René Larrieu

— M. René Larrieu, maire de Moirax, suspendu de ses fonctions, vient d’adresser la lettre suivante, aussi digne qu’énergique, au préfet de Lot-et-Garonne :

Moirax, le 22 août 1889.

Monsieur le préfet,
J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre arrêté portant ma suspension comme maire, en attendant ma révocation, qui ne saurait tarder.

Je tenais l’écharpe de la confiance et de la sympathie des électeurs de Moirax : je suis certain que votre décision ne modifiera en rien leurs sentiments.

Vous me suspendez pour avoir dit, dans ma profession de foi, quelques vérités aux opportunistes : Il faut croire que beaucoup d’électeurs pensent comme moi, puisqu’ils m’ont élu conseiller d’arrondissement.

Du jour où le suffrage universel se prononce contre vous, vous ne savez plus être assez sages pour vous incliner devant lui ; vous voulez essayer de lui résister. Suivant le mot de Gambetta, « il vous emportera ».

Vous croyez, par des mesures rigoureuses, intimider les électeurs des campagnes. Prenez garde : nos fiers paysans savent relever un défi et vos rigueurs ne les feront pas fléchir.

Personnellement, je ne saurais être que très satisfait da la mesure prise à mon égard ; elle équivaut à une citition à l’ordre du jour au près de tous ceux — le nombre en est grand — qui sont écœurés de la façon dont, vous comprenez le gouvernement de notre chère France.

Veuillez agréer, monsieur le préfet, l’assurance de ma considération très distinguée.

René Larrieu,
conseiller d’arrondissement.

Il faut plaindre les préfets qui s’exposent à recevoir de pareilles leçons. Mais ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Extrait : L’Univers , Paris, 31/08/1889.