Visite d’Agen, 1901

Congrès Archéologique

A Agen (Lot-et-Garonne) et Auch (Gers)

Du 11 au 18 juin 1901
Par L. Quarré-Reybourbon,

Officier de l’Instruction publique

Vice-Président de la Société de Géographie de Lille,
Membre de la Société française d’Archéologie,

Correspondant du Comité des Beaux-Arts des départements, etc., etc.


L’église Saint-Caprais (cathédrale d’Agen), est le plus ancien monument religieux de la ville. Aujourd’hui cathédrale depuis la démolition de Saint-Etienne au commencement du XIXe siècle, elle offre différents styles, prove- nant des travaux de constructions souvent interrompues.

Construits sur un monument religieux beaucoup plus ancien et dont il ne reste aucune trace, l’abside et le premier étage du transept datent de la seconde moitié du XIIe siècle. C’est la partie la plus remarquable de l’édifice, où se fait sentir l’influence des églises du Périgord et de l’église de Souillac (Lot).

A l’origine, Saint-Caprais comportait en effet une nef voûtée on coupoles. Une coupole sur le transept, comme l’indiquent les quatre piliers énormes qui en délimitent le carré, un large transept dont les deux croisillons se terminent au levant par deux chapelles, enfin une vaste abside entourée de trois absidioles rayonnantes, comme la cathédrale de Cahors.

L’architecte qui a conçu le plan primitif acheva le choeur et les piliers du transept qui ne supportent plus une coupole, mais une voûte d’ogives sur- haussée. Les piliers, leurs chapiteaux, les arcades extradossées, les archivoltes, les colonnettes de l’abside principale, des trois absidioles rayonnantes et des deux chapelles latérales accusent les caractères les plus purs de la belle époque romane. Il faut signaler l’analogie de la partie la plus ancienne de Saint- Caprais d’Agen avec les églises du Périgord, comme Saint-Etienne et Saint-Front de Périgueux, ou avec celles de Notre-Dame du Port, à Clermont, de Brioude et d’Issoire, en Auvergne.

Interrompus au XIIIe siècle, les travaux reprirent cinquante ans après. Le plan primitif fut entièrement modifié. Les coupoles étant passées de mode, on les remplaça par des croisées d’ogives. Au lieu de la grande coupole qui devait couronner le carré du transept, on bâtit une voûte dont les ogives à cintre brisé déterminent quatre arêtes principales d’une sorte de coupole à huit triangles, compromis entre l’influence byzantine et l’école nouvelle. On acheva ainsi les étages supérieurs du transept, en construisant, au-dessus des arcades cintrées du mur septentrional, cet élégant triforium gothique, qui n’est plus en rapport avec la première construction.

Les deux travées de la nef, beaucoup trop courtes pour les proportions de l’édifice, datent également, dans leur partie inférieure, de la fin du XIIIe siècle. Le style de la base des colonnes engagées sur les dosserets l’atteste ; mais les voûtes et le second étage de la façade occidentale ne furent achevés qu’au XVIe siècle, en 1508, d’après une inscription relevée et citée par Saint-Amans.

L’ornementation de Saint-Caprais d’Agen est des plus intéressantes.

Il faut signaler à l’intérieur, le bandeau qui contourne l’abside et le transept à la naissance des voûtes ; les chapiteaux et les colonnes des quatre grands piliers qui représentent les épisodes du martyre de saint Caprais et le mariage de Tobie avec Sarah ; au-dessous et dans le plein de l’arcade, un curieux monogramme du Christ ; les chapiteaux qui supportent les deux grands arcs des chapelles latérales représentant l’Assomption, de la Vierge et aussi des lions, des oiseaux, des animaux fantastiques bu simplement des feuilles d’acanthe ou des feuilles de palmier ; enfin dans la partie gothique du croisillon Nord, placé dans un angle, un superbe cul-de-lampe dont le dais abrite un personnage couronné. Viollet-le-Duc le signale dans son Dictionnaire d’architecture et en donne un dessin. Ce n’est en réalité, dit avec raison M. G. Tholin, qu’une double console fort bien appareillée.

Avant de sortir de la Cathédrale, signalons aussi les peintures murales, exécutées il y a quarante ans environ par M, Bézard, qui a représenté sous la voûte de l’abside le martyre et l’apothéose des principaux saints agenais : saint Caprais, sainte Foy, saint Vincent, saint Prim et saint Félicien, et diverses scènes du Nouveau Testament.

A l’extérieur, le portail occidental, l’abside et les cinq absidioles rayonnantes offrent seuls de l’intérêt. Il n’est pas inutile de s’arrêter devant leurs fenêtres cintrées, ornées de tores et de torsades, de colonnettes élancées, de cordons de billettes, de modifions aux figures grimaçantes. ll faut également, remarquer, sinon le clocher actuel tout moderne, du moins la vieille tourelle occidentale, qui a servi quelque temps à renfermer les cloches.

Salle capitulaire — Saint-Caprais, ayant été jusqu’à la Révolution une collégiale desservie par des chanoines réguliers de Saint-Augustin, ne pou- vait manquer de posséder une maison conventionnelle, un cloître, une salle capilulaire, heureusement conservée, est devenue la chapelle de rétablisse- ment. Elle est en tous points remarquable et digne de la visite des archéologues.

Le portail, du XIIe siècle, était revêtu dans tous ses détails d’une peinture polychrome où dominaient le pourpre et l’azpr, chose assez rare à cette époque. Dans la décoration des chapiteaux, on retrouve l’influence byzantine. Trois d’entre eux, dont M. l’abbé Barrère a étudié tout particulièrement le symbolisme, représentant les infortunes du duc Renauvald et de son épouse au VIe siècle ; et les autres, le mystère de l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des Mages, la Présentation au Temple, la Fuite en Egypte, des Sirènes, des monstres fantastiques et des personnages fabuleux.

A l’intérieur, cette salle dont les voûtes d’ogives sont soutenues par de riches colonnes de marbre, renferme deux magnifiques sarcophages chrétiens. Leurs panneaux, sculptés à l’époque mérovingienne, sont encastrés dans des stylobates. L’un, bien des fois décrit, représente à droite et à gauche, d’un monogramme du Christ, soutenu par deux anges, l’histoire de Jonas ; l’autre, le même motif entouré de pampres et d’élégants rinceaux (1).

Chapelle des Martyrs. — Tout à côté de Saint-Caprais, se trouve la chapelle des Martyrs, jadis de l’ancien hôpital Saint-Jacques, qui possède une très vieille crypte dite du Martrou, élevée, d’après la tradition, sur les lieux mêmes où furent martyrisés saint Caprais et sainte Foy. L’appareil primitif des murs est malheureusement recouvert d’un enduit. Tout autour, le sol est jonché de sarcophages dont quelques-uns ont été extraits et transportés au Musée. La cave d’une maison voisine en est remplie. Il serait bon que des fouilles sérieuses fussent faites en cet endroit. La crypte des Martyrs est, avec celle de Monsempron, la seule que l’on retrouve dans les églises romanes de l’Agenais (2).

Eglise de Sainte-Foy. — Un peu plus au Nord se trouve l’église de Sainte-Foy, démolie malheureusement aux trois-quarts, il y a bientôt dix ans. Il n’en reste plus que la première travée et un clocher tout moderne. Celle église gothique datait de la fin du XIIIe siècle. Bâtie en grande partie en briques, elle ne renfermait qu’une seule nef, à trois travées voûtées d’ogives, terminée par une abside à cinq pans. Un grand cimetière l’entourait au Nord et à l’Est des deux côtés du mur d’enceinte. La gare du Midi est construite sur son emplacement (3).

(1) — Saint-Amans : Essais sur les antiquités du département de Lot-et-Garonne, 6e notice, p. 134, avec dessins. — Abbé Barrère : Histoire religieuse et monumentale du diocèse d’Agen, t. I, p. 227-244, avec dessins — Viollet-le-Duc : Dictionnaire d’architecture, t. IV, p. 492. — Beaumesnil : Manuscrits et dessins. — Edm. Leblant : Les sarcophages chrétiens de la Gaule. — G. Tholin : Etudes sur l’architecture religieuse de l’Agenais, p. 30-41, avec plan et coupe. — Bulletin monumental, t. XXXIX, 1873, p. 367.
(2) — Saint-Amans : Essais sur les antiquités du Lot-et-Garonne. — G. Tholin : Etudes sur l’architecture religieuse de l’Agenais, .p. 19, note. — Ph. Lauzun : Les couvents d’Agen avant 1789, t. II, ch. X, p. 397-399.
(3) — G. Tholin : Études sur l’arhitecture religieuse de l’Agenais,p 262.

Eglise Saint-Hilaire. — Cette ancienne église à trois nefs, sans transept, terminée par trois absides, fut jadis l’église paroissiale de Saint-Hilaire jusqu’à la Révolution, puis, au commencement du XIXe siècle, la chapelle de Pénitents Blancs. Transformée aujourd’hui en magasin, elle conserve encore, au Sud de l’archivolte d’une ancienne porte, décoré de motifs romans, et au Nord-Est, au-dessus de l’absidiole gauche, un clocher hexagonal, très curieux. Le rez-de-chaussée, non loin du dernier mur d’enceinte, est construit en grand appareil. Au premier étage, au contraire, se voit le petit appareil cubique. Il n’en faut pas conclure que cette partie remonte aux premiers siècles de notre ère. On sait, en effet, que le petit appareil a été utilisé jusqu’à la fin du XIIe siècle dans la région. La partie supérieure, construite en briques, sur un plan hexagone, date du XVIe siècle. Le rez-de-chaussée intérieur de cette tour est une absidiole primitive du XIe ciècle, ajourée par trois baies, dont les cintres reposent sur d’élégantes colonnettes, aux chapiteaux bien mutilés (1).

Les Congressistes ont été voir l’abside de cette église chez des négociants en drogueries, MM. Pouy-Desseau et Soules.

Eglise Saint-Hilaire actuelle. — Église gothique du XVIe siècle, est formée d’une longue nef entourée de deux nefs peu larges et moins élevées. Ce monument très bien entretenu renferme beaucoup d’ornements modernes, style gothique. — Jubé pour supporter les orgues, façade moderne, deux clochers en briques et pierres blanches, peintures polychromes, très beaux vitraux modernes.

Eglise des Cordeliers. — Fondé à Agen au XIIIe siècle, le couvent des Frères Mineurs dut se transporter un siècle après en 1345, dans le quartier Saint-Georges, où il est resté jusqu’à la Révolution. L’église date de cette époque et fut achevée, d’après Labrunie, en 1348.

Construite en partie en pierre, en partie en briques, et restaurée dans ces dernières années, l’église des Cordeliers d’Agen appartient à un type rare dans le Nord de la France, très commun dans le Midi, d’églises à une seule nef, bordées de chapelles latérales peu profondes entre les contreforts et dépourvues de transept. Trois travées, recouvertes de grandes voûtes d’ogives, divisent la nef terminée par une abside à sept pans. Les nervures, ornées de moulures prismatiques et soutenues par des consoles, accusent tous les caractères du XIVe siècle, ainsi que les fenêtres hautes. Au-dessous de l’ancien clocher, aujourd’hui démoli, se trouve une élégante petite chapelle, précédant la sacristie actuelle, dont les nervures représentent le cordon de Saint-François. Les clefs de voûte sont garnies de deux écussons.

La charpente de cette église mérite d’être signalée. D’un effet grandiose, écrit M. G. Tholin, elle reproduit l’image d’une carène de navire renversée, en formant un berceau brisé très élancé. Les entraits et les poinçons sont chanfreinés sur leurs arêtes. Je ne crois pas qu’elle fût destinée à rester apparente (2).

(1) — G. Tholin : Supplément aux études sur l’architecture religieuse de l’Agenais, p. 12.
(2) — G. Tholin : Etudes sur l’architecture religieuse de l’Agenais, p. 243-255. — Ph. Lauzun : Les couvents d’Agen avant 1789. t. I, chap. IV, p. 107-112, avec plan.

Eglise paroissiale de Notre-Dame. — Le couvent des Dominicains ou Frères-Prêcheurs, fut fondé à Agen en 1249, Bernard Gui l’affirme. L’église fut commencée cinq ans après, par les soins d’Arnaud Bélenger, bienfaiteur du couvent.

Elle est, avec l’ancienne église des Jacobins de Paris, aujourd’hui détruite, et celle de Toulouse encore intacte, le spécimen le plus accompli peut-être du style spécial adopté, sur les instructions mêmes de leur maître, dit-on, par les disciples de saint Dominique, et qui consiste en un seul vaisseau rectangulaire, divisé en deux nefs égales et parallèles, séparées l’une de l’autre par une rangée de piliers.

Dans l’église d’Agen, écrit M. G. Tholin, un portique de trois piliers circulaires partage la cella en quatre parties égales dans le sens longitudinal. La voûte se subdivise en huit grandes croisées d’ogives. Les chevets sont plats, ce qui est un point de ressemblance avec l’église de Paris, en même temps qu’une dissemblance avec celle de Toulouse, dont le sanctuaire est un rond-point recouvert par une belle voûte gothique.

Le tiers-point des doubleaux et des formerets est très accusé…. Les poussées dans tous les sens viennent se neutraliser au sommet des piliers, composés d’assises de pierre, tandis que tout le reste de la construction est en brique.

Les parties construites en pierre sont seules décorées de motifs empruntés au style rayonnant. Les chapiteaux des colonnes et des dosserets ne représentent qu’un mince bandeau de décoration végétale au profil peu saillant, sans talloir et sans abaque. On en trouve des exemples dans certaines églises du Périgord et du Limousin.

De nombreuses restaurations, plus ou moins heureuses, ont été faites en ces derniers temps. Laporte ancienne, qui était ouverte dans le mur septentrional, a été fermée pour faire place à deux grandes portes ouvertes au levant. Enfin on a recouvert de couches nouvelles en couleurs vives les anciennes peintures aux tons mats et à teintes ocreuses dont heureusement Viollet-le-Duc nous a conservé les dessins et donné la description. D’une très grande, richesse, écrit-il, et en même temps d’une parfaite simplicité de tons, ces peintures s’harmonisaient admirablement avec l’effet éclatant des verrières qui garnissaient autrefois les fenêtres. Elles fournissaient un exemple remarquable de la transition du système harmonique de la peinture décorative vers le milieu du XIIIe siècle. Un clocher gothique, bâti sur plan octogone, s’élève à l’angle Sud-Ouest.

En 1279, l’église des Dominicains d’Agen fut choisie comme lieu de la cérémonie imposante où l’Agenais fut donné solennellement par le roi de France au roi d’Angleterre, et à laquelle assistèrent tous les hauts personnages de la région. En 1585, elle fut le principal théâtre du drame sanglant à la suite duquel la reine Marguerite fut obligée de s’enfuir d’Agen. En 1789, c’est dans ses deux vastes nefs que se réunirent les trois ordres de la Sénéchaussée de l’Agenais et qu’y furent discutés et rédigés leurs cahiers. Sous la Révolution, elle servit de grenier à fourrages, puis d’écurie, et ne fut réouverte au culte qu’en 1807 (1).

Chapelle Notre-Dame du Bourg. — Cette chapelle du XIIIe siècle est bâtie en briques ; sa nef, divisée en quatre travées voûtes d’ogives, se terminait par un chevet plat, avant l’adjonction moderne de son choeur à cinq pans. Trois colonnettes élancées correspondent à la naissance des arcs et l’archivolte des fenêtres est à peine brisée.

La voussure du portail en tiers-point est décorée de roses. Pour y accéder, il faut descendre six marches qui attestent de quelle hauteur s’est exhaussé le sol d’Agen depuis sept siècles. Les colonnettes, qui avaient été tronquées, viennent d’être reprises par leurs bases et les tailloirs mutilés ont été remplacés (2).

Ancienne Cathédrale de Saint-Etienne. — Mentionnons à titre de souvenir seulement, l’ancienne Cathédrale de Saint-Etienne, aujourd’hui entièrement détruite et remplacée par la halle d’abord, puis le marché couvert. Elle occupait le sommet du tertre, dénommé par nos anciens annalistes le Castrum Sancti Stephani, où l’on a trouvé une riche mosaïque, une belle statue d’empereur romain, des crosses émaillées du XIIIe siècle. C’était un large vaisseau à trois nefs, élevé sur les débris d’une église plus petite, peut-être même d’un oratoire, dont on a retrouvé les soubassements. Son choeur, du XIIIe siècle, de proportions grandioses, comprenait trois travées à peu près carrées et se terminait par un large chevet à cinq pans entouré de déambulatoire et de cinq chapelles rayonnantes. Plusieurs fois remaniée et, décorée au XVIe siècle par les La Rovère, qui occupèrent avec tant d’éclat le siège épiscopal d’Agen, elle possédait de magnifiques verrières et un clocher carré, isolé, dont la flèche en bois très élancée était considérée comme une véritable oeuvre d’art (3).

(1) — Saint-Amans : Antiquités du département de Lot-et-Garonne, p. 140. — Abbé Barrère : Histoire du diocèse d’Agen, t. II, p. 12-16. — Viollet-le-Duc : Dictionnaire d’architecture, t. VII, p. 87-94, avec planches. — G. Tholin : Etudes sur l’architecture religieuse de l’Agenais, p. 221-225. — Ph. Lauzun : Les couvents d’Agen avant 1789, t. I, ch. III, p. 47-92, avec plan.
(2) — G. Tholin : Etudes sur-l’architecture religieuse, p. 262.
(3) — Saint-Amans : Antiquités, etc., 6e notice, p. 126. — Abbé Barrère : Histoire du diocèse d’Agen. — H. Brécy : Esquisses archéologiques et pittoresques sur Saint-Etienne d’Agen. Agen, 1836, in-4°, avec planches et plan. — G. Tholin : Etudes sur l’architecture religieuse de l’Agenais, p. 180 à 324 avec plan.

Les descriptions de l’Hôtel de Ville, du Musée et des hôtels d’Estrades et de Vaurs ont été données le premier jour du Congrès.

Nous signalerons encore comme monuments civils intéressants à voir dans Agen :

Derrière l’hôtel de Vaurs, rue des Juifs, la jolie porte Renaissance de ce même hôtel.

A côté, l’Hôtel de Monluc, avec sa façade étroite protégée par deux tourelles, et à l’intérieur, sa grande salle à quatre fenêtres en tiers-point et à meneaux restaurée dans le goût du XVe siècle, avec sa belle cheminée et ses précieuses collections de livres et de dessins.

A côté encore, même rue, une vieille maison, dont les fenêtres géminées, avec leurs chapiteaux à crochets et leurs archivoltes perlées, accusent le commencement du XIVe siècle.

Plus loin, en nous dirigeant vers le Nord, les Cornières, galeries basses et obscures, dont les maisons à pans de bois, en partie démolies, furent habitées par les plus riches familles de négociants d’Agen.

Vers le milieu, à gauche, dans la rue du Puits du Saumon, la curieuse Maison du Sénéchal, dont le premier étage est ajouré par quatre grandes fenêtres à remplage gothique. Le feuillage dentelé et crispé des chapiteaux, écrit M. G. Tholin dans la Revue de l’Agenais, t. XXV, p. 413, dans le style du XIVe siècle. Les justes proportions de largeur et de hauteur de ces arcatures, l’association harmonieuse des moulures d’encadrement, l’entente du relief, classent parmi les bons modèles ce petit morceau de décoration architecturale.

A l’extrémité des Cornières, cachée derrière les maisons, la Tour carrée du Chapelet, autrefois tour de garde de la première enceinte d’Agen, qui a servi de clocher au couvent des dames Dominicaines, établi au XVIe siècle contre ses murs. Celle tour romane, à peu près carrée, est bâtie en moyen appareil et rattachée à un pan de murailles construites en petit appareil. Une grande salle, voûtée en berceau légèrement brisé et percée d’ouvertures cintrées, forme le rez-de-chaussée. Le premier étage est ajouré par une élégante géminée, dont la colonnette en marbre blanc à sa partie supérieure, en pierre dans le bas, se trouve entre deux chapiteaux romans qui lui servent de base et de couronnement. Le second étage est éclairé par quatre fenêtres à meneaux d’une époque plus récente.

Au Nord-Ouest d’Agen, et hors des murs de la ville, le Pont-Canal, magnifique construction moderne, de 23 arches, qui permet au canal latéral de la Garonne de passer de la rive droite sur la rive gauche de ce fleuve.

A l’Ouest, sur les anciens murs de la ville, au-dessus de la promenade du gravier, le joli hôtel avec terrasses, construit et décoré à l’intérieur avec soin par le fermier-général Hulot de la Tour, au milieu du XVIIIe siècle, et, à côté, la Tour de la Poudre, la plus grosse des tours de la dernière enceinte, transformée aujourd’hui en salle de concert.

Enfin, au Midi de la ville, rue Porte-Neuve, l’hôtel d’Escouloubre, construit à la fin du XVIIIe siècle, avec l’hôtel Garrau, rue Floirac, par l’architecte Leroy, pour le compte des frères Pellissier.

L’Évêché actuel, ancien hôtel de Lacépède et du comte de Narbonne, remarquable par les belles tapisseries de ses salons.

Le grand Séminaire, vaste construction du XVIIe siècle, bâti en 1684 par l’évêque Jules Mascaron.

La Préfecture, bâtie quelques années avant la Révolution par l’architecte Leroy, élève de Louis, sur l’ordre de Mgr d’Usson de Bonnac et pour servir de palais épiscopal, ce remarquable monument, dont l’histoire a été écrite par M. Alph. Paillard, ancien Préfet de Lot-et-Garonne, renferme une superbe collection de portraits et de tableaux, provenant du château des ducs d’Aiguillon. Nous citerons, entre autres : un très beau portrait de Mme Dubarry, en Flore, par Drouais ; — deux portraits de Mme de Pompadour, par Nottier ; — un Cinq-Mars, attribué à Le Nain ; — Olympe et Marie Mancini, de l’école de Mignard ; — Louise de Crussel ; — le Duc de Richelieu ; — Melle de Blois ou de Nantes ; — la Marquise de Mailly-Nesle, en robe de tulle blanc ; — les portraits de Louis XV, de Marie Leczinska ; — le Régent de Mascaron ; — encore Mme Pompadour, pastel attribué à Drouais ; — deux natures mortes d’Oudry ; — deux gouaches de Bouvret, représentant le palais épiscopal au moment de son achèvement ; — enfin deux merveilles, deux magnifiques gouaches sur cuivre de Blaremberghe, représentant le château de Véretz, au duc d’Aiguillon, avec plus de 100 personnages en miniature (1).

C’est M. le Préfet Bonnet qui fait gracieusement les honneurs de son hôtel, et nous offre un lunch, justement apprécié à cause de la chaleur.

Comme complément de la description de la ville d’Agen, nous devons signaler quelques autres monuments rencontrés pendant nos promenades à travers la cité.

Hospice Saint-Jacques, renfermant le tombeau de Mascaron, évêque d’Agen ; dans la chapelle, belles peintures de Bizard ; autel en marbre blanc, sculpté, provenant de l’abbaye des Bénédictins d’Eysses.

(1) — Alph. Paillard : Histoire de la Préfecture d’Agen. — G. Tholin : Histoire et description des tableaux de l’hôtel de la Préfecture d’Agen. (Mém. de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. — Province. Monuments civils, N° 4).

Statue de Jasmin (1798-1864). — Cette statue en bronze, par Vital-Dubray, représente le poète en habit à la française et répétant ces vers inscrits sur le piédestal :

« O ma lenco, tout me zou dit
O ma langue, tout me le dit,

Plantaray uno estelo
Je placerai une étoile

A troun froun encurmit. »
A ton front rembruni.

Palais de Justice et Prisons ; — Beau Marché couvert avec les statues du Commerce et de l’Agriculture ; — le Théâtre ; — Lycées de garçons et de jeunes files ; — Statue de la République — Buste du poète languedocien Cortète de Prades, par Amy.

La Bibliothèque, qui comprend 30.000 volumes, se trouve à l’Hôtel de Ville.

Environs : Sur le coteau de l’Ermitage, église (style ogival) des Carmes (vue très étendue) près de laquelle est une chapelle, taillée dans le roc. — Dans le vallon de Vérone, maison et fontaine de Scaliger.

Bulletin de la Société de géographie de Lille, novembre 1901.