Variétés

M. Taillade, adjoint à la mairie de Moirax, arrondissement d’Agen, donne les détails suivants sur un évènement qui offre un nouvel exemple des malheurs que peut causer l’ivrognerie :

Philip Oustrin, vieillard de 75 ans, étant au cabaret près de Moirax, s’y ennivra plus que de coutume, et de sorte que lorsque la nuit fut venue, il se trouva hors d’état de regagner son logis. Quatre de ses camarades l’y emportèrent en chantant, passèrent encore une partie de la nuit à boire avec lui, et le laissèrent auprès du feu qu’ils avoient allumé. Le malheureux vieillard, abruti par l’ivresse, s’approcha trop du feu, qui gagna son pantalon et lui brûla les deux jambes jusqu’au-dessus des genoux. Il eut cependant la force de se débarrasser de ce vêtement, et de se jeter sur son grabat, où il resta toute la nuit sans secours et en proie aux plus cruelles souffrances. Le lendemain, des dames de la charité vinrent lui donner quelques soulagements. Le chirurgien qui fut appelé visita ses jambes dont les chairs avaient été horriblement dévorées par les flammes, et déclara que la gangrène ne tarderait pas à s’y manifester. Il donna néanmoins au malade tous les secours de l’art et les soins les plus assidus ; mais ce fut en vain, les pieds se détachèrent des jambes l’un après l’autre, et six jours après, Philip Oustrin est mort au milieu des douleurs les plus atroces que l’on puisse s’imaginer.

Extrait : Journal du département du Mont-Blanc, Chambéry, 21/10/1809.