander le délogement au duc de Candale. On lui adjoint un notable de la ville.

5 septembre. — Arrestation du consul Dutour, à Grignols, par un capitaine au régiment de Boisse, pour avoir paiement de 1,250 l. que M. de Tracy lui a baillé de prendre sur ce que cette ville peut devoir de la subsistance, encore que M. de Tracy eût révoqué ce mandement.
(Dutour, pour obtenir sa liberté, fut obligé d’emprunter 600 1. qu’il livra au comte La Serre).

10 septembre. — Craintes inspirées par l’approche de la peste. Les rues seront nettoyées, et l’on y fera de grands feux avec du bois de pin.

11 septembre. — Un capitaine au régiment de l’Arboue apporte un ordre du duc de Candale pour loger en ville ces troupes.

« Attendu que nous avons une ordonnance de mondit seigneur par laquelle l’ordre est révoqué, et défenses aux troupes de venir loger… On fera voir audit capitaine lesdites ordonnances, et si le régiment se présente à la porte, on lui refusera l’entrée. »

13 septembre. — Mort d’une femme, de la peste, dans l’intérieur de la ville. Un cavalier se trouvant atteint du même mal, dans la maison de l’huissier Sallevert, on ordonne la visite du cadavre et du malade. — Rapport des médecins. Le cadavre n’a présenté aucune trace de la contagion; mais le cavalier avait un charbon. — En conséquence, il est ordonné que, sur le soir, Sallevert, sa famille et le cavalier logé chez eux, seront tenus de quitter la ville, et l’on fera défenses aux autres habitants de les fréquenter.

25 septembre. — Envoi par M. de Morin, baron du Sendat, d’une ordonnance de M. de Candale, du 21 du même mois, portant exemption de gens de guerre pour toute la juridiction, et comme il s’en trouve de logés à Saumejan, à Pindéres et dans d’autres paroisses des Landes, un ou deux consuls, revêtus de leurs livrées et accompagnés des bourgeois qui pourront monter à cheval, iront notifier cette ordonnance aux commandants, afin qu’ils aient à déloger.

5 septembre. — Mort d’une femme et de son enfant. Comme on soupçonne que c’est de la peste, ordre au mari, comme à tous ceux qui se trouvent dans cette maison, de sortir de Casteljaloux. Il sera fait un fonds pour nourrir et traiter les pauvres qu »on serait obligé d’expulser de la ville. — On apportera le plus grand soin à la garde des portes; on gagera un médecin, un apothicaire, un chirurgien, ainsi qu’un homme pour enterrer les morts. La jurade ordonne de lever capitalement la somme de 1,000 l. pour y satisfaire et pour l’achat de médicaments.

Au milieu de ces soins et de l’anxiété toujours croissante, les gens de guerre ne cessent de se présenter aux portes de la ville; ce même jour, 5 septembre, surviennent six officiers du régiment de St-Luc, infanterie, dont l’un ayant été introduit, exhibe un ordre de M. de Candale, pour qu’on loge, dans la nuit suivante, six compagnies de ce régiment, avec une compagnie de chevau-légers de Bratz. Et comme cet ordre remonte au 2 septembre, tandis que la ville tient une exemption du même seigneur, à la date du 21, les consuls prieront ces officiers d’y déférer.

6 octobre. — Deux consuls, assistés de trois jurats ou notables, iront faire le choix d’un lieu convenable, pour y élever dess huttes, afin de loger ceux qui se trouveront malades de la contagion.

Sur l’avis reçu que le régiment de cavalerie de Candale doit venir aujourd’hui loger près de la ville, on députe M. Brostaret, auprès du commandant de ce corps, a Tilhet, pour lui notifier l’exemption accordée par M. de Candale.

10 octobre. — La jurade ordonne le transport de deux malades qui se trouvent chez Saramon, dans la hutte qu’on a construite hors ville; transport effectué par les personnes non infectées de la même maison, lesquelles demeureront dehors.

On apprend, le même jour, l’approche du régiment de Champagne.
Députation au-devant de ce régiment, qui est vers La Réole, pour leur montrer l’exemption, et en cas qu’ils ne voudraient obéir, nous la ferons valoir.

13 octobre. — Avis de la venue de l’armée royale et ordre de lui fournir 13,000 rations de pain. Mesures prises pour obéir a cette réquisition et pourvoir au logement des troupes.

14 octobre. — M. de Merville, commandant de cette armée, exige 4,000 rations de pain, valant quatre sols chaque ration, ainsi que la subsistance pour sa compagnie de gardes et pour une compagnie de cavaliers. De plus, le commissaire de l’armée demande sa subsistance à raison de 30 1. par jour; que, si nous fournissons tout cela, il fera déloger l’armée. On négocie avec lui.

15 octobre. — Emprunt de 900 1. pour 6,000 rations, à trois sols la ration, destinées aux divers régiments logés dans la juridiction, sans compter une somme de 3,000 l. pour la subsistance des gardes de M. de Merville et autres frais. Ces fonds étant faits, l’armée déloge.

18 octobre. — Mort de la chambrière de M. du Solier, consul, atteinte de la peste. Cette maison sera fermée, si M. du Solier n’aime mieux quitter la ville avec toute sa famille.

Avis de la venue du régiment du grand-maitre. On s’opposera à l’entrée de ce corps en ville. « Les bourgeois prendront les armes, et il y aura trois capitaines qui commanderont aux trois portes, attendu que nous avons exemption de M. de Candale, laquelle nous ferons valoir. »

28 octobre. — Dans la nuit précédente, Bessivat, valet des consuls, s’étant permis d’entrer dans le logis d’une femme morte de la peste, pour en piller les hardes, quoique cette maison fût fermée, la jurade destitue ce valet de ses fonctions et chasse de la ville toute cette famille. On apprend également que la maison de Sallevert, huissier, vient d’être pillée, et l’on prie, en conséquence, MM. du Chapitre de faire sonner tous les soirs à 9 heures la grande cloche de St-Raphaël, pour signal de retraite, après quoi les consuls et les jurats et bourgeois feront des patrouilles par les rues pour empêcher de tels larcins.

30 octobre. — Le mal contagieux s’échauffe. Cejourd’hui, il est mort huit personnes, et nous n’avons aucun chirurgien qut se soit voulu exposer pour traiter les malades. — Le sieur Ducors s’étant offert moyennant salaire, on doit traiter avec lui.

10 novembre. — La jurade s’assemble en dehors des murs et prés de la porte de St-Raphaël, à cause de la contagion qui désole la ville. On invite ceux qui ont des maisons à la campagne à s’y loger, pour éviter la fréquentation et l’exemple de ceux de Condom (*).

(*) La ville de Condom perdit plus de 4,000 morts dans ses murs ou aux environs. Les marchés y furent interrompus, les églises fermées. Les offices cessèrent à la cathédrale pendant 4 ou 5 mois.

« Sur quoi, attendu qu’on a déjà fait levée de 400 l. pour pourvoir aux nécessités des pauvres et pour payer Ducors, chirurgien, et un croq (corbeau, nom de ceux qui ensevelissent les pestiférés), que la plupart des bourgeois se sont retirés de la ville, il n’a été rien résolu.»

24 novembre. — Autre jurade tenue en dehors des murs.

4 décembre. — Jurade tenue au même lieu. — Sur l’avis que 3 compagnies du régiment du grand-maitre doivent venir loger et prendre leur quartier d’hiver dans Casteljaloux, députation à M. de Marin, pour lui exposer la misère de cette ville abandonnée de la plupart de ses habitant, ainsi que toutes les contrées voisines frappées de la peste, ruinées et désolées par les gens de guerre.

12 décembre. — Rapport de MM. du Solier, consul, Boutet ainé, et Gravillon, députés au Sendat, auprès de M. de Morin, pour prendre son avis au sujet d’une compagnie du régiment de M. Destrades, qui vient loger en ville. M. de Morin leur a donné une lettre adressée à M. Destrades, pour détourner ce logement. Du reste, comme l’ordre dont s’agit ne se trouve signé ni de M. Destrades, ni de M. Marin, et que la ville a un ordre contraire de M. de Candale, M. de Morin trouve bon de leur refuser le logement, ce qui est adopté par la jurade.

18 décembre. — Jurade tenue dans la rue. — Réponse de M. Destrades à M. de Morin. Cette réponse dut être favorable, puisqu’on s’empressa de l’envoyer à Bazas, où se trouvait celui-ci, avec une députation pour le remercier.

22 décembre. — Jurade tenue dans la maison de M. Léglise. — La peste ayant éclairci les rangs des jurats, on en crée de nouveaux, afin de pourvoir incessamment aux charges consulaires.

23 décembre — Jurade tenue sur le canton (place publique).

1er de l’an 1654. — Continuation de la maladie contagieuse. « Ceux qui seront infectés sortiront de la ville et porteront un bâton blanc » pour marque. — Après avoir fait leur quarantaine, et plutôt que de rentrer, ils parleront aux consuls. Les syndics de l’année dernière feront désinfecter l’hôpital, de même que le boursier fera désinfecter le collège, etc.

(La peste se prolongea. Il y eut une recrudescence, en avril 1654. — En mai 1657, la ville de Casteljaloux devait encore 50,000 l., à raison des emprunts faits dans ces tristes années).

Histoire de l’Agenais du Condomois et du Bazadais, Volume 2, par Jean-François Samazeuilh. 1847